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Un constat amer pour la biodiversité

En Europe, l’abondance et la variété des espèces animales présentes sur les terres agricoles connaissent un profond déclin. Déjà, en 2019, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) avait mis en garde contre ce déclin sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

En Europe, l’abondance et la variété des espèces animales présentes sur les terres agricoles connaissent un profond déclin. Déjà, en 2019, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) avait mis en garde contre ce déclin sans précédent dans l’histoire de l’humanité. En effet, environ un million d’espèces animales et végétales dans le monde sont aujourd’hui menacées de disparition.

Dans de nombreuses régions d’Europe, l’intensification a transformé des paysages autrefois variés, composés de nombreux petits champs et habitats, en un terrain homogène et continu travaillé mécaniquement, quasiment sans apport de main-d’œuvre. La conséquence est impitoyable : diminution de l’abondance et de la diversité de la végétation naturelle et, ensuite, de celles des espèces animales. Selon une étude allemande de 2017 visant à mesurer la biomasse totale des insectes grâce à des pièges déployés dans 63 aires naturelles protégées, en l’espace de 27 ans, le déclin saisonnier de la biomasse des insectes volants a été de 76% en moyenne et de 82% au milieu de l’été.

Il est symptomatique de constater que l’indice des populations d’oiseaux des champs de l’Union européenne (UE) fait état d’une diminution depuis 30 ans de 34% parmi la population de 39 espèces communes sur les terres agricoles. Au cours de la même période, l’indice des populations d’oiseaux des forêts a augmenté de 0,1%, signe vraisemblable de l’influence de l’agriculture sur la perte de biodiversité.

Par ailleurs, le dernier indice européen des papillons de prairies datant de 2017 montre que le nombre total de papillons de 17 espèces communes a diminué de 39% depuis 1990.

En 2011, la Commission européenne a adopté une stratégie visant à enrayer la perte de biodiversité à l’horizon 2020. Elle s’engageait à renforcer la contribution de l’agriculture et de la foresterie au maintien de la biodiversité ainsi qu’à « améliorer sensiblement » l’état de conservation des espèces et des habitats subissant les effets de l’agriculture. Pour la période 2014-2020, la Commission européenne déclare ainsi avoir affecté 8,1% du budget de l’UE (soit 86 milliards d’euros) à la biodiversité.

« Jusqu’ici la politique agricole commune (PAC) n’a pas suffi à contrer le déclin de la biodiversité des terres agricoles, lequel représente une grave menace pour l’agriculture et l’environnement. », a déclaré Viorel Ștefan, membre de la Cour des comptes européenne et responsable du dernier rapport sur le sujet publié le 5 juin dernier. Ce document rappelle à quel point la PAC doit être modifiée en profondeur pour garder l’espoir d’enrayer le déclin massif de la biodiversité.

Les auditeurs ont constaté qu’aucun objectif mesurable n’avait été fixé en ce qui concerne l’agriculture dans la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2020, de sorte qu’il s’avère difficile d’évaluer les progrès accomplis et la performance des actions financées par l’Union. Les dernières données disponibles concernant la diversité génétique du bétail, par exemple, datent de 2005 et ne sont disponibles que pour cinq Etats membres. Selon leur rapport, la grande majorité des aides directes – plus de 40 milliards d’euros en 2019, soit plus de 70% de l’ensemble des dépenses agricoles de l’UE – n’a pas d’impact sur la biodiversité des terres agricoles. Ces aides sont associées à des exigences en termes de respect des réglementations environnementales et de verdissement : maintien des prairies permanentes, diversification des cultures et préservation des surfaces d’intérêts écologiques. Mais « les effets de ces exigences sont limités, voire inconnus », affirme la Cour.

La Cour appelle donc à ce que la future PAC en cours d’élaboration pour la période 2021-2027 et la mise en œuvre de la stratégie « Biodiversité 2030 » permettent à l’Europe d’être plus réactive face à des défis tels que la perte de la biodiversité ou le changement climatique, tout en continuant à aider les agriculteurs européens.

François Lett , 17 juin

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