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Les discours extrêmement prudents de certains banquiers centraux vont-ils faire douter les marchés

Les marchés actions avancent relativement confiants vers la réunion de la Réserve Fédérale, notamment après le reflux des taux longs américains la semaine dernière malgré un indice des prix à la consommation aux Etats-Unis qui a atteint 5% en mai. Son plus haut niveau depuis août 2008…

La volatilité du SP500 a fait plusieurs incursions sous 16 ces derniers jours et évolue à son plus bas niveau depuis le début de la crise sanitaire.

Les marchés actions avancent relativement confiants vers la réunion de la Réserve Fédérale, notamment après le reflux des taux longs américains la semaine dernière malgré un indice des prix à la consommation aux Etats-Unis qui a atteint 5% en mai. Son plus haut niveau depuis août 2008…

Les marchés européens et américains semblent toujours progresser avec insouciance. De la dernière réunion de la BCE, le marché a surtout retenu la posture monétaire toujours accommodante alors que le discours de Christine Lagarde sur l’économie européenne était résolument plus optimiste et qu’elle a même concédé qu’il y avait eu débat sur le rythme du PEPP, c’est-à-dire le rythme des achats d’actifs. Le marché a choisi d’ignorer les « risques » à venir, pour la politique monétaire, de cette amélioration du sentiment au sein de la BCE.

Il était quasiment évident que la BCE n’allait pas bouger les lignes monétaires avant la Fed étant donné le décalage dans la reprise économique et dans les progressions des prix entre les deux zones. Est-ce que l’absence de changement de « guidance » sur la trajectoire monétaire de la BCE signifie pour autant que la Fed fera la même chose ce mois-ci ? Des doutes sont permis.

Tout d’abord si on regarde les anticipations d’inflation moyen-terme (swaps d’inflation 5Y5Y), elles évoluent toujours largement au-dessus de 2% (2.35% en début de semaines) sachant que la zone des 2% a été franchie à la hausse dès le mois d’août dernier après le trou d’air après le trou d’air du premier semestre 2020. Même si la trajectoire des anticipations d’inflation n’est pas linéaire, cela fait plusieurs mois qu’elle évolue au-dessus des 2% et donc la Fed n’a pas besoin de « rassurer » les marchés sur le front de l’inflation. Et les chiffres d’inflation de ces derniers mois montrent qu’on est moins dans une problématique de faiblesse des prix que l’inverse.

Et si on veut être complet, on peut également souligner que nous évoluons depuis plusieurs mois sur des niveaux d’anticipation d’inflation que nous connaissions déjà entre 2016 et 2018, c’est-à-dire des années plutôt dynamiques en termes de croissance avec notamment la mise en place du plan fiscal de Donald Trump. Donc des niveaux d’anticipation d’inflation pas franchement inquiétant.

Concernant la deuxième partie du mandat de la Fed, l’emploi, le marché semble être resté sur le dernier rapport, ressorti en-dessous du consensus en ce qui concerne les créations d’emplois non-agricoles (NFP) mais a ignoré le taux de chômage en baisse…et d’autres données suggèrent un marché probablement un peu plus tendu qu’il n’y parait comme le dernier chiffre JOLTS qui mesure les emplois vacants et qui a atteint un niveau record (ce qui peut pousser les entreprises à accroitre les salaires et donc à affaiblir l’hypothèse d’une pression sur les prix seulement « transitoire »). Plusieurs enquêtes aux Etats-Unis (NFIB par exemple) montrent également des difficultés de recrutements dans certains secteurs et c’est également ce qui ressortait dans le dernier Beige Book de la Fed.

Aux Etats-Unis, l’essence a été le plus gros contributeur à l’indice des prix (CPI) sur 12 mois…et le prix du baril ne retombe toujours pas, contrairement à d’autres matières premières comme le bois de construction ou encore certaines matières premières agricoles. Cette bonne tenue des prix du baril pourrait elle aussi pousser la Fed a changer un peu sa communication sur le caractère uniquement « transitoire » de l’inflation. Le WTI évoluait lundi à son plus haut niveau depuis octobre 2018.

Plusieurs membres du FOMC, sans renoncer au qualificatif « transitoire » de la poussée des prix, ont quand même complété leurs propos ces dernières semaines en indiquant que la Fed disposait des instruments nécessaires si ce n’était pas le cas...

Alors que les marchés baignent dans un océan de tranquillité, une remise en cause plus sensible du caractère transitoire de l’inflation mercredi soir pourrait secouer les marchés, notamment si la Fed commence à parler d’un début de réflexion sur un ralentissement des achats d’actifs. Et, même si Jerome Powell a cherché à minimiser le rôle des « dot plots » (estimation par les membres du FOMC du niveau de taux cible sur les années à venir), ils seront très surveillés notamment si plus de membres que la dernière fois sont favorables à un relèvement de taux dès 2022.

Ce sera probablement une des réunions les plus importantes de l’année pour la Fed.

Alexandre Baradez , 16 juin

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