›  Opinion 

Les Enjeux de la BFI en 2018

L’environnement réglementaire très exigeant et le changement technologique très concurrentiel des Banques de Financement ont incité à l’émergence de nouveaux acteurs pour répondre aux besoins immédiats des banques. L’analyse de Valérie Taurel, Practice Manager offre BFI chez Maltem consulting...

L’environnement réglementaire très exigeant et le changement technologique très concurrentiel des Banques de Financement ont incité à l’émergence de nouveaux acteurs pour répondre aux besoins immédiats des banques que sont :

  • Le contrôle des risques en temps réel
  • La réduction des coûts de fonctionnement
  • La modernisation de leur approche client.

Depuis 2008, nous assistons à un florilège de nouvelles réglementations censées réguler les marchés financiers et limiter les risques de krach boursiers. Cela fait suite à la crise des subprimes datant de 2007 où, dans le cadre du Sommet du G20, les principaux Etats réfléchirent à la mise en place de nouvelles règles destinées à éviter la répétition d’une telle crise. Les premières mesures visèrent à :

  • Renforcer les fonds propres des banques
  • Lutter contre les paradis fiscaux
  • Encadrer les hedge funds dans leurs modalités de fonctionnement
  • Revoir la politique de rémunération des traders

Depuis, les BFI engagent des sommes colossales pour appliquer des directives telles que :

  • MiFID 2 : directives européennes visant la protection des investisseurs et le bon fonctionnement des marchés
  • BALE IV : textes réglementaires visant à l’amélioration du ratio de solvabilité bancaire
  • IFRS 9 : nouvelle norme comptable des instruments financiers en remplacement de IAS39
  • DODD-FRANCK act – Loi FATCA : règles de transparences et de luttes anti-fraude vis à vis des contribuables américains
  • EMIR : règlement européen visant essentiellement la compensation de certains types de produits OTC (swap de taux et CDS) et la mise en place de techniques d’atténuation des risques pour les contrats OTC non compensés (notamment la création de Référentiels Centraux – les Trade Repositories - agréés par les Autorités Européennes des Marchés Financiers auprès de qui les transactions OTC doivent être déclarées)
  • VOLCKER rule : règles financières devant limiter les investissements spéculatifs des banques et les conflits d’intérêts avec leurs clients.
  • BCBS 239 : principes de fiabilisation des données de reporting réglementaire
  • CRD IV et CRR : règles expliquant les modalités de calcul et de publication des ratios prudentiels
  • MAD/MAR 2 : règlement européen « Abus de Marché » visant à améliorer l’intégrité des marchés et la protection des investisseurs.
  • Etc…

Malgré la lourdeur de ces réformes réglementaires, les banques de financement poursuivent leurs efforts de renouvellement au travers de la « Transformation digitale » qui a prit son élan dès l’an 2000.

Quatre domaines sont concernés :

  • Réseau multicanal : c’est la consommation bancaire libre du client (libre-service bancaire) donc à la demande 24/7, avec des offres personnalisées, des services simplifiés, et une relation omni-canal optimisée (mobile, tablette, PC, GAB)
  • Dématérialisation des opérations : il s’agit de la refonte des processus opérationnels qui passe par la dématérialisation des documents, la décision en temps réel, l’accélération des délais de traitement ou la signature électronique.
  • Automatisation des process métiers : c’est la modification du fonctionnement en interne via la mise en place d’organisations orientées client (désintermédiation de la relation) une logique d’amélioration continue (développement via méthodologie Agile), du travail collaboratif (coopération entre collègues partageant un projet commun) et la diffusion de la culture digitale. Exemple de réalisation : ouverture au public d’outils financiers jadis réservés aux professionnels comme les DMA (direct market access), ou le Web pricer…
  • La transformation des business model : le modèle de distribution de la banque est en mutation depuis l’introduction d’outils mobiles connectés dans les foyers pour des accès à distance. Le nouveau modèle inclus donc une diversification des offres de services sécurisés, des partenariats commerciaux (avec les FinTech ou RegTech, des opérateurs téléphoniques pour les paiements en ligne…), en plus de la mise en place de nouvelles stratégie RH dans le cadre de la création de nouveaux métiers (après les métiers du Risk Management, voici venus les métiers Digitaux : CDO-Chief Digital Officer, Web marketer, Data scientist, Social media manager, Scrum master…)

C’est ainsi que les RegTech (start-up spécialisés dans le Regulatory Technology) font suite à l’apparition des FinTech, qui se sont répandues après la crise de 2007 : il s’agissait pour cesdernières, de start-up spécialisées dans les services financiers que sont le paiement mobile, la banque en ligne ou le financement participatif. On peut citer comme exemples connus en France : TransferWise, Prêt-d’union, Orange Money, etc.
Les nouveaux acteurs, RegTech, se sont multipliés dès 2012 et proposent des services spécialisés dans les domaines suivants : production de reporting réglementaires, cyber-sécurité, lutte antifraude, gestion du risque…

Trois domaines illustrent bien l’importance prise par les RegTech au sein de la banque :

  • Big Data : un des plus grands défis de cette décennie. L’explosion quantitative des données numériques est telle que de nouvelles solutions ont dû être proposées pour mieux analyser l’information. Imaginez chaque jour un service qui reçoit 50 téraoctets de données provenant de plusieurs sources d’information dans son système d’information ; quand il fallait plus de 3 jours pour effectuer certaines requêtes simples il y a 15 ans, avec le big data, quelques minutes suffisent pour effectuer une recherche d’information.
    Le Big Data c’est en somme l’art de collecter, stocker et traiter des masses de données importantes pour offrir de nouvelles perspectives à l’entreprise. Google, Yahoo, Bing… sont des pionniers du Big Data ! Les outils créées ou en cours de création vont aider les entreprises comme les particuliers à :
    • Réduire leurs risques (profil du client à assurer ou consentir un prêt)
    • Faciliter la prise de décision (offre de service orientée par les données reçues)
    • Aider à l’analyse prédictive de toute situation pour adapter leur comportement (prévoir sur quels entreprises et secteurs investir ou désinvestir à moyen terme en s’appuyant sur un modèle organisé par secteur, par pays, et même par client de client)
  • Distributed ledger technology (DLT)/ Blockchain : à l’origine de la fameuse cryptomonnaie Bitcoin apparue en 2008, la Blockchain est une technologie de plates-formes de transactions pair à pair (type DLT). Sa fonctionnalité centrale est le stockage décentralisé et le cryptage de données de transactions dans une longue chaîne de blocs de données auditables. Concrètement en BFI, les blockchains permettraient d’organiser des échanges directs entre contreparties pour toutes sortes d’actifs et de transactions. On peut citer en exemple les « smart contracts » (contrats intelligents) qui sont une innovation des BFI et représentent potentiellement une révolution pour les modèles de transaction et les modèles d’affaires sans intermédiaire.
  • Machine Learning : c’est un champ d’étude de « l’intelligence artificielle » qui donne aux ordinateurs la capacité d’apprendre sans être explicitement programmés. Cette technologie permettrait aux BFI comme aux Régulateurs nationaux (AMF, SEC, FCAPRA (ex-FSA)…) d’externaliser ou d’optimiser certaines fonctions telles que le traitement des KYC ou la surveillance des abus de marché dans le cadre de la réglementation MAD/MAR2… Une quantité de données importante pourrait être traitée et analysée en toute sécurité comparé à une ressource humaine dont la marge d’erreur (ou d’appréciation) serait autrement plus forte. Imaginez les possibilités technologiques de surveillance, de détection et d’intervention du Régulateur en cas de tentative de fraude sur les marchés !!

Conclusion :
Les BFI ont affronté plusieurs crises financières qui les ont contraintes à appliquer des mesures de régulation de plus en plus strictes. Elles ont durablement modifié leur organisation et leur mode de fonctionnement opérationnel pour garantir leur survie face à l’impact des nouvelles technologies dans la vie de leurs clients et de leurs collaborateurs.

Elles ont repensé leur métier :

  • Dotées de fonds propres plus conséquents depuis l’application des accords de Bâle III, elles sont plus solides.
  • Elles ont réduit la voilure de leurs activités de marchés (cessions de filiales, retrait du marché de taux et matières premières…) et/ou sous-traitées celles aux revenus faibles (back-office, fonction support…).
  • Elles se sont repositionnées en tant qu’intermédiaire dans les opérations de marchés et moins comme « financeur direct » - d’autant que cette activité phare est fortement concurrencée par les crowdfunding (financement participatif sur internet).

Les BFI recentrent donc leurs activités sur des métiers aux revenus plus stables, moins risquées et moins consommatrices en fonds propres et liquidités comme les Global Transaction Services (qui intègrent des expertises et services destinés aux grands acteurs économiques et financiers).

Elles exploitent aussi de nouveaux relais de croissance tels :

  • La transition énergétique avec les green bonds qui sont des emprunts obligataires non bancaire émis sur les marchés financiers par une entreprise ou une entité publique en vue de financer des projets liés à la transition écologique.
  • Le blockchain et le machine learning qui visent eux, à automatiser certaines taches dites à faible valeur ajoutée et demeurent des innovations qui suscitent l’attention de toutes les BFI du Monde.

Valérie Taurel , 4 juin

tags
Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

  • Les Enjeux de la BFI en 2018 8 juin 2018  07:28, par Carl shorty shorter [Consulting]
    <p>Article très intéressant et je pense pertinent pour un néophyte ou une personne cherchant à avoir une idée globale sur les engljeux de la finance en 2018. 2 remarques cependant&nbsp;: - Vous ne parlez pas de rgdp, qui est un sujet majeur en vigueur depuis le 25 mai. - Vous ne parlez pas des implications politiques des choix pour le moins illisibles et peu rationnels de Trump.</p>

    Répondre à ce message | Voir les réponses (1)

Focus

Opinion Conquérir les marchés haussiers : le faux duel entre investisseurs actifs et passifs

Investir aujourd’hui est souvent considéré comme étant une bataille entre des gérants de fonds traditionnels et des ETF avant-gardistes (exchange-traded funds, fonds négociés en Bourse). Cependant, ce raccourci entre la « gestion active » et la « gestion passive » n’aide pas les (...)

© Next Finance 2006 - 2018 - Tous droits réservés