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Le retour du risque politique perturbe les marchés

Crise politique en Italie et en Espagne, mesures protectionnistes de l’administration Trump : le risque politique alimente la volatilité sur les marchés. Mais les fondamentaux macroéconomiques restent solides.

Plusieurs évènements politiques sont venus récemment remettre de la volatilité et de la nervosité sur les marchés financiers, en dépit d’une conjoncture économique positive. Comme souvent, c’est d’abord l’Europe qui est affectée par ces rebondissements. Après la Grèce et le Royaume-Uni, l’Italie et dans une moindre mesure l’Espagne inquiètent désormais les investisseurs. Ces épisodes successifs rappellent la fragilité politique d’une zone euro qui suscite un rejet croissant d’une partie des peuples européens pour différents motifs.

Entendons-nous bien, l’arrivée d’un gouvernement populiste en Italie n’est pas le préalable, selon nous, à une sortie de la zone euro. Le président Mattarella, pro-européen, a le pouvoir d’empêcher un « italexit » qu’une majorité d’italiens refuse par ailleurs. En revanche, la probable dérive budgétaire liée aux nombreuses promesses de la nouvelle coalition peut susciter de l’inquiétude. Il faudra surveiller l’évolution de la situation politique. Toutefois, à l’image d’un Alexis Tsipras en Grèce, les marges de manœuvre du gouvernement demeurent assez faibles. « En politique, ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai » disait Talleyrand.

En Espagne, la destitution de M. Rajoy, dont le parti est condamné pour corruption, est une surprise. Le socialiste Pedro Sanchez, soutenu par une majorité hétéroclite et fragile, va diriger le nouveau gouvernement et tenter de desserrer le verrou budgétaire. Le risque pour la zone euro reste faible même si la durée de vie de ce gouvernement pourrait être courte avec de possibles élections à venir et leurs lots d’incertitudes.

Mais ces évolutions politiques en Italie et en Espagne arrivent alors que ces deux pays connaissent une embellie durable. Le temps politique et le temps économique ne sont pas toujours synchronisés…

Trop tôt pour parler de guerre commerciale

M. Trump participe également à cette montée des tensions politiques. Le président s’occupe de son électorat en augmentant les droits de douane sur l’acier et l’aluminium pour l’Europe, le Canada et le Mexique. Le président américain continue en même temps de souffler le chaud et le froid avec la Chine. Ce sont de mauvais signaux pour le commerce international mais il est trop tôt pour parler de guerre commerciale. Les mesures de rétorsion seront réelles mais sans doute mesurées pour ne pas entraîner des réactions en chaîne. L’impact est aujourd’hui plus psychologique que réel et des solutions de compromis devraient finir par s’imposer.

Ces épisodes politiques ont entraîné un regain de volatilité sur les marchés. Pourtant, la toile de fond macroéconomique reste positive. La croissance américaine se prolonge et un nouveau cycle industriel l’alimente depuis plusieurs mois. L’inflation est pour l’instant sous contrôle, même si nous pensons toujours qu’elle devrait accélérer dans la seconde partie de l’année. Les craintes d’emballement des taux longs se sont récemment atténuées, le taux à 10 ans américain repassant même sous les 3%. En Europe également, les voyants sont au vert, même si le premier trimestre a légèrement déçu. Globalement, la croissance mondiale reste soutenue et nous ne voyons pas de changement de tendance à court terme.

Dans l’environnement actuel, nous considérons qu’une correction supplémentaire des marchés actions, en réaction à ces évènements politiques, offrira une occasion d’achat. L’Europe reste notre zone privilégiée, compte tenu de sa valorisation relative attractive.

Emmanuel Auboyneau , Xavier d’Ornellas , 11 juin

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