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Robo-advisors : l’antidote à la fin du fonds euro !

Moins biaisés que les conseillers bancaires, les robo-advisors émergent en France pour proposer aux particuliers des placements mieux adaptés à leurs besoins. Ces algorithmes proposent des solutions fondées sur les projets de chacun tout en s’aidant des leçons de la finance comportementale. L’humain reste présent mais est réorienté vers l’accompagnement et la pédagogie.

Depuis déjà plusieurs années, il ne fait pas bon être épargnant. Le Livret A rapporte 0,75% par an, les nouveaux PEL versent 1% brut et les fonds en euros d’assurance-vie continuent de voir leurs rendements fondre comme neige au soleil. En clair, les trois placements préférés des Français sont entrés en phase de crise aigüe et ne sont pas près d’en sortir.

Pour être bien conseillé, pas besoin d’aller voir son banquier

Face à cette situation, il devient essentiel de se tourner vers d’autres solutions d’investissement en diversifiant ses placements. Facile à dire, mais dur à faire, surtout lorsque l’on ne s’y connaît pas. Pour être bien conseillés, les particuliers se tournent en général vers leur banquier ou vers un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) pour les plus aisés. Mais depuis quelques années en France, un autre réflexe apparaît : avoir recours à un robo-advisor.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’un service de conseil financier fondé sur un ensemble d’algorithmes. Les robo-advisors ont déjà largement rencontré leur public aux États-Unis : outre-Atlantique, environ 250 milliards de dollars d’épargne sont gérés à travers les principaux robo-advisors, dont notamment Betterment et Wealthfront. En France, où les réflexes d’épargne sont très orientés vers les livrets et les fonds en euros d’assurance-vie, l’intérêt pour les solutions alternatives a longtemps été plus faible, mais cette époque touche à sa fin avec la chute des rendements.

Ne pas confondre « robo-advisor » et « robo-advisor »

Le problème du terme « robo-advisor » tient au fait qu’il recouvre des réalités très différentes. Certains algorithmes considérés comme des robo-advisors ne font que proposer des allocations automatiques selon des profils génériques (prudent, équilibré, dynamique, etc.), sans tenir compte des spécificités de chaque client. Autre écueil : certaines des sociétés qui mettent au point ces algorithmes ne parviennent pas à s’extraire du champ lexical de la finance et parlent à leurs clients de volatilité, de couples rendement-risque et de souscription d’OPCVM, autant de termes qui sont totalement décorrélés des projets de vie des gens. D’autres encore, sous prétexte d’innover avec du digital, ont en réalité gardé tous les vieux réflexes de la gestion traditionnelle.

Un véritable robo-advisor doit d’abord parler la même langue que les particuliers et comprendre leurs projets personnels. Cela constitue la base de toute bonne décision d’investissement.

En proposant ainsi une gestion de l’épargne par objectifs (achat de sa résidence principale, préparation de sa retraite, etc), l’algorithme peut définir des solutions de placements entièrement personnalisées en restant dans un registre concret et en évitant le jargon financier anxiogène d’un bout à l’autre de cet accompagnement sur-mesure.

Intégrer la finance comportementale aux choix d’épargne

Une question se pose toutefois : pourquoi avoir recours à un algorithme ? Tout simplement parce que celui-ci donne de meilleurs conseils qu’un humain. Un conseiller bancaire ou un CGP intègre en effet divers biais dans ses propres conseils, qui peuvent provenir de son rapport personnel au risque ou du niveau des rétro-commissions qu’il récupère en vendant certains produits. L’algorithme, lui, n’est pas affecté par ces problématiques. Mieux : il peut même intégrer un certain nombre de notions issues des théories de la finance comportementale. Ce domaine discret, brièvement placé sous le feu des projecteurs grâce à l’obtention du prix Nobel 2017 par Richard Thaler, permet de tirer de riches enseignements sur les comportements des investisseurs et donc sur les solutions d’épargne.

Que nous apprend par exemple la finance comportementale ? Qu’une personne qui souhaite préparer sa retraite en se créant une épargne de réserve aura tendance à refuser les solutions proposées si celles-ci impliquent de démarrer immédiatement son effort d’épargne en réduisant son train de vie du jour au lendemain. En revanche, les solutions seront acceptées si cet effort d’épargne est progressif et permet d’aboutir, à terme, au même résultat. L’air de rien, cette leçon, qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, permet de proposer des solutions plus adaptées à chacun et plus simples à mettre en œuvre en fonction d’un objectif donné.

L’humain reste essentiel, même chez les robo-advisors

Face à la puissance des algorithmes, faut-il se passer de l’humain ? Non, au contraire ! La présence d’un conseiller reste essentielle dans certains cas, notamment pour guider les particuliers et leur apporter de la pédagogie. L’humain est recentré là où il apporte de la valeur, dans le conseil et l’accompagnement. En France, la volonté de ne pas parler des sujets financiers au collège et au lycée laisse de nombreuses personnes démunies face à aux questions d’épargne et de placements. Les choix proposés par le robo-advisor doivent donc être expliqués pour être compris et adoptés en toute sérénité, en éliminant encore une fois toute forme d’anxiété.

En somme, un robo-advisor bien pensé est un robo-advisor où la technologie devient invisible. Les algorithmes n’ont qu’un but : créer des « épargnants augmentés » en trouvant les solutions qui leur permettront de mener à bien leurs projets.

Cette logique s’oppose à celle des établissements classiques pour qui la technologie sert avant tout à créer des « conseillers augmentés » qui utiliseront des tablettes pour présenter des produits d’épargne à leurs clients dans une logique commerciale. Sur tablette, la technologie est bien visible, sans être forcément au service du client. À chacun désormais de faire son choix pour bénéficier de l’accompagnement qui lui convient le mieux !

Guillaume Piard , 28 novembre

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