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Quand les opportunités émergent

Le temps est venu de tirer parti des plus bas sur la dette émergente qui offre des rendements intéressants pour l’investisseur à long terme. Peter de Coensel, CIO Fixed Income chez DPAM explore cette semaine les opportunités dans l’univers obligataire des pays émergents.

Les marchés financiers vont se réjouir très largement de la victoire du duo Biden-Harris. La période de brouhaha et de confusion engendrés par les propositions, les idées et les décisions insensées du 45e président des Etats-Unis est révolue. Le flux incessant de tweets aux influences éphémères, mais néanmoins bien réelles sur les marchés est enfin stoppé. Restent les cicatrices infligées par la montée des tensions géopolitiques et le recul de la prospérité économique qui ont plus particulièrement affecté les marchés émergents et, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, leur dette. La démocratie ayant repris ses droits aux Etats-Unis, le réseau institutionnel du pays peut se reconstruire et la coopération internationale peut reprendre. Ces ingrédients sont essentiels pour des marchés qui avaient de plus en plus été laissés à eux-mêmes du fait de l’unilatéralisme prédateur des Etats-Unis.

Des devises émergentes à la peine

La lutte contre la pandémie a amené les autorités politiques des marchés émergents à adopter des mesures similaires à celles de leurs homologues des marchés développés. Ensemble, leurs banques centrales ont réduit leurs taux directeurs d’environ 5 000 points de base (pb). Il s’agit d’une évolution sans précédent et son impact sur les devises a été très conséquent.

Selon l’indice JP Morgan des devises des marchés émergents, les devises de ces pays ont reculé de 12,5% depuis le début de l’année, regagnant néanmoins plus de 2,5% la semaine dernière.

Dans son sillage, les deux principaux indices obligataires en monnaies locales des pays émergents, le JP Morgan GBI - EM Global Diversified et le Bloomberg Barclays EM Local Currency Gov 10% Country Capped, se sont particulièrement distingués en progressant de respectivement 1,73% et 0,95% sur la semaine. Il s’agit d’une performance inégalée dans tout l’univers obligataire !

Biden, un signal d’achat

Néanmoins, leur recul depuis le début de l’année reste important : -7,77 % pour l’indice JPM EM et -5,39 % pour l’indice Bloomberg Barclays EM en euros. Mais leur temps de récupération pourrait s’avérer moins long que prévu. Pour les investisseurs en mal de rendements sur les marchés de taux des pays développés, le rendement courant d’environ 4,35% de la dette émergente représente une véritable aubaine, notamment sur le long terme.

Les emprunts d’Etat en monnaies locales des marchés émergents arrivent tout en bas du classement des différents segments du marché obligataire pour leurs performances depuis le début 2020. Ce résultat est imputable pour l’essentiel à la dépréciation des devises émergentes. Cependant, après avoir successivement touché deux points bas, en septembre dernier puis à la veille des élections américaines, l’indice JP Morgan des devises émergentes a rebondi pour clôturer à 55,66 vendredi dernier. Il convient donc de le surveiller de près, car la victoire de Joe Biden pourrait bien représenter un signal d’achat.

En route pour le parcours du combattant

A peine avions-nous évoqué dans notre dernier commentaire l’idée d’une volatilité qui resterait élevée en raison de l’assouplissement quantitatif généralisé que déjà le consensus en faveur de la victoire de Joe Biden faisait fondre la volatilité implicite des marchés, aussi bien pour les actions que pour les obligations. Il est probable que les intervenants profitent de cette occasion pour procéder à des achats de volatilité à la baisse. Car les trois mois à venir risquent de ressembler à un parcours du combattant : une pandémie qui s’intensifie, des semi-confinements qui s’étendent à toute l’UE, des banques centrales qui, une fois encore, hésitent, des attentes moins optimistes quant aux programmes de relance pour 2021. En ce qui concerne ces derniers, le nouveau président américain devra probablement compter avec un Congrès divisé et une majorité de sénateurs républicains qui exige une modération des efforts. La Fed devra donc fournir l’essentiel du travail de relance alors qu’elle ne contrôle que le canal de l’emprunt, mais pas celui des dépenses.

Une fois que l’excitation causée par les élections américaines sera retombée, à savoir d’ici quelques semaines, la dette émergente, qu’il s’agisse des emprunts d’Etats ou de ceux d’entreprises de qualité (IG), pourrait compter parmi les grands gagnants de l’univers obligataire, du moins pour les investisseurs axés sur le long terme.

Bons du Trésor : optimisme tempéré

Aux Etats-Unis, la coopération accrue entre le gouvernement dirigé par Joe Biden et la Fed permettra de trouver le terrain d’entente nécessaire à l’élaboration d’une politique commune. Une telle évolution serait significative. Elle pourrait en effet atténuer la crainte des investisseurs obligataires qu’une relance « façon Biden » ne soit le signe avant-coureur d’un marché des bons du Trésor déprimé.

En réalité, il est probable que le nouveau secrétaire américain au Trésor établisse avec la Fed une relation similaire à celles que la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon entretiennent avec leurs gouvernements respectifs.

L’observation des différentiels entre les taux américains à 10 ans et ceux des obligations d’Etat britanniques et japonaises de même échéance incite d’ailleurs à opter pour le camp des optimistes modérés en ce qui concerne les bons du Trésor américain.

La politique internationale peut dorénavant entamer sa convalescence, à l’instar de la pandémie. Quand et comment allons-nous lutter contre cette dernière ? Cela pourrait bien être le principal sujet de préoccupation l’année prochaine.

Peter de Coensel , 17 novembre

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