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Les marchés actions sont-ils trop confiants sur la trajectoire des politiques monétaires ?

Au-delà des anticipations de reprise économique et de rebond des bénéfices des entreprises en 2021, la politique monétaire a joué un rôle majeur dans la phase d’extension haussière des marchés actions depuis des mois.

Les banques centrales, par la voix notamment de Jerome Powell et Christine Lagarde, confirment que le soutien monétaire restera présent le temps de la normalisation de la situation économique et du retour de l’inflation vers et même au-delà de l’objectif. Les marchés actions continuent donc de jouer le scénario du soutien monétaire indéfectible en attendant la reprise économique pérenne.

Mais quelques déclarations ou indicateurs peuvent laisser penser que des discussions sur un début d’inflexion des politiques monétaires interviendront peut-être plus rapidement que certains investisseurs le pensent.

Il y a d’abord eu ces propos de Raphael Bostic de la Fed d’Altanta qui a déclaré en janvier qu’un ralentissement des achats d’actifs par la Réserve Fédérale pourrait intervenir dès cette année si la situation économique le permettait, rendant subitement moins hypothétique cette possibilité.

Il y a ensuite l’évolution sanitaire aux Etats-Unis : en l’espace de seulement un mois, le nombre de contaminations journalières a été divisé par deux, le tout en parallèle d’une progression de la campagne de vaccination. La courbe des hospitalisations s’est également infléchie depuis quelques semaines et certains Etats relâchent un peu les restrictions sanitaires.

On remarque ensuite une poursuite de la poussée haussière de l’anticipations d’inflation moyen-terme aux Etats-Unis (via le swap d’inflation 5Y5Y) qui ressort désormais à 2.45%, soit l’anticipation la plus élevée depuis l’été 2018.

La pentification de la courbe des taux américains ne passe pas non plus inaperçue, notamment entre les taux 2 ans et 10 ans où l’écart dépasse désormais les 100 points de base soit l’écart le plus élevé depuis avril 2017. Cette pentification résulte d’une poussée haussière du taux 10 ans sur fond d’anticipation d’une reprise de la croissance et de l’inflation mais avec un taux 2 ans qui, lui, reste toujours atone.

Jusqu’à présent cette pentification n’a pas effrayé les indices actions car la Fed continue d’envoyer des messages accommodants pour les mois à venir. Mais attention toutefois aux taux réels. Les taux réels représentent les taux moins l’inflation. Le taux réel 10 ans aux Etats-Unis est toujours largement négatif (-1.02%) ce qui bénéficie toujours à l’effet TINA (pas d’autres alternative que les actions car les rendements souverains réels sont négatifs) mais il s’est un peu redressé depuis le début de l’année.

Si les intervenant de marché commencent à anticiper un retour plus rapide que prévu de l’inflation et que cela pousse plus fortement le taux 10 ans américain à la hausse, cela pourrait se traduire par des prises de gains à court terme sur les indices US en raison d’une dégradation de l’effet TINA.

Historiquement, lorsque la pente entre les taux 2 ans et 10 ans américains s’est redressée lors de la bulle internet et de la crise des subprimes, les indices boursiers ont corrigé et l’économie américaine est entrée en récession. Pour la crise Covid-19, l’économie est entrée tout de suite en récession, les banques centrales sont massivement intervenues et les perspectives sont celles d’un rebond de la croissance dans les mois qui viennent et pas l’inverse. L’histoire n’est donc pas la même que lors des crises précédentes mais reste à voir si le marché interprètera donc cette pentification différemment.

On ne peut également s’empêcher de faire le lien entre ce qui se passe depuis un peu plus de 3 mois sur les valeurs les plus « shortées » et l’abondance de liquidité dans le marché.

L’indice des 60 valeurs américaines les plus vendues à découvert s’affiche en hausse de plus de 100% sur les 12 derniers mois contre une hausse de « seulement » 21% pour le SP500 sur la même période.

A part quelques cas singuliers, les valeurs les plus shortées sont, à la base, des valeurs pour lesquelles des craintes existent sur les fondamentaux économiques, les perspectives ou les niveaux de valorisation. Que ces actions fassent 5 fois mieux que le SP500 sur 12 mois soulève des questions légitimes sur l’appétit pour le risque et l’abondance de liquidité.

Il y a enfin ces déclarations de l’ancien chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, qui considère que le plan de 1900 milliards$ de l’administration Biden est trop important par rapport aux besoins réels et que la possibilité d’avoir une surchauffe de l’économie est bien réelle. « This would not be overheating ; it would be starting a fire » a-t-il indiqué dans une analyse sur Twitter.

Peut-être que le narratif des banques centrales, Fed et BCE, devra être revu plus rapidement que prévu si l’évolution de la situation sanitaire surprend positivement. Beaucoup moins sur la question de l’évolution des taux que sur celle du rythme des achats d’actifs mensuels…

Alexandre Baradez , 10 février

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