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Ne jamais oublier les risques liés à la gouvernance

C’est pour agrandir une mine de minerai de fer que le groupe anglo-australien Rio Tinto avait détruit à l’explosif le 24 mai dernier la grotte de Juukan Gorge, en Australie occidentale, un des sites de peuplement les plus anciens du pays. Rio Tinto avait tout d’abord défendu la destruction du site en affirmant qu’elle avait été approuvée par le gouvernement de l’État.

Mais l’émoi créé au sein des responsables aborigènes, qui avaient été informés de cette destruction trop tard pour l’en empêcher, avait poussé le Groupe à présenter ses excuses.

L’importance culturelle du site avait été établie par des fouilles réalisées un an après que Rio Tinto ait obtenu l’autorisation de le détruire. Ces fouilles avaient permis de mettre à jour l’outil en os le plus ancien découvert à ce jour en Australie, réalisé il y a 28 000 ans avec un os de kangourou. Des analyses d’ADN avaient également permis d’établir un lien entre le peuplement du site et des personnes habitant toujours dans la zone.

Si Rio Tinto avait bien obtenu les autorisations légales pour détruire le site, le Groupe, en agissant ainsi, n’a pas respecté ses standards internes. La première réaction du Groupe, au-delà de ses excuses publiques, fut de supprimer les trois millions d’euros de bonus initialement prévus pour son directeur général, le Français Jean-Sébastien Jacques, ainsi que les variables de deux cadres supérieurs, le directeur de la division « Minerai de fer » Chris Salisbury, et la directrice de la communication Simone Niven.

Après la présentation de l’enquête au Conseil d’administration, son président, Simon Thompson, a annoncé la démission, « d’un commun accord », de ces trois dirigeants. « Ce qui s’est passé à Juukan est une faute et nous sommes déterminés à faire en sorte que la destruction d’un site patrimonial d’une importance archéologique et culturelle aussi exceptionnelle ne se reproduise plus jamais lors d’une opération de Rio Tinto. », a déclaré Monsieur Thompson.

« Nous avons écouté les préoccupations de nos actionnaires selon lesquels un manque de responsabilité individuelle compromet la capacité du Groupe à reconstruire cette confiance et à aller de l’avant pour mettre en œuvre les changements ciblés par le conseil d’administration. » a-t-il expliqué.

Le comité représentant les propriétaires terriens aborigènes, le NNTC, a salué ces départs, tout en soulignant qu’il ne « s’agit que d’une première étape cruciale ». « Nous espérons que cela enverra un message fort à l’ensemble du secteur minier : vous devez rejoindre le XXIe siècle et commencer à prendre au sérieux votre gestion environnementale et sociale. », a déclaré son directeur général, Jamie Lowe. Le Parlement australien poursuit de son côté sa propre enquête sur la destruction du site. L’Etat d’Australie occidentale réexamine quant à lui les lois régissant les activités minières près des sites du patrimoine aborigène. « Ce n’est que la première étape d’un long chemin vers la restauration des bonnes pratiques et de la réputation de Rio Tinto dans ses relations avec les peuples autochtones. », a déclaré James Fitzgerald, responsable du conseil juridique et de la stratégie au Centre australasien pour la responsabilité d’entreprise.

Dans l’analyse ESG (environnementale, sociale et de gouvernance), l’environnement a toujours été prééminant en raison de la violence de sa problématique, tout simplement la survie à terme de l’espèce humaine avec le réchauffement climatique.

La crise de la Covid-19, qui a montré l’importance de la cohésion sociale des entreprises, a poussé le social en avant, mais la gouvernance, toujours tapie dans l’ombre, ressurgit régulièrement et immanquablement. Le risque de réputation, enjeu commun de ces trois thèmes ESG, se positionne au centre de la préoccupation des entreprises, quelle qu’en soit sa cause

François Lett , 22 septembre

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