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Historique : dès 2022, l’Ircantec exclut plus de 95% des entreprises actives dans les hydrocarbures non-conventionnels

A quelques jours du dernier Climate Finance Day et de la COP 26, la caisse française de retraite l’Ircantec annonce une politique de désinvestissement progressive et ambitieuse qui permettra d’exclure dès fin 2022 95% du secteur des hydrocarbures non-conventionnels...

A quelques jours du dernier Climate Finance Day et de la COP 26, la caisse française de retraite l’Ircantec annonce une politique de désinvestissement progressive et ambitieuse [1] qui permettra d’exclure dès fin 2022 95% du secteur des hydrocarbures non-conventionnels et la quasi-totalité des entreprises qui développent de nouveaux projets de production pétro-gazière. L’Ircantec est le 1er investisseur institutionnel à tourner le dos au pétrole et au gaz et à ses principaux développeurs. Reclaim Finance appelle le reste de la Place de Paris à suivre le mouvement lancé par l’Ircantec, MAIF et la Banque Postale [2].

Une sortie rapide des hydrocarbures non-conventionnels

La politique adoptée par l’Ircantec prévoit notamment d’exclure dès 2022 toutes les entreprises au-delà d’un certain seuil de production de non-conventionnels ainsi que toutes celles s’y développant. Cela implique l’exclusion de 95% des entreprises actives dans les hydrocarbures non-conventionnels [3]. A fortiori, cette mesure permet d’exclure de l’univers d’investissement de l’Ircantec près de 90% des entreprises visant à accroître la production pétro-gazière si elles refusent de renoncer à leurs nouveaux projets [4]. L’Ircantec répond ainsi à l’impératif scientifique appuyé par l’AIE [5] de ne plus ouvrir de nouveaux champs pétroliers et gaziers et à la commande politique formulée par Bruno Le Maire de sortir des hydrocarbures non-conventionnels [6].

"Nous saluons la décision historique de l’Ircantec de ne plus investir les cotisations retraites des français dans les énergies fossiles. Une ligne de front est en train de se dessiner entre le camp de l’Ircantec, MAIF et la Banque Postale qui se plient aux impératifs climatiques et le camp des BNP Paribas, Amundi et AXA qui continuent d’aggraver la situation en soutenant des entreprises qui développent toujours plus de pétrole et de gaz. Banques, assureurs et investisseurs vont devoir choisir entre tenir leurs engagements climatiques et le business as usual" commente Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance.

Une exclusion des grandes entreprises pétro-gazières dès 2022

A partir du moment où l’Ircantec prévoit de désinvestir dès 2022 des entreprises développant de nouveaux projets ou augmentant leur production d’hydrocarbures non-conventionnels, cela implique donc l’exclusion des grandes entreprises pétrolières et gazières de son univers d’investissement : en effet, les hydrocarbures non conventionnels représentent plus de 30% de la production en phase de développement de TotalEnergies, Eni et Shell, plus de 45% pour Equinor, plus de 50% pour BP, et près de 70% pour Repsol [7].

Lucie Pinson poursuit "Cette politique démontre également qu’il n’est plus possible de répondre à l’urgence climatique sans sanctionner certaines des valeurs préférées des investisseurs français. Parmi elles se trouvent TotalEnergies, Shell et BP qui sont à l’avant-garde de l’expansion du pétrole et de gaz dans le monde, et contribuent à augmenter la production d’hydrocarbures non-conventionnels. Il faut que les investisseurs arrêtent de tourner autour du pot en essayant de se persuader de leur transition alors que leur stratégie et leurs projets sont clairement incompatibles avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C".

Malgré une ambition affichée d’atteindre la neutralité carbone, TotalEnergies prévoit actuellement une hausse de 35% de sa production gazière entre 2019 et 2030 et continue d’ouvrir de nouveaux champs gaziers mais aussi pétroliers. D’ici 2030, les hydrocarbures représenteront encore 80% de ses dépenses d’investissement [8].

Un engagement actionnarial cohérent avec les impératifs climatiques

Ces annonces complètent et poursuivent la démarche d’engagement actionnarial rigoureuse et conséquente déployée par l’Ircantec via plusieurs réseaux d’investisseurs [9], via sa gouvernance et par l’intégration des enjeux climatiques dans l’ensemble de ses votes, y compris sur les rémunérations, l’approbation des comptes ou les dividendes [10]. Cette année, l’Ircantec a par exemple été l’un des premiers investisseurs à déclarer en amont de l’assemblée générale de Total, aujourd’hui TotalEnergies, qu’il voterait contre la stratégie "climat" soumise au vote consultatif des actionnaires par le conseil d’administration de la major pétrolière et gazière [11].

"En tant qu’investisseur responsable, l’Ircantec respecte les étapes du dialogue actionnarial : cette politique d’exclusion est la suite logique d’une démarche d’engagement crédible. Ce dialogue et les alertes lancées à travers ses votes ont permis des avancées mais ne freinent pas les velléités d’expansion des majors pétro-gazières. L’investisseur passe donc à la vitesse supérieure en annonçant un calendrier clair et précis de désinvestissement pour les entreprises qui s’obstinent à développer plus d’hydrocarbures au lieu de réduire leur production. C’est la pratique que devrait adopter tout investisseur sérieusement engagé pour le climat" conclut Guillaume Pottier, chargé de l’engagement des acteurs financiers.

Enfin, l’Ircantec annonce des mesures sur les financeurs et assureurs du charbon et des non conventionnels. Encore un exemple à suivre pour les autres investisseurs de la Place de Paris.

Next Finance , 25 octobre

Notes

[1] La politique de l’Ircantec est accessible ici. L’Ircantec y annonce notamment deux étapes intermédiaires comprenant principalement un premier désinvestissement des hydrocarbures non-conventionnels en 2022 (pétrole et gaz de schiste, pétrole extra-lourd, gaz de houille, sables bitumineux, gisements en Arctique et/ou en eaux profondes) suivie d’une exclusion de toutes les entreprises qui développent de nouveaux champs pétroliers et gaziers ou qui seraient fortement exposées à ces secteurs et n’auraient pas adopté de plans de sortie crédible d’ici 2024. En 2030, l’Ircantec s’engage à atteindre une exposition nulle à toute entreprise du secteur pétrole et gaz qui n’aura pas adopté un plan crédible de réduction des émissions, compatible avec un scénario 1,5°C.

[2] Voir notre réaction à la politique annoncée par la Banque Postale le 14 octobre, et à celle de la MAIF le 21 octobre.

[3] L’Ircantec prévoit d’exclure dès 2022 les entreprises qui développent de nouveaux projets dans les énergies non conventionnelles ou qui augmentent leur capacité dans le non conventionnel et l’exclusion des entreprises dont la production liée aux non conventionnels est supérieure à 10 mmboe (millions of Barrels of Oil Equivalent) en cumulé. Sont exclues également les entreprises dont plus de 30 % de la production est liée à une activité non conventionnelle. Selon une version préliminaire et non publique de la Global Oil & Gas Exit List (GOCEL) qui sera publiée le 4 novembre 2021 par l’ONG Urgewald : la politique de l’Ircantec implique l’exclusion de 460 des 477 entreprises développant et/ou produisant des hydrocarbures non-conventionnels.

[4] Selon les calculs de Reclaim à partir d’une version non publique de la Global Oil and Gas Exit List, en excluant dès 2022 la quasi-totalité des entreprises produisant/développant de nouveaux projets dans les hydrocarbures non-conventionnels, l’Ircantec exclut de facto une grosse partie des entreprises développant également des projets conventionnels. Selon nos calculs, la politique de l’Ircantec permet ainsi d’exclure les entreprises responsables d’environ 90% de la production en cours d’évaluation ou de développement, conventionnelle et non conventionnelle.

[5] Voir le scénario "net zéro" de l’AIE publié en mai 2021 et le World Energy Outlook 2021 publié courant octobre.

[6] A l’occasion de la Climate Finance d’octobre 2020, Bruno Le Maire appelait la Place de Paris à se doter de stratégies de sortie des hydrocarbures non conventionnels.

[7] Calculs effectués à partir d’une version préliminaire et non publique de la Global Oil & Gas Exit List (GOGEL) qui sera publiée le 4 novembre 2021 par l’ONG Urgewald.

[8] Lire le brief investisseur de Reclaim FInance sur le Sustainability Linked Bond de Total, publié en septembre 2021.

[9] L’Ircantec est notamment membre du comité de pilotage del’initiative Climate Action 100+ et a co-piloté le programme d’engagement « Climate Change transition for Oil and Gas » mis en place par le PRI entre 2018 et 2020.

[10] L’Ircantec a choisi de nommer, au sein du CA, deux administrateurs référents sur les questions liées à l’engagement, c’est-à-dire au suivi de l’exercice des droits de vote et des actions d’engagement actionnarial et institutionnel (source). En 2020, l’Ircantec s’est opposé dans 15% des cas à l’approbation des comptes pour cause d’intégration insuffisante des enjeux climatiques (et dans 5% des cas pour la rémunération des dirigeants).

[11] En savoir plus dans un article de Reclaim Finance

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