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Le Yuan pourrait supplanter le dollar d’ici une dizaine d’années !

Selon Nouriel Roubini, au regard de l’endettement abyssale des USA, ceux-ci doivent s’attendre à une contestation accrue du statut du dollar...

Dans une analyse parue dans le New York Times, Nouriel Roubini anticipe une baisse de l’influence de l’empire américain, allant de pair avec un affaiblissement du statut de sa devise.

Roubini ne croit pas que la monnaie européenne puisse remplacer le dollar dans l’avenir et devenir la devise de référence, en raison des incertitudes pesant sur la cohésion de la zone euro. Seul à ses yeux, le yuan, pourrait supplanter le dollar, mais probablement pas avant une dizaine d’années.

Selon Roubini, « le monde entre dans l’ère asiatique, dominé par la Chine et sa devise ». Pour lui, même si le statut du dollar comme principale monnaie de réserve de ne disparaîtra pas du jour au lendemain, il ne peut plus être pris pour acquis.

La situation des USA serait, selon Roubini, en tout point similaire à celle de la Grande-Bretagne à la fin de la seconde guerre mondiale : « L’Empire britannique a décliné - et la livre a perdu son statut de principale monnaie de réserve mondiale - lorsque la Grande-Bretagne est devenue un débiteur net et un emprunteur net durant la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis sont aujourd’hui dans une situation similaire. Ils accumulent d’énormes déficits commerciaux et budgétaires, et comptent sur la bienveillance continuelle de créanciers étrangers qui commencent à se sentir mal à l’aise à l’idée d’accumuler toujours plus d’actifs libellés en dollars. La chute du dollar pourrait n’être qu’une question de temps », avertit-il.

Seul le yuan pourrait le remplacer, affirme -t-il. « La livre sterling, le yen japonais et le franc suisse restent des monnaies de réserve mineures. L’or est toujours une relique barbare dont la valeur n’augmente que lorsque l’inflation est élevée. L’euro est pénalisé par les préoccupations relatives à la viabilité à long terme de l’Union monétaire européenne ».

Selon Roubini, « la Chine est un pays créancier ayant un compte courant largement excédentaire, un déficit budgétaire modeste, une dette publique en proportion du PIB beaucoup plus faible que celle des États-Unis, et une croissance solide. Elle a déjà pris des mesures en vue de contester la suprématie du dollar. »

« Cependant à l’heure actuelle le yuan est loin d’être prêt à acquérir le statut de devise de réserve. La Chine devrait d’abord à assouplir les restrictions sur les entrées et sorties de capitaux, rendre sa monnaie entièrement convertible pour de telles transactions, poursuivre ses réformes intérieures et rendre ses marchés d’obligations plus liquides. Il faudra beaucoup de temps pour que le yuan devienne une monnaie de réserve, mais cela pourrait se produire. La Chine a déjà révélé ses intentions en mettant en place des échanges de devises avec plusieurs pays (dont l’Argentine, le Brésil et l’Indonésie) et en laissant les institutions de Hong Kong émettre des obligations libellées en yuan, première étape vers la création d’un grand marché national et international de sa devise » précise-t-il.

« Si la Chine et d’autres pays voulaient diversifier leurs avoirs de réserves hors du dollar - et ils finiront par le faire - les États-Unis en souffriront. Nous avons tiré des avantages financiers du statut de monnaie de réserve du dollar. En particulier, la vigueur du marché du dollar permet aux Américains d’emprunter à de meilleurs taux. Nous avons ainsi été en mesure de financer d’importants déficits à faible coût, car la demande étrangère a maintenu des taux bas pour les bons du Trésor. Nous avons également été en mesure d’émettre des emprunts dans notre propre monnaie et non pas en devise étrangère, transférant ainsi les pertes résultant d’une baisse de la valeur du dollar sur nos créanciers. Le fait que les matières premières soient cotées en dollars signifie aussi que la baisse du cours du dollar ne se traduit pas par une hausse du prix des importations », analyse-t-il.

Pour Roubini, si les Etats-Unis veulent maintenir leur influence et celle du dollar dans le monde, ils doivent changer de priorités, en investissant dans l’infrastructure qui est en ruine, dans les énergies alternatives et renouvelables et le capital humain productif, plutôt que dans des logements inutiles et des inventions financières toxiques.

Next Finance , Mai 2009

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