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Normalisation monétaire, Omicron, Chine : les nombreux challenges des marchés début 2022

Les indices européens continuent d’évoluer proche de leurs plus hauts récents, voire de leurs records historiques pour certains, dans un contexte global dominé par la vague Omicron, la normalisation des politiques monétaire, l’inflation, et la situation de la Chine dont les problématiques multiples ont poussé les marchés à la vigilance en ce début d’année.

Une bonne partie de l’incertitude sur les marchés vient effectivement de Chine. La proximité des Jeux olympiques d’hiver oblige les autorités à appliquer une politique « zéro-Covid » drastique dont les effets collatéraux sont nombreux. Un effet sur la demande intérieure comme en témoigne la faiblesse de la croissance des ventes au détail en décembre, plus de deux fois inférieure au consensus.

Cette pression sanitaire en Chine continue de désorganiser les chaînes logistiques mondiales, maintenant les congestions dans les ports chinois et par ricochet les pénuries dans certains secteurs d’activité ainsi que les coûts élevés.

A cela s’ajoute les craintes concernant le marché immobilier et la solidité financière des promoteurs chinois. C’est ce cocktail dangereux qui freine les indices européens depuis le début de l’année et notamment l’indice sectoriel des biens de consommation dans lequel on retrouve les principales valeurs du luxe, et dont le CAC40 est sensiblement pondéré. Les autorités chinoises ont bien compris le risque pour l’économie d’une telle situation et la banque centrale a immédiatement annoncé une baisse de taux d’intérêt pour les prêts aux banques, sachant que des consignes qui sont également données aux gouvernements locaux pour minimiser l’impact économique des mesures sanitaires, que ce soit via le crédit aux entreprises ou les aides aux ménages pour soutenir la consommation.

Cette pression sanitaire en Chine, et donc pression économique, ne devrait pas de détendre avant fin février et la fin des Jeux olympiques. Sur le front de l’immobilier, la fragilité des promoteurs pèse lourdement sur le compartiment obligataire à haut rendement : la valeur des obligations « high yield » chinoises est récemment tombée à son plus bas niveau depuis…fin 2018. C’est-à-dire sous le point bas qui avait été marqué au plus fort de la première vague de Covid au premier semestre 2020 !

Les perturbations de la chaîne logistique mondiale, dont une partie est imputable à la Chine, ont pour effet d’entretenir les difficultés d’approvisionnement et donc de maintenir une pression à la hausse sur les prix, ce qui oblige les banques centrales, et notamment la Fed, à muscler son discours.

Certaines colombes de la Fed ont récemment déclaré avoir été surprises pas le « niveau élevé et la persistance de l’inflation », en lien notamment avec ces tensions logistiques mondiales. Ce qui finit par renforcer la conviction du marché que la Fed va devoir normaliser sa politique monétaire de façon dynamique. Nous devrions assister à la fin des achats d’actifs en mars et à une hausse de taux au même moment…et le bilan pourrait commencer à être ajusté à peine quelques mois plus tard, Jerome Powell ayant indiqué qu’il faudrait 2 à 4 réunions pour prendre une décision à ce sujet.

C’est donc une normalisation de la politique monétaire beaucoup plus rapide que la précédente qui va s’opérer dans les mois qui viennent. Et les marchés américains ont commencé à intégrer cette évolution depuis le début du mois avec un rebond des taux et un repli des valeurs de croissance et notamment les valeurs technologiques.

Les anticipations d’inflation à moyen-terme aux Etats-Unis ont commencé à intégrer ce durcissement de ton de la Fed et se sont récemment repliées sur un plus bas de 3 mois et demi.

Ces différents facteurs ne semblent toutefois pas de nature à faire dérailler la trajectoire des marchés à moyen-terme, les niveaux de valorisation n’étant pas particulièrement excessifs et les prévisions de croissance sont toujours solides malgré quelques révisions à la baisse. Mais la densité des risques potentiels à court-terme (Impact Omicron, restrictions sanitaires et risques immobiliers en Chine, tapering et hausse de taux de la Fed, tensions géopolitiques avec la Russie) pourraient favoriser une consolidation des indices américains au premier trimestre (plus sensibles aux valeurs de croissance et donc au redressement des taux réels) mais aussi des indices européens, exposés à l’activité en Chine.

Alexandre Baradez , 20 janvier

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