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Un point sur le risque en Europe

Les inquiétudes liées à un rapport de force entre le nouveau gouvernement italien et l’Union européenne (UE) sur la question budgétaire ont apporté de la volatilité aux actifs italiens cette année et ravivé les craintes concernant la cohésion européenne. Sommes-nous préoccupés ?

Les inquiétudes liées à un rapport de force entre le nouveau gouvernement italien et l’Union européenne (UE) sur la question budgétaire ont apporté de la volatilité aux actifs italiens cette année et ravivé les craintes concernant la cohésion européenne. Sommes-nous préoccupés ? Nous pensons que le risque de dégradation à court terme est limité, mais nous sommes sceptiques quant à l’engagement du gouvernement italien envers la discipline budgétaire et la capacité de l’Europe à faire face à la prochaine récession. Nous observons de meilleurs ratios risque/rendement sur les actifs en dehors l’UE.

Les actifs italiens ont été durement touchés cette année. Le « sell-off » a été déclenché par les craintes de voir le gouvernement populiste en Italie enfreindre la limite maximale du déficit budgétaire, fixée par l’UE à 3 % du PIB. En effet, les deux principaux partis de la nouvelle coalition avaient promis durant leur campagne de réduire le taux d’imposition et d’augmenter de façon significative les dépenses en matière de protection sociale. Le rendement de l’emprunt d’État italien à 10 ans s’est fortement apprécié après les élections de mars, tandis que les actions italiennes ont chuté (voir le graphique ci-dessus). Les actifs italiens ont récemment récupéré une partie de leurs pertes après que le gouvernement ait assuré à plusieurs reprises qu’il respecterait les règles de l’UE dans son prochain budget. Nous pensons que les prix des actifs italiens pourraient encore augmenter, sans toutefois retrouver de sitôt leur niveau préélectoral. Pourquoi cela ?

Un certain nombre de facteurs structurels pèsent sur les actifs italiens et européens. Cela explique en partie pourquoi les actions européennes ont sous-performé les autres marchés développés mondiaux en 2018.

Notre scénario central concernant le budget

Tous les regards sont tournés vers le budget 2019 de l’Italie, qui sera considéré comme un indicateur de l’engagement nécessaire du pays en matière de responsabilité budgétaire. Notre scénario central : le budget, qui doit être annoncé cette semaine et soumis à la Commission européenne d’ici la mi-octobre, devrait être suffisamment modéré pour obtenir l’approbation de l’UE. Cela devrait permettre aux actifs des marchés européens périphériques de rebondir davantage. Pourtant, les problèmes structurels sont en train de refaire surface. Une nouvelle détérioration des fondamentaux italiens déjà faibles - notamment le poids de la dette qui est supérieur à 130 % du PIB et un potentiel de croissance inférieur à 1 % - rendrait l’Italie vulnérable à un ralentissement de la croissance ou à un choc extérieur, même si nous n’envisageons ni l’un ni l’autre pour le moment.

Pour ce qui est de la région dans son ensemble, le programme de réforme de la zone euro va dans la bonne direction.

Pourtant, nous estimons que les progrès en cours ne sont pas suffisamment rapides pour avoir un impact significatif lors de la prochaine récession.

Les perspectives d’un régime commun d’assurance des dépôts bancaires dans toute la région semblent aujourd’hui pratiquement au point mort, et le cadre qui permettrait de faire face à la liquidation d’une banque européenne en faillite est opaque. Le leadership de l’Allemagne a été affaibli puisque la chancelière Angela Merkel fait face à de vives réactions contre la politique d’immigration de son parti. C’est également une période critique pour les négociations du Brexit. Nous pensons qu’un accord finira par être trouvé, mais que le chemin sera semé d’obstacles. La vigilance du marché à l’égard du risque de segmentation à l’échelle de l’Europe n’est que légèrement supérieure à sa moyenne à long terme, comme l’indique notre tableau de bord BlackRock dédié aux risques géopolitiques. Cela signifie que des surprises négatives pourraient provoquer une forte réaction du marché. Dans le même temps, une accalmie des tensions commerciales entre les États-Unis et l’UE a contribué à alléger la pression sur les entreprises européennes, en particulier les constructeurs automobiles.

En synthèse, nous estimons peu probable l’hypothèse d’un conflit entre l’Italie et l’Europe au cours des mois à venir, mais nous restons prudents à l’égard de la dynamique politique et économique à long terme.

La croissance des bénéfices en Europe accuse un retard par rapport aux autres régions, et nous privilégions par conséquent les actions américaines et émergentes. Parmi les actions européennes, notre préférence se porte néanmoins sur les secteurs de l’industrie et de la santé.

Isabelle Mateos y Lago , 28 septembre

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