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Turquie : la banque centrale se donne une chance mais le risque financier n’est pas écarté !

La Banque centrale de Turquie (CBRT) a relevé son taux d’intérêt directeur de 200 points de base à l’issue de sa réunion du 24 septembre 2020. Le taux de prêt à 1 semaine (repo) est passé à 10,25 % (cf. graphique 1). Il s’agit du premier resserrement de la politique monétaire de la CBRT depuis deux ans.

Son objectif est de « rétablir le processus de désinflation et supporter la stabilité des prix ». Pour rappel, le taux directeur avait été baissé de 24 % à 8,25 % entre juillet 2019 et mai 2020.

La décision ne constitue pas une surprise. Comme nous l’avions signalé en août (cf. « Turquie : un nouvel été de volatilité »), face aux pressions baissières sur la livre et en l’absence de marge de manœuvre du côté des réserves de changes, la CBRT n’avait pas d’autres choix que de durcir sa politique monétaire. L’inflation reste élevée. En août, elle est ressortie à près de 12 % alors que la cible de la banque centrale est fixée à 5 % (cf. graphique 2). Avec un cycle d’assouplissement monétaire agressif engagé depuis un an, le taux réel est très négatif. Parallèlement, la vulnérabilité financière du pays s’est accrue. Les déficits jumeaux se sont creusés et la dette en devises étrangères s’est alourdie, exposant les entreprises et les banques turques à un risque de défaut. D’ailleurs, Moody’s a abaissé, le 11 septembre, la note de crédit de la Turquie en catégorie spéculative (« junk ») de B2, ainsi que 13 banques nationales. Fitch a, quant à lui, abaissé la perspective de l’ensemble des banques de « stable » à « négative ».

Dans ce contexte, de nouveaux resserrements de la politique monétaire sont envisageables lors des prochaines réunions. D’une part, la CBRT a pour ambition de ramener l’inflation sous la barre de 10 % d’ici la fin de l’année. D’autre part, le relèvement du taux directeur malgré les oppositions du gouvernement Erdogan ne restaure pas la crédibilité de la banque centrale et n’écarte en aucun cas le risque de nouvelles sorties de capitaux. Les pressions baissières sur la livre devraient persister en raison des taux d’intérêt réels négatifs, de la dégradation des comptes budgétaire et courant, et de la montée de l’endettement externe. Surtout, en cas d’augmentation de volatilité, les interventions sur le marché des changes devraient être de nouveau très limitées. Les réserves de change de la banque centrale se trouvent en septembre à leur plus bas niveau depuis quinze ans (cf. graphique 3).

Enfin, la poursuite du resserrement de la politique monétaire va compliquer davantage la reprise de l’économie. Celle-ci est lente jusqu’à présent. Outre les turbulences financières, le déconfinement graduel impacte encore fortement l’activité des services, notamment le secteur du tourisme (cf. graphique 4). Au total, le PIB se contractera de 4,8 % en 2020. Il s’agira de la plus mauvaise performance observée depuis la crise de 2009.

Thuy van PHAM , 29 septembre

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