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La révolution numérique indienne

Tim Love, de GAM Investments, estime que les actions indiennes pourraient récolter les fruits des efforts du Premier ministre Narendra Modi pour numériser l’économie indienne, à mesure que la vaste population du pays accédera plus facilement au crédit et au commerce en ligne

Le gouvernement et la banque centrale de l’Inde se sont donné pour mission de formaliser rapidement et d’améliorer l’accès au financement au sein de l’économie nationale. Le gouvernement Modi a introduit un système d’identification biométrique universel baptisé Aadhaar qui vise à améliorer l’efficacité de l’économie indienne, réduisant ainsi la dépendance du pays à l’égard des transactions en numéraire. Aadhaar facilitera le suivi des antécédents de crédit des particuliers et permettra aux institutions financières indiennes de prêter plus efficacement. Bien que l’Inde soit l’une des plus importantes économies au monde, l’argent liquide demeure la principale forme de paiement dans ce pays. Le think tank indien Niti Aayog évalue le nombre de transactions sans espèces à seulement 11 par habitant et par an en Inde – l’un des niveaux les plus bas parmi les principales économies mondiales.

Cela s’explique par une aversion pour les paiements autres qu’en espèces dans les zones rurales comme urbaines, mais aussi par un manque historique d’infrastructures de paiement dans l’ensemble du pays.

Le projet Aadhaar, qui visait à identifier biométriquement la totalité de la population de l’Inde, soit 1,4 milliard de personnes, était voué à être complexe. Cela a pris 7 ans, mais des progrès significatifs ont été réalisés, avec quelque 1,2 milliard d’Indiens maintenant identifiables par empreintes digitales, ADN ou scanner de la rétine. Cela facilite l’ouverture dématérialisée de nouveaux comptes bancaires et devrait aider à élargir l’assiette fiscale en Inde, réduisant ainsi la taille de l’économie souterraine et améliorant la notation de crédit du pays par les agences telles que Moody’s et Standard and Poor’s.

Les autres piliers de la transformation numérique indienne sont venus du programme d’inclusion financière du pays, connu sous le nom de Jan Dhan Yojana, ainsi que de l’énorme transition vers l’adoption des services mobiles.

Le premier, lancé en 2014, visait à élargir l’accès aux services financiers et à le rendre abordable. Depuis lors, plus de 300 millions de nouveaux comptes bancaires ont été ouverts, offrant l’accès aux services bancaires à un éventail beaucoup plus large de personnes à travers le pays. Nous pensons qu’Aadhaar, le programme Jan Dhan Yojana et l’émergence de l’Inde en tant que deuxième plus important utilisateur d’Internet au monde sont en train de transformer l’économie indienne – Aadhaar permet même aux utilisateurs d’effectuer des transferts de fonds avec leur téléphone portable en utilisant un numéro d’identification unique.

Les efforts déployés par l’Inde pour numériser l’économie sont allés de pair avec le dépôt récent par le gouvernement du projet de loi sur la TVA (Goods and Services Tax). Nous pensons que ce projet de loi sur la TVA tant attendu représente un jalon important pour l’économie, car il vise à éliminer les obstacles au commerce, à supprimer les coûts inutiles et à stimuler la croissance à long terme.

Le projet de loi sur la TVA est une réforme constitutionnelle permettant à un impôt indirect national unique de remplacer une pléthore d’impôts régionaux et nationaux prélevés sur un certain nombre de biens et services. Selon nous, le projet de loi devrait donc éliminer des couches du millefeuille administratif, pour créer un marché indien unique, fonctionnel et rationalisé. Avant l’entrée en vigueur de la TVA harmonisée, différents taux étaient appliqués au niveau des Etats, créant ainsi un paysage commercial complexe. Le projet de loi sur la TVA vise à uniformiser et à rendre plus transparentes les transactions commerciales, qu’elles soient nationales ou internationales, ce qui stimulera la croissance indienne.

Selon une note de recherche de Morgan Stanley intitulée « India’s Digital Leap – The Multi-Trillion Dollar Opportunity » (« Le bond numérique de l’Inde – L’opportunité à plusieurs milliards de dollars »), l’Inde présente un potentiel de croissance énorme : son PIB pourrait atteindre 6 000 milliards de dollars d’ici 2027, grâce à l’essor du numérique impulsé par Modi. Si cela se produisait, l’Inde deviendrait la troisième économie mondiale après les Etats-Unis et la Chine. Nous pensons que des répercussions se feront sentir au-delà de l’Inde. Le développement potentiel du commerce électronique, des produits financiers et des investissements fera de l’Inde un marché important pour les entreprises mondiales. Mais, et cela est plus important encore, si l’Inde réussit, elle deviendra un modèle pour d’autres pays émergents, ainsi que pour des marchés développés.

Bien que les valorisations des actions indiennes se situent actuellement à des niveaux historiquement élevés par rapport aux marchés émergents, nous pensons qu’il existe des opportunités à exploiter de façon sélective – la devise indienne s’est récemment stabilisée, tout comme les perspectives de notation de crédit à long terme du pays, ce qui rend les investissements plus attractifs.

Nous pensons que la numérisation, la démonétisation et l’adoption du projet de loi sur la TVA renforceront encore le vaste potentiel de l’Inde.

A l’approche des élections législatives de mai 2019, tout changement de gouvernement pourrait constituer un risque pour le rythme et la nature du programme de réforme indien. Néanmoins, la plupart des candidats semble être favorable au monde des affaires et nous pensons que le moteur de croissance de l’Inde ne montre aucun signe de ralentissement. Toutefois, nous estimons qu’une sélection rigoureuse des titres sera essentielle afin de tirer profit de ce marché alors que le paysage commercial du pays évolue rapidement.

En matière d’exposition à l’Inde, nous privilégions une surpondération modeste.

D’un point de vue sectoriel, les banques privées et publiques, le secteur de l’éducation, les services de conseil, la pétrochimie et certains biens de consommation spécifiques comme l’automobile et le textile, semblent tous intéressants.

En revanche, le secteur immobilier et certains produits de consommation comme le tabac, sont moins attrayants à l’heure actuelle.

Tim Love , 5 mars

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