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Les marchés émergents face à un environnement global plus hostile qu’en 2017

A l’occasion de son dernier déjeuner Smart-Lunch « Marchés émergents », qui a réuni une cinquantaine d’investisseurs institutionnels, l’équipe de Swiss Life Asset Managers a partagé son analyse de cet univers d’investissement. Invité d’honneur, Julien Marcilly, Economiste en chef à la Coface, a notamment commenté la situation économique de la Russie et du Brésil.

Si les économies émergentes ont vu leurs croissances accélérer en 2017 – pour renouer avec leurs rythmes de 2013 – l’environnement s’avère plus hostile cette année. « A l’image du premier semestre, ces marchés devraient rester sensibles à la volatilité, exposés à la hausse des taux d’intérêt américains et à l’appréciation du dollar face aux devises locales, ce qui renchérit la dette extérieure et détériore les conditions de financement des pays émergents. Ils sont aussi pénalisés par un regain d’aversion au risque global, en raison de la dégradation des relations commerciales internationales, notamment entre les Etats-Unis et la Chine » analyse Claudia Bernasconi, Economiste spécialiste des marchés émergents chez Swiss Life Asset Managers.

Globalement, les économies émergentes ont réduit leurs déséquilibres au cours des cinq dernières années, affichant un niveau de croissance satisfaisant, proche de 5,5% en 2018, ainsi qu’une amélioration des soldes courants et des niveaux d’inflation. En revanche, l’endettement significatif du secteur privé et la précarité des finances publiques restent problématiques.

Au-delà de ces constats d’ensemble, la différenciation au sein de l’univers émergent reste importante, avec des situations économiques hétérogènes. Plusieurs pays confrontés à des défis structurels demeurent particulièrement vulnérables. « L’Argentine, la Turquie, voire l’Afrique du Sud et la Colombie, sont confrontées à des fondamentaux fragiles, tandis que le Brésil et le Mexique sont sensibles au risque politique » observe Claudia Bernasconi. L’Argentine et la Turquie subissent encore une inflation à deux chiffres et un déficit de la balance courante élevé.

Risque politique important au Brésil

De son côté, le Brésil suscite de la défiance chez les investisseurs : l’hypothèse d’un parti d’extrême droite au pouvoir est perçue comme une source d’instabilité par les intervenants de marché.

La dépréciation du real brésilien illustre d’ores et déjà ce risque politique. « Si Jair Bolsonaro est élu à l’élection présidentielle d’octobre et s’il applique son programme, la défiance des marchés pourrait entrainer une hausse des taux d’intérêt au Brésil, qui pénaliserait davantage une dette publique nationale déjà élevée. D’autant que sur le plan de l’endettement public, les marges de manœuvre pour résorber le déficit budgétaire sont aujourd’hui relativement faibles, le pays ayant déjà consenti beaucoup d’efforts dans ce domaine » précise Julien Marcilly, Economiste en chef à la Coface.

« Au Brésil comme en Russie, nous nous attendons à une reprise économique graduelle après la récession des dernières années. La reprise des investissements y reste lente, en raison de freins structurels. Dans ces deux pays, la croissance devrait rester inférieure à 2% cette année » complète-t-il.

En Asie, la Chine devrait voir sa croissance ralentir progressivement. Son « rééquilibrage 2.0 » visant la stabilité financière et la réorientation vers une croissance plus qualitative, n’est mené que graduellement.

L’Inde a bénéficié d’un redressement de sa croissance (à environ 7,5%) offrant au pays une meilleure stabilité macroéconomique qu’en 2013. Toutefois, les finances publiques demeurent un point faible, tandis que les conditions de financement et le renchérissement des prix du pétrole (l’Inde est un des principaux importateurs d’or noir) pourraient devenir problématiques.

Marchés obligataires émergents : privilégier les durations courtes

Sur les marchés obligataires des pays émergents, les prix des titres ont globalement reculé ces derniers mois, en raison de la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis. « Les titres libellés en devise forte ont mieux tiré leur épingle du jeu que ceux libellés en devise locale, face à l’appréciation du dollar américain » précise Rishabh Tiwari, Gérant dette émergente chez Swiss Life Asset Managers.

L’équipe de Swiss Life Asset Managers continue de privilégier les émissions obligataires d’entreprises à court terme, pour leur rendement jugé attractif et leur meilleure résistance à la hausse des taux. « Notre stratégie d’investissement privilégie actuellement les émissions investment-grade de duration courte (1,5 à 2 ans) et libellées en devise forte. Notre gestion de l’allocation géographique est active et diversifiée ». L’équipe surpondère actuellement les obligations d’entreprises chiliennes, péruviennes et indiennes, à la différence des titres mexicains, turcs ou sud-coréens, desquels elle réduit les pondérations.

Next Finance , 25 juin

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