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L’ouragan Trump s’abat sur les bourses mondiales

Les bourses américaines ont dévissé entraînant le décrochage des autres places financières. Mouvement d’humeur ou tendance de fond ? Les investisseurs internationaux sont à cran et les experts traquent les signaux avant-coureurs d’une fin de cycle...

Les bourses américaines ont dévissé entraînant le décrochage des autres places financières. Mouvement d’humeur ou tendance de fond ? Les investisseurs internationaux sont à cran et les experts traquent les signaux avant-coureurs d’une fin de cycle. Période faste que ces dernières années associant croissance soutenue, faible inflation, taux d’intérêt attractifs et pétrole bon marché. S’il est certain que la croissance va finir par s’essouffler compte tenu des déséquilibres accumulés, reste à dénicher le déclencheur qui va faire basculer l’économie mondiale en récession. Et les yeux sont rivés sur les Etats-Unis.

L’économie américaine tourne à plein régime. Les Etats-Unis s’offrent une dixième année de croissance. Son PIB a progressé de 4,2% en rythme annualisé au deuxième trimestre 2018. La consommation des ménages américains est en plein boom et l’investissement des entreprises reste dynamique. Le choc fiscal mis en place par Donald Trump en abaissant massivement les impôts a étiré le cycle économique en gonflant artificiellement la dynamique de croissance. Le Président américain a défié la théorie économique en utilisant la relance budgétaire en haut de cycle.

Le ver est dans la pomme

Reste que la politique fiscale menée par Trump est en train de perturber la normalisation de la politique monétaire de la Federal Reserve (Fed) et risque de faire sombrer brutalement l’économie américaine en récession et par effet ricochet le reste du monde.

Rappelons le contexte : après des années de politique monétaire ultra-expansionniste, la Fed avait décidé, début 2016, de procéder graduellement et doucement à un resserrement monétaire. Une remontée progressive des taux d’intérêt était nécessaire pour ne pas heurter les emprunteurs, et ne pas nuire à leur solvabilité.

Le « very bad trip » d’une hausse des taux associée à un endettement élevé

Pourtant, la politique de Trump depuis début 2018, provoque des pressions inflationnistes et crée une surchauffe. Les prix progressent plus vite que prévu. Avec un taux d’inflation à 3%, un taux de chômage au niveau du plein emploi et des hausses de tarifs douaniers qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages, la Fed va être obligée de procéder à une remontée des taux d’intérêt plus rapide que prévue. Les marchés sont en train de percevoir ce changement de paradigme. Les taux d’intérêt long terme américains progressent brusquement.

Or, le volume de l’endettement global public et privé a atteint des niveaux très élevés. En cause, la longue période attractive pour les emprunteurs avec des taux d’intérêt maintenus à des taux planchers grâce à l’action des banques centrales. Aujourd’hui, la baisse massive des impôts aux Etats-Unis va avoir pour conséquence immédiate la diminution des recettes fiscales et la détérioration des comptes publics. Le déficit public va se creuser. Il a déjà augmenté de plus de 20% sur les neufs derniers mois. La dette américaine risque, par conséquent, de s’emballer. Mais, celle-ci reste très demandée, l’ensemble de la planète finance le train de vie des américains. In fine, les Etats-Unis, même après une période de récession, ne sont pas structurellement menacés. Tant que les chinois orienteront massivement leurs excédents de réserve vers le financement de l’économie américaine, les Etats-Unis n’auront pas grand-chose à craindre.

Mais à court terme, il convient de rappeler que Trump va précipiter, à cause de sa politique pro-cyclique, le retournement de l’activité économique tout en douchant tout espoir de relance budgétaire ayant épuisé ses cartouches fiscales. Sans oublier que la politique monétaire ne disposera pas de marges de manœuvre suffisantes étant empêtrée dans la lutte contre les pressions inflationnistes.

Triste perspective pour les Etats-Unis, mais aussi pour le reste du monde. L’avenir s’assombrit alors que les banques centrales occidentales avaient permis, par leur politique monétaire expansionniste, d’éviter le pire après les crises de 2008 et de 2011, en injectant massivement des liquidités sur les marchés financiers et en maintenant leurs taux d’intérêt à des niveaux bas.

Il aurait fallu pour que la croissance américaine atterrisse en douceur sans déstabiliser durablement l’activité mondiale que la Fed puisse procéder à une sortie en douceur de sa politique non-conventionnelle et puisse effectuer un resserrement monétaire sans précipitations.

Aujourd’hui, seuls les résultats des élections de mi-mandat qui auront lieu début novembre pourraient redonner espoir au « village global » avec la victoire des Démocrates et la fin annoncée de la politique toxique de Donald Trump.

Stéphanie Villers , 12 octobre

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