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Les marchés écartent le scénario de la récession

La rotation sectorielle de ce mois-ci en faveur des secteurs cycliques délaissés démontre que le risque de récession était nettement surestimé par les marchés, tout comme le signal d’inversion de la courbe des taux. De puissantes forces de rappel soutiennent les marchés...

La rotation sectorielle de ce mois-ci en faveur des secteurs cycliques délaissés démontre que le risque de récession était nettement surestimé par les marchés, tout comme le signal d’inversion de la courbe des taux. De puissantes forces de rappel soutiennent les marchés et les aléas liés aux tensions géopolitiques représentent toujours des opportunités pour revenir sur les actions, estime Jean-Jacques Friedman, CIO de Natixis Wealth Management.

Après un mois d’août agité sur les marchés, les messages contradictoires de Donald Trump dans son bras de fer commercial avec la Chine ont presque été supplantés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les données macroéconomiques restent toujours peu vigoureuses, alors que la Chine n’apparaît plus comme un moteur capable de relayer la croissance mondiale, comme en témoignent les derniers chiffres de la production industrielle au plus bas, malgré la relance opérée. L’économie allemande, quant à elle, a cessé de se dégrader mais ne présente pour l’instant qu’un léger rebond. Cependant, du fait de la décrue du chômage qui se poursuit aux Etats-Unis et en Europe, les services compensent toujours en bonne partie cette quasi-récession industrielle.

Deux signaux d’alerte à interpréter avec précaution

Le premier, celui qui a fait couler beaucoup d’encre, est l’inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis qui, historiquement, précède une récession dans les 6 à 18 mois. Comme nous l’avions déjà indiqué dans notre précédente lettre, ce phénomène est devenu un indicateur avancé difficile à interpréter dans le contexte de taux totalement inédit aujourd’hui. L’interventionnisme des banques centrales joue à la fois sur les taux courts et sur la partie longue de la courbe via les mesures de rachat d’actifs. La médiatisation de ce signal a modifié les comportements des acteurs : les investisseurs anticipent des mesures correctrices des banques centrales sur les taux courts, alimentant ainsi de nouvelles prévisions de baisse, bien au-delà de tout raisonnement économique.

Le second repose sur l’affaiblissement de l’activité industrielle au niveau mondial, avec un indice PMI inférieur au seuil des 50 pour le troisième mois consécutif, à son niveau le plus bas depuis 7 ans. Cette contraction manufacturière s’explique en partie par les perturbations consécutives à la guerre commerciale dans les chaînes de valeur, qui pèsent sur la confiance des entreprises. La situation s’est fragilisée cet été lorsque l’indicateur PMI américain est passé sous le seuil des 50, laissant présager un effet de contamination du ralentissement global sur la croissance des Etats-Unis. Par ailleurs, la transition de la Chine vers un modèle économique plus axé sur les services et la consommation - et par conséquent moins sur le commerce extérieur et l’industrie - est de nature à peser structurellement sur les indices PMI manufacturiers. Malgré cela, les indicateurs avancés sur les services se maintiennent toujours nettement au-dessus de leur zone d’expansion, soutenus par l’emploi, la hausse des salaires et du pouvoir d’achat ainsi que par la confiance des consommateurs.

Deux éléments qui nous amènent à ne pas anticiper un scénario noir

Le premier est monétaire. Si les anticipations de baisse des taux d’intérêt de la Fed de la part des investisseurs nous paraissent excessives, les interrogations ne portent plus sur une normalisation ou non des taux d’intérêt, mais bien sur le calendrier et l’amplitude de la baisse des taux ainsi que sur une éventuelle coordination des principales banques centrales.

Le second élément est celui d’un retour à des politiques budgétaires plus expansionnistes dans les principales zones économiques du monde. Ces politiques sont déjà à l’œuvre en Chine et aux Etats-Unis pour lesquels la période pré-électorale qui s’ouvre devrait encore accentuer ce mouvement. En zone euro, le sujet est clairement en débat, y compris en Allemagne ou dans les pays du Nord, après les mesures de relance prises en France, en Espagne ou en Italie.

En conclusion, nous restons sur notre scénario d’une croissance 2020 à son potentiel de long terme, autour de 3%, soit à son niveau de 2019.

La tendance haussière de long terme des marchés n’a pas été remise en cause par l’environnement macroéconomique ou les tensions géopolitiques, comme en témoigne le rapide retracement des marchés actions à la suite du récent choc pétrolier. Nous sommes convaincus que l’inversion de la courbe des taux n’est plus un indicateur pertinent pour anticiper une récession. D’autant que nous n’observons aucun signe inquiétant sur les fronts du marché de l’emploi, de la profitabilité des entreprises ou de la prime de risque sur les obligations d’entreprises. Enfin, les politiques monétaires - qui n’ont pas encore produit leur plein effet à la fois sur les investissements réels et sur les marchés actions - et le taux de liquidité élevé des portefeuilles sont de puissants facteurs de soutien. Dans ce contexte, nous continuons d’intervenir sur les configurations techniques des marchés. A l’approche du haut de fourchette observé au cours des dernières séances, nous avons réduit tactiquement notre exposition dans l’optique de profiter des mouvements liés aux événements géopolitiques pour nous renforcer de nouveau lors des corrections de marché.

Jean-Jacques Friedman , 2 octobre

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