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Quelles perspectives pour le marché d’actions chinoises ?

Les perspectives d’investissement concernant la Chine varient fortement. Les pessimistes citent les bulles immobilières, les problèmes d’endettement et la guerre commerciale avec les États-Unis. Les optimistes avancent quant à eux une consommation en expansion, des réformes structurelles et une position de leader de l’innovation technologique...

Les perspectives d’investissement concernant la Chine varient fortement. Les pessimistes citent les bulles immobilières, les problèmes d’endettement et la guerre commerciale avec les États-Unis. Les optimistes avancent quant à eux une consommation en expansion, des réformes structurelles et une position de leader de l’innovation technologique. Victoria Mio, CIO Chine de Robeco, qui travaille dans le secteur financier depuis plus de 25 ans, revient sur les perspectives chinoises.

Prévisions pour la croissance chinoise et son marché d’actions

L’économie chinoise a enregistré une croissance de 6,8 % sur le premier trimestre 2018. Nous pensons qu’elle restera forte et qu’elle s’établira autour de 6,5 % sur l’ensemble de l’année. L’économie est résistante, étant donné que la confiance des consommateurs demeure solide et qu’elle bénéficie du soutien de la hausse des revenus et des prix de l’immobilier. La production industrielle reste soutenue. La croissance des bénéfices des entreprises chinoises a ralenti au premier trimestre de l’année, mais elle est restée solide, à 15,6 % en glissement annuel.

Nous prévoyons une progression des marchés actions de la Chine au second semestre 2018, les risques d’une guerre commerciale ayant déjà été intégrés dans les cours. La réorientation vers une économie basée sur la consommation et les services est sur la bonne voie. Ceci continuera à favoriser une progression des efficiences, de la croissance et des bénéfices des entreprises. La solide consommation chinoise est soutenue par une augmentation des ménages de classe moyenne, de la population urbaine et de la population vieillissante. La consolidation de l’industrie devrait bénéficier des réformes gouvernementales en termes d’offres et des réformes des entreprises publiques. Nous estimons également que plus de 60 % de la croissance économique sera portée par l’innovation et les technologies d’ici 2020.

Cependant, nous nous attendons également à un regain de volatilité des actions après le solide rallye de l’an dernier, en raison de facteurs de risque externes et internes. Le gouvernement chinois durcit sa politique monétaire pour freiner la croissance du crédit. Ceci a provoqué des inquiétudes quant à un éventuel effet défavorable sur la croissance économique. Nous pensons que les autorités chinoises sont tout à fait conscientes de l’équilibre à atteindre entre gestion de la croissance du crédit et de la croissance économique. Selon nous, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine constitue le principal risque externe.

Conséquence de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

Les relations sur le plan politique et économique entre la Chine et les États-Unis ont considérablement changé, et il ne serait pas réaliste de s’attendre à un règlement rapide des conflits. Nous constatons que la plupart des leaders du monde de la finance, responsables politiques et analystes de groupes de réflexion originaires des États-Unis et de la Chine ont des opinions très polarisées.

La Chine ouvre progressivement son économie en autorisant par exemple davantage d’investissements étrangers dans le secteur financier, et elle limite l’accroissement de sa dette par un renforcement de la réglementation dans divers domaines, dont le shadow banking et les technologies financières.

Néanmoins, nous ne sommes pas surs que ces mesures seront suffisantes pour rétablir sa relation avec les États-Unis. D’après nous, le véritable problème est que la consolidation du pouvoir du Président Xi a changé la perception et l’approche du monde occidental à l’égard de son pays. Sa taille et sa puissance dans le monde ont augmenté, alors que son idéologie reste encore bien différente de celle des États-Unis. Les stratégies dites « One Belt One Road » (OBOR) et « Made in China 2025 » sont perçues par les États-Unis comme une volonté de la Chine de remettre en cause l’ordre mondial établi sur les plans politiques et économiques.

Vers un apaisement de la situation ?

Lors de nos réunions, les responsables chinois réaffirment leur ferme intention de rester dans la voie de la libéralisation et de promouvoir la mondialisation. La Chine s’est engagée à soutenir la coopération mondiale et le système commercial multilatéral, ce qui contribuera à une mondialisation plus ouverte, inclusive, équilibrée et profitable à tous. La Chine ouvrira aussi l’accès à son marché en assouplissant les limites imposées aux investisseurs étrangers dans le secteur des services financiers et les exigences en matière de participation pour les joint-ventures appliquées aux entreprises étrangères du secteur automobile.

Néanmoins, nous prévoyons encore d’assister à une série d’affrontements entre les deux camps.

Les enjeux que représente la guerre commerciale sont importants pour les deux pays, et pourtant, il est probable que les Présidents Xi et Trump maintiennent une position ferme pour faire avancer leurs projets au niveau local : Xi Jinping pour mener des réformes strictes et Donald Trump pour aider son parti à essayer de remporter les élections de mi-mandat. Le marché devrait cristalliser son attention sur les gagnants et perdants potentiels dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile et du matériel technologique. En cas d’intensification de la guerre commerciale avec les États-Unis, nous pensons que le gouvernement chinois assouplira quelque peu ses politiques afin de se couvrir contre les risques baissiers. C’est ce qui se passe déjà actuellement. Le 24 juin, par exemple, la banque centrale chinoise a réduit de 50 points de base le ratio de réserves obligatoires afin de venir en aide aux petites entreprises.

Du point de vue des marchés, les actions chinoises « classe A » deviennent de plus en plus importantes. Ce marché s’ouvre progressivement aux investisseurs et le MSCI envisage d’inclure les actions « classe A » dans ses indices cette année, ce qui devrait drainer beaucoup de capitaux vers le marché chinois onshore.

Peu corrélé au marché offshore local et aux autres places financières mondiales, le marché des actions « classe A » permet d’obtenir une large exposition à la Chine. En raison de son stade précoce de développement, il offre des opportunités considérables en terme d’alpha.

Même si le MSCI n’inclut que 5 % des actions cette année, il s’agit d’une étape importante, car elle devrait soutenir le renminbi et améliorer la structure actionnariale du marché des actions « classe A » : actuellement dominé par les particuliers, il atteindrait un meilleur équilibre entre petits investisseurs et acteurs institutionnels.

En outre, nous pensons que cette inclusion aura un effet bénéfique sur la libéralisation et la réglementation des marchés de capitaux chinois. Une inclusion totale prendra cinq à dix ans, en fonction des progrès en matière d’accessibilité.

Des thèmes phares, tels que la montée en gamme de la consommation en raison de l’élargissement de la classe moyenne, l’initiative « Made in China 2025 » destinée à faire du pays un producteur de qualité et le rôle moteur de la Chine dans les technologies et l’innovation, sont sources d’opportunités d’investissement. Le marché des actions « classe A » est un excellent moyen de s’y exposer.

Victoria Mio , 20 septembre

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