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MSCI dope les actions chinoises de classe A

La pondération des actions chinoises de « classe A » dans les indices de référence MSCI devrait sensiblement augmenter, selon une récente annonce. Nous examinons comment les actions chinoises sont devenues de plus en plus accessibles aux investisseurs étrangers ces dernières années et Jian Shi Cortesi de GAM Investments réagit à ces derniers développements

En 2014, les autorités chinoises ont commencé à ouvrir les marchés actions locaux du pays aux investisseurs étrangers en lançant leurs programmes Stock Connect, qui établissent de fait un lien pour les négociations entre les deux bourses chinoises et celle de Hong Kong. Jusqu’à cette date, le marché était, en tout état de cause, ouvert uniquement aux résidents du pays et aux bénéficiaires du statut d’Investisseur institutionnel étranger qualifié (« QFII ») ou d’Investisseur institutionnel étranger qualifié sur le marché du renminbi (« RQFII »).

Cela ne signifiait pas qu’il était totalement impossible aux investisseurs étrangers d’investir dans des entreprises chinoises, mais les possibilités étaient en pratique limitées aux ADR, actions de classe H et Red Chips (voir les définitions ci-dessous) qui n’étaient pas collectivement représentatives du marché chinois dans son ensemble et ne permettaient pas d’accéder de façon complète à toutes les opportunités intéressantes.

Petit guide des catégories d’actions chinoises

ADR : Un American Depositary Receipt est un certificat négociable émis par une banque américaine représentant un nombre déterminé d’actions d’une entreprise étrangère. Ces certificats sont libellés en dollars américains et sont négociés sur le New York Stock Exchange et le NASDAQ. Au 1er mars 2018, des ADR de 353 entreprises chinoises étaient cotés sur ces marchés

Actions A : Actions de sociétés immatriculées et cotées en Chine, libellées en monnaie locale et accessibles uniquement à des investisseurs étrangers non qualifiés par l’intermédiaire des programmes Stock Connect

Actions B : Actions de sociétés immatriculées et cotées en Chine, libellées en dollars américains (actions négociées à la bourse de Shanghai) et en dollars de Hong Kong (négociées à Shenzhen). Accessibles aux investisseurs étrangers directement

Actions H : Actions de sociétés immatriculées en Chine, mais cotées sur la bourse de Hong Kong et libellées en dollars de Hong Kong. Accessibles aux investisseurs étrangers directement

Red chips : Actions de sociétés immatriculées hors de Chine mais détenues en grande partie par des entités publiques chinoises, et dont la majorité du chiffre d’affaires provient de Chine. Ces actions sont libellées en dollars de Hong Kong, négociées à Hong Kong et accessibles aux investisseurs étrangers directement

Pour situer le contexte, l’univers des actions chinoises de classe A excède celui des actions d’Europe continentale et sa capitalisation dépasse celle de l’indice MSCI Emerging Markets dans son ensemble. Avant 2017, la présence des actions chinoises au sein des indices de référence Morgan Stanley Capital International (MSCI) était limitée à un nombre restreint d’actions chinoises cotées à Hong Kong et d’ADR chinois cotés aux Etats-Unis, mais cette situation a fini par évoluer lorsque 222 actions de classe A (avec exposition plafonnée) ont été inclues pour la première fois. A présent, le poids des actions de classe A devrait croître rapidement, après l’annonce récente par MSCI selon laquelle ses indices devraient quadrupler leurs expositions actuelles aux actions A.

Nous avons demandé à Jian Shi Cortesi, experte en actions chinoises chez GAM Investments, ce qu’elle pense de cette évolution marquante et de l’environnement boursier actuel.

Pouvez-vous nous donner des précisions sur les particularités de cette annonce ?

MSCI a annoncé une augmentation du facteur d’inclusion pour les actions de classe A, qui passera de 5% actuellement à 20% d’ici fin novembre. La transition sera progressive, des augmentations de 5% étant prévues pour mai, août et novembre. En plus de l’augmentation de la pondération des actions de classe A à grandes capitalisations existantes, MSCI ajoutera 168 actions chinoises de classe A de moyenne capitalisation. Ces changements porteront la pondération des actions de classe A dans l’indice MSCI China à environ 10,4%, contre 2,3% actuellement. Au niveau des indices plus globaux, les actions de classe A représenteront 4% du MSCI Asia ex-Japan et 3,3% du MSCI Emerging Markets.

Quel est l’impact potentiel en termes d’activité des investisseurs ?

Selon des estimations de courtiers, ces augmentations pourraient attirer des achats nets d’environ 70 milliards de dollars américains, dans la mesure où de nombreux investissements sensibles aux indices de référence devraient refléter cette évolution. Cela sera clairement positif à court terme pour la confiance des investisseurs locaux, qui s’est déjà améliorée depuis le début de l’année après une année 2018 difficile. L’augmentation de la part des actions de classe A dans les indices MSCI devrait aussi attirer l’attention des investisseurs étrangers : nombre d’entre eux seraient en effet mal avisés d’ignorer les actions de classe A en tant que composantes de leur univers d’investissement à l’avenir. Les investisseurs étrangers orienteront probablement leurs achats d’actions de classe A vers les sociétés cotées de grande qualité se négociant à des cours raisonnables dans des secteurs comme la consommation, la santé et la technologie.

Quelle a été la performance des actions chinoises en général cette année, et quels en furent les moteurs ?

Les actions chinoises ont connu une année 2018 très tourmentée, l’indice MSCI China enregistrant une baisse à deux chiffres rien qu’au quatrième trimestre, baisse principalement due aux inquiétudes des investisseurs face à l’escalade des tensions commerciales sino-américaines. Cependant, la confiance s’est renforcée rapidement en début d’année, et ce bon départ s’est prolongé en février, mois au cours duquel l’indice MSCI China s’est apprécié de 3,5%. Cette année, nous avons jusqu’ici constaté des progrès dans les négociations commerciales et une appréciation continue de la monnaie locale. Parallèlement, les améliorations de l’activité d’exportation et d’importation ont contribué à compenser les inquiétudes générées par la chute soudaine des indicateurs commerciaux à la fin de l’année dernière.

Jian Shi Cortesi , 19 mars

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