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La ruée vers les actifs à cash flow prévisible

Mea Culpa, nous n’avons pas vu venir la poursuite de la dégringolade des taux et nous n’avons pas retenu l’évaluation donnée par notre modèle le mois dernier pour le S&P 500 à 2993 points pour un taux à 30 ans de 2.65%.

Non seulement ce taux s’est maintenu, mais a reculé à 2.50% donnant un objectif de cours actualisé à 3043 points pour la fin de l’année. Notre hypothèse était de voir les taux monter à 3% dans un scénario de retour au calme dans la guerre commerciale avec la Chine. La trêve négociée au sommet du G20 donne un répit que la Fed ne va pas manquer d’exploiter. La courbe des taux très inversée jusqu’à 3 ans montre un abîme entre l’attente du marché et les réelles intentions de la Fed. Celle-ci doit tenir compte de la bulle financière créée par les taux bas et une inflation qui n’est pas si faible. Le marché réagira par une baisse de 10% si la politique de la Fed mène les taux à 30 ans vers les 3%. La zone Euro a suivi la baisse des taux américains, mais la BCE semble démunie d’outils pour aller plus loin, ce qui entraîné l’Euro à la hausse.

Ces baisses massives des taux ont entrainé la ruée vers des actifs à cash flow prévisible : l’immobilier sous toutes ses formes et les titres cotés qui jouissent de concessions sur les autoroutes ou les aéroports. Vinci en est un exemple, mais chaque pays européen a son Vinci.

ADP a échappé de près aux griffes de Vinci. Les épais carnets de commandes dans l’aéronautique sont également source de cash flow prévisible. Les dividendes sont également une source de cash flow et ont montré leur résilience sur longue période.

Malgré la guerre commerciale qui fait rage, les prévisions de croissance mondiale pour 2019 restent stables à 2.9%, tirées essentiellement par le bassin asiatique. L’Allemagne exportatrice souffre des exportations et voit son PIB revu à 0.8% alors que celui de la France reste stable à 1.3%. L’Italie frôle avec la récession. Mais les perspectives de croissance économique aux US sont quelque peu contredites par les indices PMI des directeurs d’achat qui affichent une chute vertigineuse se rapprochant du point d’équilibre à 50 points. Les profits 2019 seront quasi stagnants après une année exceptionnelle 2018. La raison essentielle est dans les groupes de composants électroniques tel que Micron qui souffrent de la guerre commerciale avec la Chine. Nous prévoyons un rebond des profits de 9% en 2019. Les profits en Zone Euro continuent de s’effriter et nous prévoyons au mieux une hausse de 3% cette année. Mais le marché contient quelques pépites avec des cash flow prévisibles.

Notre actualisation annuelle sur le marché de l’énergie montre une forte croissance de la consommation de 2.9% en 2018, mais celle du pétrole est restée la même à 1.2%. La progression des énergies renouvelables reste remarquable avec une progression moyenne de 15% par an et 33% pour le solaire. BP continue de minorer les prévisions du secteur, ses prévisions d’il y a cinq ans ont été doublées. Nous prévoyons la part des renouvelables à 9.1% en 2025 et 14.1% en 2030, grâce notamment au solaire. Les réserves prouvées de pétrole et de gaz continuent de chuter en raison d’un prix du baril resté en dessous des 100$ ces dernières années.

Sachant que les besoins seront là pour longtemps, un choc sur les prix est à craindre. Cela forcera à accélérer encore plus les énergies de substitution. Avec les taux d’intérêt négatifs, un bon père de famille devrait garder du pétrole dans un puits pour des temps meilleurs.

La valorisation des marchés est favorable en raison des taux très bas, toute la problématique est de savoir s’ils vont le rester très longtemps, la Fed n’étant pas d’accord avec les marchés. Un investisseur très liquide devrait s’investir faute de rentabilité sur ses actifs. Nous restons investis en dessous de notre benchmark (35% au lieu de 40%) dans l’attente de voir l’évolution des taux et la guerre commerciale.

Jacques Chahine , 9 juillet

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