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Le rationnement du gaz, un « choc permanent » qui accélère la transition vers les énergies vertes

La semaine dernière, la Russie a rouvert partiellement l’alimentation en gaz cheminant vers l’Europe par le gazoduc Nord Stream. Mais avec un fonctionnement à seulement 40% des capacités, les craintes d’une crise énergétique en Europe l’hiver prochain demeurent.

Les risques de rationnement durable du gaz naturel en Europe sont très élevés, impactant de nombreux secteurs de l’économie européenne. Cela pourrait aussi être une opportunité : accélérer la transition vers les énergies vertes.

L’embargo sur le gaz conditionné par les prix pétroliers

La guerre en Ukraine est devenue un conflit par procuration entre la Russie et l’Occident et l’économie européenne est aussi une cible pour la Russie. Cette dernière a besoin à la fois de percevoir les revenus de l’énergie exportée en Europe, à la fois d’envoyer l’Europe dans une profonde récession pour que les flux de financement et d’armement au profit de l’Ukraine s’effondrent. En somme, des objectifs contradictoires. La probabilité d’un rationnement du gaz naturel à l’approche de l’hiver est en fait beaucoup plus élevée que ne le suppose le marché.

Toutefois, la Russie peut sans doute se permettre de maintenir cet embargo sur le gaz naturel pendant quelques mois, mais pas beaucoup plus longtemps. Car le pays a besoin que les prix du pétrole soient bien au-dessus de 69 USD (S&P Global) pour équilibrer son budget, compte tenu de son effort de guerre. Si les prix du pétrole s’effondrent en raison d’une compression des positions et d’une récession mondiale, l’embargo s’effondrera rapidement. D’autre part, si le front européen uni se brise, la Russie peut fournir sélectivement du gaz naturel à certains pays.

Un rationnement, plusieurs dynamiques d’impact

En Allemagne, la Bundesbank a estimé en avril dernier que la croissance économique germanique pourrait chuter jusqu’à 5 % en conséquence d’un embargo sur le commerce et le gaz naturel. Globalement, le rationnement du gaz a un impact différencié. Non seulement selon le secteur et l’entreprise considérés, mais aussi selon sa nature, directe ou indirecte, via la chaîne d’approvisionnement ou via la demande face à des prix plus élevés. Par exemple, la demande de gaz naturel a déjà chuté de 16 % en Allemagne en raison des prix élevés et beaucoup d’autres importateurs seront incités à réduire leur consommation d’énergie. L’impact du rationnement peut être brutal, parfois retardé et s’accumule avec le temps. A noter qu’à l’échelle de l’Union européenne, les impacts directs concernent principalement le chauffage des ménages et des entreprises, soit environ la moitié de la consommation de gaz naturel.

Choc permanent

Comme ce rationnement pourrait se répéter tout au long d’une guerre de plusieurs années, il faut le concevoir en tant que « choc permanent », qui devrait ainsi conduire à des changements structurels dans l’économie européenne plutôt qu’à des adaptations progressives. Les gouvernements, les ménages et le secteur privé seront incités « à marche forcée » à passer à une énergie plus propre et au réseau d’approvisionnement plus fiable.

Il s’agit cependant d’un processus coûteux qui devrait durer une décennie. D’une part, le prix du gaz naturel liquéfié importé de pays comme le Canada et les États-Unis augmentera, ralentissant la diversification vers l’usage de ce type d’énergie pour le chauffage. En revanche, certains ménages et entreprises vont remplacer leur source d’énergie. Dans les nouvelles constructions, l’utilisation des granulés de bois se développe pour le chauffage avec toutefois deux freins : ce dispositif occupe de la place et son et coût d’installation demeure important, à l’image des systèmes d’énergie solaire. L’essor de ces alternatives, citons également l’électricité, l’énergie éolienne, l’énergie tirée de la biomasse dans les zones rurales ou, encore, l’énergie géothermique nécessitera d’importantes subventions étatiques.

Nordea , 27 juillet

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