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Marchés émergents : N’ayez pas peur des gros titres pessimistes !

Les signes de reprise des marchés émergents apparus plus tôt cette année ont soulevé des inquiétudes au sujet du ralentissement économique de la Chine et de l’atonie de la croissance en Europe et au Japon. Au-delà des gros titres souvent négatifs, nous pensons que bon nombre des risques qui pesaient...

Les signes de reprise des marchés émergents apparus plus tôt cette année ont soulevé des inquiétudes au sujet du ralentissement économique de la Chine et de l’atonie de la croissance en Europe et au Japon. Au-delà des gros titres souvent négatifs, nous pensons que bon nombre des risques qui pesaient sur le marché l’an dernier se sont estompés et les perspectives de bénéfice sont relativement solides.

Le rebond de 2019 va-t-il se poursuivre ?

2018 fut une année sombre pour les investisseurs présents sur les marchés émergents. L’escalade des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, la hausse des taux de la Fed et le raffermissement du dollar ont entraîné une correction douloureuse des actifs des marchés émergents – et en particulier des actions.

Les marchés financiers des pays émergents se sont brutalement rétablis au début de cette année. Les prévisions de relèvement des taux par la Fed s’évanouissant et l’espoir de signature d’un accord commercial sino-américain se renforçant parallèlement à la perspective de nouvelles mesures de relance en Chine, les performances des marchés émergents se sont considérablement améliorées en janvier, avant de marquer une pause en février et en mars. Nous nous attendons à ce que la reprise se poursuive, même si elle sera inévitablement mouvementée.

Les valorisations relatives et les perspectives de croissance des bénéfices des entreprises renforcent notre confiance. Les niveaux de valorisation des actions des marchés émergents correspondent au tiers environ de ceux de leurs homologues des pays développés. Cette décote est particulièrement attractive compte tenu d’une croissance des bénéfices qui devrait être plus rapide dans les pays émergents que dans les pays développés au cours des 18 prochains mois. Alors que les bénéfices sont révisés à la baisse partout dans le monde, ceux des entreprises des marchés émergents sont – sur cette même période – attendus en progression de 10 % et devraient surpasser la croissance des bénéfices mondiaux d’environ deux points de pourcentage. En outre, les marges bénéficiaires des entreprises des pays en développement sont très inférieures à celles des entreprises du monde développé, ce qui laisse une marge d’appréciation considérable.

Les besoins de financements externes des marchés émergents ont souffert de la hausse soutenue du billet vert en 2018. Mais le dollar US a selon nous désormais atteint un niveau extrême. En réalité, sa valorisation par rapport à un panier de monnaies pondéré en fonction des échanges commerciaux n’a jamais été aussi élevée depuis le milieu des années 1980. Il est selon nous peu probable que cette tendance se poursuive et elle pourrait même s’inverser, apportant alors un soutien supplémentaire aux actifs des marchés émergents.

Si l’on se fie au passé, les actions des marchés émergents pourraient générer de solides performances en 2019. En effet, lorsque les bénéfices des entreprises des pays émergents progressaient beaucoup plus que dans le reste du monde une année donnée, leur marché se redressait souvent l’année suivante.

Trois pays névralgiques qui comptent parmi les marchés émergents sont susceptibles d’offrir des opportunités d’investissement surprenantes :

Chine : La marée semble remonter

Les administrations américaine et chinoise ont calmé le jeu de leur rhétorique relative à leurs différends commerciaux actuels. Même si un véritable accord n’est peut-être pas imminent, la moindre probabilité d’une nouvelle escalade des tensions constitue un développement positif. En fait, l’humeur s’est déjà considérablement améliorée sur les marchés d’actions chinois, si l’on en croit plusieurs indicateurs de la dynamique boursière. Parallèlement, les actions chinoises sont extrêmement peu chères au regard de leurs multiples de capitalisation du bénéfice et de la valeur comptable. Des mesures budgétaires de relance et un soutien accru au crédit ont aussi un impact.

Turquie : Regarder au-delà des troubles actuels

La Turquie a souffert d’un effondrement très médiatisé de sa monnaie et de son marché des actions durant l’été 2018. L’inflation galopante et les interférences politiques avec la banque centrale ont fragilisé la confiance des investisseurs. Mais les autorités ont depuis pris des mesures actives pour lutter contre l’inflation et d’autres déséquilibres macroéconomiques, favorisant ainsi une stabilisation et le début d’une reprise du marché des actions.

La correction du marché des actions et du marché des changes a été extrême, laissant derrière elle des primes de risque parmi les plus élevées aujourd’hui au sein des marchés émergents. Cependant, l’écart de rendement entre les obligations turques libellées en dollar US et les valeurs du Trésor américain a commencé à se resserrer et semble maintenant plus proche de ses moyennes à long terme.

Le potentiel de reprise de la Turquie est attractif malgré des défis considérables. D’un point de vue historique, les pays émergents qui ont connu un effondrement de leur monnaie, comme celui qui a touché la Turquie l’an dernier, ont brutalement rebondi au cours des deux années suivantes, avec la stabilisation de leur économie et le retour des investisseurs.

Il est pourtant probable que les actions et la livre turques demeurent volatiles en raison du scepticisme permanent des investisseurs à l’égard du respect, par le gouvernement, de politiques cohérentes – comme l’ont montré les nouveaux troubles boursiers dont le marché a souffert. Il serait donc imprudent de prendre une position d’ampleur excessive. Nous pensons néanmoins que, dans le cadre d’un portefeuille investi sur les marchés émergents mondiaux qui bénéficie d’autres sources de performance et de contrôle de la volatilité pour se diversifier, une allocation de taille appropriée à la monnaie et à une sélection d’actions turques contribuerait probablement de façon importante à la performance.

Indonésie : Les obligations sont plus attractives que les actions

Alors que les actions nous semblent receler davantage de potentiel haussier que les obligations dans la plupart des pays émergents, le contraire est vrai en Indonésie. Les niveaux de valorisation des actions du troisième pays le plus peuplé d’Asie sont comparativement élevés, mais la situation budgétaire est encourageante et la situation politique stable – ce qui nous rend confiants dans la capacité des obligations indonésiennes à renforcer la stabilité d’un portefeuille diversifié d’actifs des marchés émergents.

Les marchés émergents seront toujours assez volatils du fait de leur nature, et 2019 ne devrait pas déroger à la règle. Mais les investisseurs qui ont une vision intégrée et différenciée des différentes régions et catégories d’actifs devraient voir leur ténacité récompensée sur le long terme.

Poches d’opportunité

Bien que les perspectives de croissance mondiale à court terme demeurent incertaines, des poches d’opportunité attrayantes restent à découvrir au sein des marchés émergents.

Selon nous, des bonnes surprises pourraient sourire aux investissements présents sur les marchés émergents – ce qui contribuerait à soutenir une poursuite de la hausse, en particulier des marchés qui ont été les plus durement touchés l’an dernier.

Morgan Harting , 15 avril

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