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Qu’est-ce qui occupera les leaders mondiaux en 2013 ?

Qu’est-ce qui tiendra les leaders mondiaux occupés en 2013 ? Léon Cornelissen, l’économiste en chef de Robeco, évalue les cinq menaces géopolitiques les plus importantes de l’année.

Ce n’est pas le terrorisme, ni la grippe. Ce ne sont pas les tensions politiques en Iran, ni en mer de Chine orientale, ni sur le 38ème parallèle. Et ce n’est pas non plus un nouvel embrasement de la crise de la dette de la zone euro. Alors, quelle sera vraiment la question géopolitique qui aura le plus de risques d’éclater en 2013 et d’avoir des répercussions sur les marchés financiers ? Pour le découvrir, examinons les cinq principales menaces évaluées par Léon Cornelissen dans l’ordre croissant.

5e Les cyberattaques

Depuis peu, les cyberattaques sont apparues comme un problème géopolitique grave. Des entreprises telles que Wells Fargo et Lockhead ont fini par admettre en avoir été la cible. Mais si n’est publiquement admis, certains éléments donnent à croire qu’il s’agit d’un phénomène désormais généralisé. Jusqu’à présent les entreprises ont en grande partie réussi à contrer ces attaques. Mais sont-elles vraiment bien préparées ?
Cette question a suffisamment préoccupé le président des Etats-Unis, Barack Obama, pour qu’il signe à la mi-février un décret visant à obtenir une meilleure protection des infrastructures américaines.
Dans quelle mesure cela devrait-il nous inquiéter ? D’après nous, cette question ne devrait pas prendre trop d’ampleur. Le système est actuellement en phase d’adaptation. Il attire l’attention sur l’échec relatif des deux incidents présumés les plus connus : l’attaque sur l’Iran du service des renseignements américain (« je ne peux pas dire que cela ait été très impressionnant ») et celle sur le New York Times par la Chine (« elle n’a pas été bien loin »). Ceci est rassurant.

Le facteur d’inquiétude de M. Cornelissen : 2/10

3e (ex aequo) = La Chine

En troisième place ex aequo, on trouve la Chine en raison de questions tant sur le plan national qu’international. Au niveau national, l’incertitude perdure quant à l’économie et l’arrivée imminente d’une nouvelle génération de dirigeants. Au niveau international, le conflit avec le Japon concernant la question de la souveraineté des îles Senkaku/Diaoyu n’indique aucun signe d’apaisement.
À court terme, l’économie chinoise n’est pas une raison de s’inquiéter. D’un point de vue économique, le pays est en train de se rétablir. Mais ce rétablissement ne ressemblera pas aux reprises précédentes en raisons de la tentative actuelle de rééquilibrage de l’économie.
À plus long terme, cette histoire pourrait bien devenir plus préoccupante. Nous ne pouvons pas être sûrs que tout ira bien à long terme. La Chine est confrontée à de nombreux problèmes structurels. Néanmoins, l’économie ne devrait pas, pour l’instant, être un problème majeur.
Qu’en est-il du conflit dans la mer de Chine orientale ? À tous égards, la démonstration de force relative à cette poignée d’îlots inhabitables est le différend le plus grave dans les relations sino-japonaises depuis la Seconde Guerre mondiale en termes de potentiel pour un conflit armé.
Nous ne prévoyons pas que la situation devienne incontrôlable. Selon nous, la Chine n’est, dans le stade actuel, pas en mesure de risquer un conflit avec le Japon et les USA. D’une part, les chinois sont trop faibles sur le plan militaire. Et d’autre part, une aggravation risquerait de faire perdre la face aux nouveaux dirigeants.
Et même si la Chine peut avoir une plus grande influence sur la scène mondiale, cela ne se traduit pas nécessairement par une politique étrangère belligérante. La Chine n’est pas sur une voie militariste et expansionniste et n’a pas été en guerre depuis l’invasion du nord du Vietnam en 1979.
Toutefois, on reconnaît que la situation pourrait considérablement se dégrader à court terme. Cela pourrait bien donner naissance à un conflit armé limité, ce qui serait une très mauvaise nouvelle pour les marchés financiers. Globalement, le conflit relatif à la mer de Chine orientale ne reste qu’un conflit « normal ».

Le facteur d’inquiétude de M. Cornelissen : 3/10

3e (ex aequo) = La zone euro

Même si les responsables politiques semblent avoir mis suffisamment d’actions en œuvre pour éviter une nouvelle aggravation sérieuse de la crise de la dette dans la zone euro avant les élections fédérales allemandes du 22 septembre, il reste encore bien des difficultés à écarter dans la zone de la monnaie commune.
Les élections en Italie posent un problème. Le gouvernement espagnol est mis en cause dans un scandale de corruption. Il est possible que nous assistions à de nouvelles tensions liées à l’austérité au cours de la campagne électorale allemande.
Ce n’est pas tout. Chypre a besoin d’être sauvée. La récession s’aggrave au sein de l’union monétaire des 17 nations, les derniers chiffres révélant un repli du PIB plus important que prévu, de 0,6 % au dernier trimestre 2012. Et la persistance de la politique d’austérité pourrait encore faire empirer la situation.
En termes structurels, nous ne sommes pas encore tirés d’affaire. Il n’y a pas de solution définitive à long terme à la crise de la dette et les décisions les plus difficiles restent à prendre. Et la marche arrière dont l’union bancaire fait l’objet ne laisse rien présager de bon. Il ajoute que l’Italie semble potentiellement être le casse-tête le plus important - le pays a un potentiel de crise. On est moins inquiet quant à la situation en Espagne. Si M. Rajoy doit partir, il sera remplacé par un autre membre du parti au pouvoir. De nouvelles élections sont encore loin.
Dans l’ensemble, on estime que la probabilité d’un impact négatif majeur est relativement faible. L’une des principales raisons à cela est la volonté d’intervention de la BCE par le biais du programme OMT (outright monetary transactions) non encore utilisé, qui est capable dans certaines circonstances d’acheter des obligations souveraines émises par des États membres de la zone euro.
La zone euro pourrait bien faire l’objet de certaines tensions à court terme mais aucun éclatement ne devrait survenir. Une aggravation vraiment dévastatrice n’est pas prévue.

Le facteur d’inquiétude de M. Cornelissen : 3/10

2 Le Moyen-Orient

La région la plus problématique à court terme est le Moyen-Orient. Il s’agit en particulier de l’avancée inéluctable de l’Iran en direction du nucléaire et l’implacable détermination d’Israël à l’en empêcher. D’un point de vue stratégique, cela ne ferait pas une grande différence si l’Iran avait l’arme nucléaire. C’est toutefois un facteur potentiellement critique à court terme.
L’approche isolationniste d’Obama vis-à-vis de la scène internationale a à la fois du bon et du mauvais. Après les incursions désastreuses en Afghanistan et en Irak, aucune campagne militaire de grande envergure n’est à attendre sous son mandat. Et c’est tant mieux : ce serait une grave erreur stratégique que d’être impliqué dans une guerre avec l’Iran
Mais cette approche s’accompagne toutefois de conséquences malheureuses. On assiste à un vide de pouvoir au Moyen-Orient.
On remarque qu’il y a cependant de bonnes nouvelles, dans le fait que le Premier ministre belliciste d’Israël, Benyamin Netanyahu, a été affaibli par les dernières élections. Et alors qu’il existe de multiples façons que la situation s’aggrave - que se passerait-il si Israël décidait d’éliminer le dirigeant iranien, ce qui serait par exemple un acte susceptible d’attirer des représailles contre des biens américains de la région - il y a un simple fait que l’on ne peut ignorer. L’Occident n’est pas prêt à envoyer des troupes sur le sol iranien.
La manière dont les États-Unis aborderont cette situation sera particulièrement déterminante. Et M. Cornelissen fait confiance à Obama. Obama est un adepte de la Realpolitik. Il garde la tête froide. C’est la raison pour laquelle on estime que la probabilité qu’un conflit éclate est inférieure à 50 %.

Le facteur d’inquiétude de M. Cornelissen : 4/10

1 « Global weirding »

Pourtant, ce n’est pas notre principale inquiétude de cette année. On est en effet plus inquiet en ce qui concerne l’impact immédiat du « global weirding » - un terme de plus en plus utilisé pour décrire des conditions climatiques mondiales de plus en plus imprévisibles.
Le terme de « weirding » implique qu’il n’est pas seulement question de réchauffement (warming). Les inondations, telles que celles qui ont récemment eu lieu en Australie, deviennent de plus en plus extrêmes. Les hivers sont de plus en plus rigoureux, comme l’ont montré récemment les températures basses record en Chine. Et les sécheresses sont elles aussi de plus en plus extrêmes : les dégâts généralisés sur les récoltes aux USA l’été dernier en sont la preuve.
Mais cela n’est-il pas qu’une considération à long terme ? Pas seulement. Des conditions climatiques extrêmes capables de détruire de vastes récoltes peuvent se traduire par une hausse rapide des prix des denrées alimentaires, entraînant ainsi des troubles sociaux. N’oublions pas que le Printemps arabe a été déclenché par une flambée des prix des denrées alimentaires et des matières premières agricoles.
Un nouvel été chaud dans l’hémisphère nord pourrait faire grimper les prix des matières premières agricoles. C’est la raison pour laquelle le « global weirding » - ou ses conséquences immédiates - est le principal risque géopolitique en 2013.

Le facteur d’inquiétude de M. Cornelissen : 5/10

Léon Cornelissen , Mars 2013

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