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Les raisons qui devraient inciter les investisseurs à rester positifs sur la Chine

Après avoir relativement bien géré la crise de la Covid, la Chine retrouve un degré de normalité, ce qui est de bon augure pour l’économie et les places boursières du pays. L’analyse de Jack Lee, Gérant actions A chinoises chez Schroders...

La vie en Chine continentale semble reprendre un caractère familier. Face à l’incertitude persistante induite par la pandémie à l’échelle mondiale, certains trouveront difficile d’admettre que la situation en Chine ait pu se normaliser aussi rapidement.

C’est pourtant précisément ce que j’ai constaté lors de mon récent déplacement de Hong Kong à Shanghai. En effet, la circulation était aussi intense qu’autrefois, avant la nécessité d’imposer des mesures de confinement et d’autres restrictions. Les restaurants quant à eux étaient à nouveaux bondés. Hormis la quarantaine de deux semaines obligatoire à l’arrivée, j’ai observé peu de signes de la crise sanitaire.

Nous pensons que la reprise va se poursuivre à la faveur de politiques favorables et d’un solide programme de tests et de traçabilité. Ces conditions devraient à leur tour rester positives pour la performance des actions de Chine continentale.

Où en est la reprise économique ?

Après une contraction de 10 % en glissement trimestriel au premier trimestre de l’année, l’économie a rebondi au deuxième trimestre, avec une accélération spectaculaire de 11,5 % en séquentiel.

L’activité industrielle a impulsé la reprise, et la production se normalise progressivement. Bien que les données dans des domaines tels que les ventes au détail affichent elles aussi une amélioration régulière, le secteur de la consommation reste à la traîne, en partie du fait de la faiblesse de secteurs tels que le voyage, qui tardent à pleinement se redresser.

Dans l’ensemble, la Chine a relativement bien géré la crise et, mis à part les interactions avec d’autres pays, l’activité intérieure dans la plupart des secteurs retrouve un niveau proche de la normale. Ce constat apparaît clairement dans le redressement des indicateurs d’activité, mis en évidence dans le graphique ci-dessus.

Quid pour la suite ?

Nous pensons que l’activité économique restera solide à l’horizon des prochains trimestres au minimum. Ce sentiment s’appuie sur les mesures proactives prises par le gouvernement au début de l’année, en réponse à l’impact de la Covid-19.

Afin de relancer et soutenir l’économie dans le sillage de la pandémie, diverses mesures de relance ont été dévoilées, un budget ayant été affecté à la mise en œuvre de dépenses supplémentaires.

Ces mesures incluent notamment le lancement d’une émission obligataire à vocation spéciale par l’administration centrale. En outre, avant la pandémie, le gouvernement avait déjà rehaussé le quota des émissions obligataires des collectivités locales. Ces fonds seront consacrés au financement du développement des infrastructures, ainsi qu’à des investissements visant à améliorer le bien-être de la population.

Par ailleurs, l’assouplissement monétaire orchestré par la banque centrale de Chine en début d’année devrait également s’avérer bénéfique, même s’il faut généralement du temps avant qu’une telle politique ne fasse sentir ses effets.

Le niveau record des prêts bancaires et les mesures de relance du crédit pourraient-ils avoir des répercussions sur le secteur immobilier ?

Par le passé, la construction de logements a largement contribué à la croissance de l’économie chinoise. Aussi, d’aucuns s’inquiètent qu’une partie des liquidités issues du programme d’assouplissement quantitatif de la banque centrale ne soit investie dans l’immobilier et n’induise une forte hausse des prix du marché.

Cependant, l’administration chinoise a adopté ces dernières années une position ferme en matière de politique monétaire. Le gouvernement central a régulièrement insisté sur le fait que « les logements sont faits pour y vivre, pas pour spéculer ». Cette attitude est encourageante.

Qui plus est, le gouvernement ne craint pas d’intervenir au besoin. Ce dernier s’est globalement efforcé de contrôler les crédits bancaires aux promoteurs afin de gérer l’offre immobilière, et sur le plan de la demande, le gouvernement a la capacité de réguler les exigences d’apport et le plafonnement des ratios prêt-valeur par l’intermédiaire des banques.

Par ailleurs, des mesures plus générales de régulation des achats immobiliers ont été mises en place. Par exemple, en vertu des restrictions dites de « hukou », les particuliers sont empêchés d’acquérir un bien dans une ville où ils ne résident pas. La preuve d’un emploi et du paiement de cotisations sociales est requise.

Ces mesures fonctionnent, même dans des zones à forte croissance économique comme Shenzhen. Dans cette ville, qui avait déjà connu une forte hausse des prix de l’immobilier sur de courts laps de temps, les autorités locales ont mis en place des politiques restrictives pour contrôler les hausses de prix.

Ainsi, malgré l’assouplissement monétaire, nous n’observons pas de flux de capitaux importants vers le secteur immobilier.

Quels sont les risques ?

Comme dans d’autres pays, le fait est que le risque d’un retour du virus persiste. Un tel scénario pourrait conduire à l’imposition de nouvelles restrictions sur les déplacements, impactant l’activité économique par voie de conséquence. Toutefois, la Chine s’est jusqu’à présent montrée apte à réduire et à contrôler les taux d’infection.

En revanche, les tensions géopolitiques semblent persister. Il se pourrait même que nous assistions à une nouvelle escalade, en particulier à l’approche des élections présidentielles américaines. Celle-ci pourrait prendre la forme de restrictions supplémentaires, notamment sur le secteur de la technologie.

Bien que de telles mesures puissent avoir un impact, au premier chef sur le sentiment, nous pensons que l’impact économique serait surmontable. L’économie intérieure, par exemple, est de plus en plus tirée par ce que le gouvernement appelle la « circulation interne » ou par la production, la distribution et la consommation nationales.

Où se situent les opportunités ?

Le marché enregistre une forte progression jusqu’ici cette année. Pour autant, nous continuons de déceler des opportunités attractives sur le marché des actions A chinoises, c’est-à-dire sur les places boursières continentales de Shanghai et Shenzhen.

Nous privilégions depuis quelque temps les sociétés qui nous semblent les mieux placées pour profiter des tendances de croissance à long terme. Il s’agit de secteurs tels que les véhicules électriques, un thème selon nous pluriannuel, ainsi que de la 5G et des valeurs industrielles qui tirent parti de l’automatisation.

Les entreprises chinoises deviennent plus autonomes, accroissant leurs investissements en recherche et développement et devenant plus compétitives sur le long terme.

À supposer que la reprise économique se poursuive et s’accélère en 2021 comme nous l’anticipons, nous pensons que les secteurs plus sensibles au cycle économique, comme les matériaux, pourraient offrir des opportunités.

Dans les secteurs voués à connaître une forte croissance indépendamment de la croissance générale de l’économie, il existe indéniablement des cas où les valorisations sont élevées. Néanmoins, y compris dans ces secteurs, nous continuons de déceler des entreprises dont le potentiel de croissance reste sous-estimé.

Jack Lee , 27 octobre

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