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La biodiversité : une problématique primordiale éclipsée par le climat

Mettre en place une politique durable afin de restaurer les écosystèmes. Telle est la principale mission de la 15ème Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations-Unies sur la diversité biologique (CDB) programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine. Pour débuter ces négociations, la CDB a publié début janvier une première ébauche de texte comprenant 17 objectifs.

Mettre en place une politique durable afin de restaurer les écosystèmes. Telle est la principale mission de la 15ème Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations-Unies sur la diversité biologique (CDB) programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine. Pour débuter ces négociations, la CDB a publié début janvier une première ébauche de texte comprenant 17 objectifs. La proposition la plus ambitieuse préconise de protéger au moins 30% de la planète, terre comme mer, d’ici à 2030. « L’objectif est de stabiliser le taux de perte de la biodiversité d’ici à 2030, puis de faire en sorte que cette biodiversité augmente de nouveau d’ici à 2050 en laissant les écosystèmes se régénérer », explique Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales.

Ce texte reprend les conclusions du Groupe international d’experts sur la biodiversité (IPBES). Dans un rapport publié en mai dernier, il soulignait le rôle de l’agriculture, de la déforestation, de la pêche, de la chasse, du changement climatique, des pollutions et des espèces invasives dans la dégradation accélérée de la nature. Selon ce rapport, les activités humaines auraient « gravement altéré » l’environnement terrestre et marin (respectivement à hauteur de 75% et de 66%). Il estime qu’environ un million d’espèces animales et végétales sur les quelques huit millions estimées pourraient être menacées d’extinction dans les prochaines décennies.

En corollaire, l’étude des écologistes Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique) et Paul Ehrlich (Stanford) dans la revue américaine Science Advances est sans appel : la Terre fait face à sa sixième extinction de masse. La dernière a eu lieu il y a 65 millions d’années avec l’extinction des dinosaures. Aujourd’hui, les zones protégées représentent 17% des surfaces terrestres, soit environ 20 millions de kilomètres carrés (un peu plus de la superficie du Canada et des Etats-Unis réunis) et 10% des zones maritimes.

Autre objectif de la COP25 : lier climat et biodiversité. En effet, la détérioration de cette dernière a beau être flagrante, elle peine à sortir de l’ombre que lui fait la crise climatique. Selon Carlos Manuel Rodriguez, le ministre de l’Energie et de l’Environnement du Costa Rica, « nature et climat sont les deux faces d’une même médaille et nous devons affronter les deux crises de manière agressive, dans tous les secteurs et avec le même objectif. » La CDB propose des moyens pour rapprocher les deux conventions et ainsi lier les accords sur la biodiversité aux Accords de Paris sur le climat.

Parmi les autres points abordés dans le texte préliminaire figurent : une réduction d’au moins 50% de la pollution causée par l’excès de pesticides, les déchets plastiques et autres sources de pollution ; une utilisation durable de toutes les ressources d’ici à 2030 ; ou encore la préservation ou l’augmentation de la diversité pour 90% des espèces d’ici à 2050.

Malheureusement, le rendez-vous de Kunming devrait acter de l’échec de la stratégie biodiversité menée ces dix dernières années. En 2010, lors de la COP10 au Japon, la CDB avait adopté des accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard, le constat est sévère : la plupart des objectifs, notamment le fait de diviser par deux le taux de perte des habitats naturels, n’ont pas été atteints. Dans les accords précédents, Il y avait beaucoup d’engagements mais très peu de chiffres.

Pour sortir de cet écueil, le projet de texte propose des objectifs précis, chiffrés, ainsi que des modalités de suivi et de moyens mieux pensés. Il crée également un cadre dans lequel les pays vont devoir se rendre des comptes.

Certains pays devraient être moteurs dans les négociations, parmi lesquels l’Union européenne mais aussi le Costa Rica, la Colombie et le Mexique. Quant aux Etats-Unis, il est le seul pays, avec le Vatican, à ne pas avoir pas ratifié la Convention sur la diversité biologique. Kunming permettra-t-il à tout le moins de trouver un successeur à Jacques Chirac (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ») pour proclamer une phrase percutante sur la disparition de la vie sauvage ?

Next Finance , 5 février

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