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La croissance économique américaine sera durable ou ne sera pas

Depuis neuf ans, les actions américaines sont portées par la plus longue période d’expansion économique que les États-Unis aient connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette période faste peut-elle se prolonger ? Contre toute attente, il se pourrait que cela dépende des mesures qui seront prises pour préserver l’environnement et créer une société plus durable.

La durée de la période d’expansion économique actuelle dépasse déjà de trois ans la durée moyenne de toutes celles qui ont émaillé les soixante-dix dernières années. Mais la volatilité qui s’est récemment propagée sur le marché est-elle annonciatrice de temps moins cléments ? Les pressions inflationnistes, les déséquilibres budgétaires et le resserrement de la politique monétaire pourraient bien avoir raison de cette longue embellie.

À court terme, la croissance devrait se nourrir de la confiance affichée par les entreprises et les consommateurs, des profits en hausse régulière et des baisses d’impôts. Mais les perspectives à long terme semblent plus incertaines et pourraient subir l’influence d’autres facteurs...

La durabilité n’est pas un luxe

Il apparaît de plus en plus clairement que la préservation de l’environnement et l’équité sociale sont des déterminants de la santé économique d’un pays. Le cinquième plan quinquennal chinois a par exemple officialisé un changement d’orientation important : la qualité de la croissance économique du pays prime désormais sur le niveau de croissance économique. La Chine affiche ainsi son intention de s’engager pleinement dans la prévention des risques d’instabilité financière, dans la lutte contre la pauvreté et dans la réduction de la pollution.

Pour la Chine comme pour de nombreux autres pays, la durabilité n’est plus un luxe ; elle est désormais une condition indispensable à la croissance à long terme.

Pour que les États-Unis deviennent une société plus durable, il leur faudra lutter contre la pauvreté, les inégalités de revenu et la pollution, mais aussi moderniser leur système de santé et leur infrastructure. À défaut, ces faiblesses structurelles réduiront le niveau de vie de la population américaine et limiteront la compétitivité du pays sur la scène mondiale.

Les États-Unis se montreront-ils à la hauteur ? La plupart des politiques adoptées par le gouvernement Trump semblent incompatibles avec toute visée durable. Mais l’économie américaine va s’approprier les principes de la durabilité ; nous en sommes convaincus. Le secteur privé va prendre l’initiative dans ce domaine, notamment parce que les produits et services durables affichent des chiffres de plus en plus convaincants et qu’ils sont soutenus par les gouvernements et les consommateurs, à l’échelle locale comme à l’échelle nationale.

Pourquoi le secteur privé ?

Notre hypothèse de travail prend le contre-pied de l’idée reçue selon laquelle les questions environnementales et sociales relèvent du secteur public. Les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU soulignent en fait l’importance vitale du secteur privé dans leur réalisation. Ces 17 objectifs ambitieux, dont l’horizon a été fixé à 2030, sont axés sur les grands thèmes que constituent le climat, la santé et l’autonomisation économique et sociale. Leur mise en œuvre à l’échelle mondiale nécessitera la mobilisation de 90 mille milliards de dollars US. Il s’agit d’une occasion incroyablement importante à saisir pour les investisseurs, notamment si les gouvernements se montrent moins prompts à soutenir les ODD à l’avenir et laissent ainsi la place à une intervention encore plus importante du secteur privé.

Le climat

Le gouvernement américain s’est retiré de l’accord de Paris sur le changement climatique, mais le secteur privé du pays a de bonnes raisons de rester mobilisé. La chute considérable des coûts de production des énergies éolienne (-45 % entre 2008 et 2016) et solaire (-74 % sur la même période) a provoqué un afflux massif de capitaux vers les énergies renouvelables. Nous pensons que les droits de douane récemment imposés aux importations de panneaux solaires ne parviendront pas à briser cet élan. Les énergies éolienne et solaire ne représentent que 6.5 % de la production américaine d’énergie, mais plus de la moitié des nouvelles capacités de production depuis 2014 et plus des deux tiers en 2016. Le fabricant américain de modules solaires First Solar commence à remporter des marchés dans le secteur des systèmes de stockage de l’énergie en batterie, ce qui constitue un bouleversement majeur de cette industrie.

Quelle que soit la tendance politique des responsables au pouvoir, les entreprises et citoyens américains sont fortement encouragés à réduire leur consommation d’énergie.

De plus, l’Agence internationale de l’énergie estime que les investissements dans l’efficacité énergétique ont atteint, à l’échelle mondiale, les 221 milliards de dollars US en 2015 – un chiffre supérieur des deux tiers aux investissements dans les modes classiques de production d’énergie. Dans ce domaine, les investisseurs pourront notamment miser sur les semi-conducteurs de puissance, l’électroménager, l’éclairage LED, l’isolation des bâtiments, mais aussi sur les machines et matériaux économes en énergie. La société Hexcel produit par exemple un matériau composite – à base de fibres de carbone – 30 % plus léger et cinq fois plus résistant que l’acier. Ce matériau est utilisé pour alléger les avions et les véhicules électriques et diminuer ainsi leur consommation de carburant, mais aussi pour fabriquer des pales d’éoliennes permettant un degré plus élevé de conversion énergétique.

L’eau

L’eau est elle aussi un axe important du développement durable – et pas seulement pour les marchés émergents. En 2014, 100 000 habitants de la ville de Flynt, dans le Michigan, ont été privés d’eau potable suite à une fuite de plomb dans le système d’approvisionnement en eau de la ville ; l’état d’urgence a été déclaré. Aux États-Unis, plus du quart des canalisations sont âgées de plus de 70 ans et 4 % d’entre elles ont plus de 100 ans ! Plus de 7 500 milliards de litres d’eau disparaissent dans les fuites du réseau… On estime à 1 000 milliards de dollars US la somme nécessaire, sur vingt ans, pour moderniser le réseau américain de conduites permettant la circulation de l’eau potable et des eaux usées.

L’entreprise Xylem, basée dans l’État de New York, est un acteur important du secteur de l’infrastructure hydraulique. Elle propose à ses clients des services d’acheminement, de traitement, d’analyse et de dessalement de l’eau. Grâce à ses produits de surveillance du réseau hydraulique, il est possible de repérer rapidement les fuites existantes et de réparer les conduites concernées.

La santé

Les États-Unis consacrent environ 18 % de leur PIB au système de santé, soit plus que tous les autres pays développés. Selon certaines estimations, près du quart de ces dépenses relèvent du gaspillage. Et les soins dispensés dans le système de santé américain sont de qualité inférieure à celle que l’on observe dans les autres pays développés.

Dans la perspective des réformes à venir, le secteur privé sera un acteur essentiel et la technologie un facteur clé. Les entreprises qui se sont engagées dans la médecine personnalisée, la télémédecine et le diagnostic par intelligence artificielle, les services ambulatoires et les soins aux personnes âgées pallient directement les lacunes structurelles du système de santé. La société UnitedHealthcare s’appuie par exemple sur les données numériques de ses membres pour trouver de nouveaux modes de réduction de l’incidence du diabète et d’autres maladies. BioRad, un acteur majeur du marché du diagnostic, analyse « le sang, la sueur et les larmes » pour détecter des maladies comme le diabète et innove dans l’application des avancées technologiques en proposant par exemple le dépistage de certains cancers par biopsie liquide.

Peut-on prévenir la prochaine récession américaine en mettant en avant les questions de durabilité ? Probablement pas. Mais nous pensons que la résolution des problèmes structurels les plus préoccupants atténuera les fléchissements cycliques de court terme et permettra aux États-Unis d’afficher une plus forte croissance à long terme. Cette approche offrira aux investisseurs des perspectives prometteuses.

Daniel C. Roarty , 22 mai

P.-S.

Les opinions exprimées dans ce texte ne doivent être considérées ni comme le résultat d’une recherche ni comme un conseil ou une recommandation d’investissement. Elles ne sont pas nécessairement le reflet de celles des équipes de gestion de portefeuilles d’AB.

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