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Label, vous avez dit label ?

Quelques dix labels « durables » ont été créés au cours de la dernière décennie en Europe. A ce jour, ils sont attribués à plus de 800 fonds dans un marché qui en compte près de 60 000. Si leur vocation est généralement de clarifier l’information du grand public, force est de reconnaître qu’ils servent essentiellement de repères aux professionnels de l’investissement.

Aucune définition normative de la finance durable n’ayant été mise en œuvre, il en va de même pour les labels. On peut cependant les regrouper en deux familles. Ceux qui prennent en compte les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans la gestion des portefeuilles, et ceux de la finance verte, composée de fonds thématiques environnementaux et ou climatiques. Les fournisseurs de labels ont des origines très variées : associations professionnelles centrées sur l’investissement responsable ou organisations spécialistes de la labellisation environnementale. La France est le seul pays où le gouvernement a créé deux labels publics. Le label ISR dédié à l’Investissement Socialement Responsable, et le label Greenfin qui cible les fonds environnementaux pour la transition écologique et énergétique les plus engagés. L’objectif de ces labels est de garantir la prise en compte réelle par les gestionnaires d’actifs des critères ESG et d’éviter le greenwashing. En Europe la croissance de l’ISR est telle qu’aujourd’hui près de 25% des encours sous gestion sont concernés, soit environ 14 billions d’euros.

Enfin, en 2019, l’Union européenne a lancé son projet de taxonomie des activités durables, qui doit servir de base au futur écolabel attribué aux produits financiers. Elle a aussi publié une nouvelle règlementation sur la publication d’informations en matière de durabilité des services financiers. Celle-ci comporte deux volets, celui de l’impact environnemental et social d’une gestion durable avec des indicateurs choisis, et celui dit de la matérialité, c’est-à-dire l’évaluation financière du coût des risques ESG, et tout particulièrement celui généré par le changement climatique.

Dans son règlement, l’Union européenne souligne que les « divergences des normes de publication d’informations et des pratiques rendent très difficiles la comparaison entre les différents produits financiers et créent des conditions de concurrence inégales entre ces produits et entre les canaux de distribution » et que « cela peut également être une source de confusion pour les investisseurs finaux et fausser leurs décisions d’investissement ». D’où l’importance des labels actuels en attendant l’écolabel européen qui verra le jour au plus tôt en 2021.

Les labels « ESG » ont des exigences très hétérogènes.

Si l’analyse ESG des actifs investis est systématique, le niveau des seuils exigés varie considérablement d’un label à l’autre. Par exemple le label ISR français exige une réduction d’au moins 20% de l’univers initial sur les critères ESG au contraire du label luxembourgeois LuxFLAG. Quatre des six labels ont des approches d’exclusion de deux natures : les entreprises controversées qui violent des conventions fondamentales (droits humains par exemple) et les activités dites sensibles comme par exemple les OGM ou le tabac. Enfin trois des six labels ont la particularité de reposer sur un barème à points : les meilleurs obtiennent un label trois étoiles par exemple contre une seule pour les gestionnaires les plus tangents.

L’exclusion des énergies fossiles constitue le point commun des labels environnementaux.

Les labels environnementaux veulent offrir la garantie de ne pas investir dans les secteurs nuisibles à l’environnement. Cette approche - dans sa version négative - consiste à exclure les énergies fossiles, et plus particulièrement le charbon, avec des niveaux de seuils variables. Pour garantir que les fonds soient bien investis dans des activités favorables à l’environnement, les labels ont défini une taxonomie (nomenclature) d’éco-activités très précise et ils exigent que le portefeuille labellisé contienne une proportion minimale de ces activités.

La compétition fait rage entre ces différents labels. La publication en novembre 2019 de la première liste de fonds du standard Towards Sustainability de l’association belge Febelfin lui a donné une légère avance en nombre de fonds. Mais la Loi PACTE a dopé le label ISR français qui, avec 321 fonds au 31 décembre 2019, est repassé en tête…

François Lett , 25 février

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