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Investir dans un contexte d’incertitude dû au Brexit

Le dernier document officiel du Royaume-Uni sur le Brexit devrait permettre aux négociations concernant les modalités de sa relation future avec l’Union européenne (UE) d’aller de l’avant. Pour autant, la relation en question pourrait se détériorer à court terme avant de s’améliorer progressivement. Les détenteurs d’actifs britanniques doivent s’attendre à une période mouvementée.

Le dernier document officiel du Royaume-Uni sur le Brexit devrait permettre aux négociations concernant les modalités de sa relation future avec l’Union européenne (UE) d’aller de l’avant. Pour autant, la relation en question pourrait se détériorer à court terme avant de s’améliorer progressivement. Les détenteurs d’actifs britanniques doivent s’attendre à une période mouvementée.

Notre indicateur économique BlackRock Growth GPS pour le Royaume-Uni révèle que les prévisions de croissance ne se sont que partiellement relevées du coup dur infligé à l’économie britannique par le vote du Brexit, comme en témoigne la courbe bleue dans le graphique ci-dessus. Dans le même temps, notre indicateur du niveau d’inflation au Royaume-Uni (courbe verte) montre que l’inflation se replie légèrement mais qu’elle reste bien plus élevée qu’avant le vote du Brexit, à cause notamment d’une dépréciation de la livre sterling qui pèse sur les prix des importations. La croissance britannique a nettement sous-performé celle des autres pays du G7, mais pourrait, selon nous, avoir suffisamment rebondi pour permettre à la Banque d’Angleterre de relever ses taux en août. Une croissance faible et une inflation élevée sont généralement révélatrices d’un contexte difficile pour les actifs risqués. Les actions britanniques ont récemment fait preuve de résistance, soutenues par l’orientation globale de la bourse de Londres et l’accélération des opérations de fusions-acquisitions. Les incertitudes politiques devraient néanmoins rester élevées au second semestre.

Notre scénario principal concernant le Brexit

La proposition du Royaume-Uni concernant le Brexit lui permettrait de continuer à bénéficier pleinement d’un accès au marché unique pour ce qui concerne la circulation des biens, mais il renoncerait à un accès au secteur des services. Elle se rapproche davantage d’un « Brexit souple » que beaucoup ne l’avait prévu, suscitant ainsi la colère de certains au sein du camp pro-Brexit. Cette proposition indique que le gouvernement britannique prend progressivement conscience que toute alternative perturberait énormément le secteur manufacturier et ne permettrait pas de résoudre la question frontalière avec son voisin irlandais, membre de l’UE. Le Royaume-Uni a revu sa position sur des questions auparavant non négociables, comme le fait de s’aligner sur la réglementation et les décisions judiciaires européennes. Cela permet pour l’instant aux pourparlers d’aller de l’avant. Il reste pourtant un problème crucial : l’UE a déclaré qu’elle ne tolérerait pas que le Royaume-Uni puisse choisir de façon sélective les principes d’adhésion auxquels le pays accepterait de se conformer.

Nous pensons que les difficultés liées à la question du Brexit vont se faire plus pressantes à mesure que l’échéance de mars 2019 pour la sortie du Royaume-Uni va se rapprocher. L’UE va devoir décider si elle accepte un accord personnalisé. L’alternative serait de contraindre le Royaume-Uni à choisir entre un accord de libre-échange restreint et une adhésion totale au principe des quatre libertés au sein de l’UE, y compris la libre circulation des personnes, au risque de mettre en échec les négociations. Notre scénario principal prévoit que les pressions visant à éviter un Brexit sans accord vont aboutir à un compromis d’ici la fin de l’année. Nous nous attendons à une période de transition prolongée qui débutera en mars 2019. Au-delà, des décisions seront prises au fil de l’eau concernant les modalités de la future relation. Il faut sans doute s’attendre également à des événements inattendus à plus court terme, comme le fait que certains, au sein du Parti conservateur au pouvoir, puissent contester le leadership en place.

Une meilleure résistance des portefeuilles sera essentielle dans le contexte du Brexit caractérisé par le regain de volatilité et d’autres risques (voir nos perspectives d’investissement de milieu d’année). Nous sous-pondérons les actions britanniques, et privilégions les valeurs réalisant leurs bénéfices à l’étranger et capables de bénéficier des économies en forte croissance et de la faiblesse de la livre sterling. Nous préférons nous tenir à l’écart des banques britanniques qui sont généralement sensibles à l’actualité liée au Brexit. Nous préférons les actions américaines et émergentes dont la croissance des bénéfices est supérieure. Nous n’anticipons pas de hausse substantielle du rendement des emprunts d’État britanniques dans un contexte marqué par les incertitudes politiques. Nous pensons que les fondamentaux du secteur immobilier britannique vont rester solides, mais nous privilégions les actifs de qualité supérieure. La livre sterling devrait se montrer volatile et être affectée par des pressions à la baisse jusqu’à l’imminence d’une solution sur la question du Brexit.

Isabelle Mateos y Lago , 24 juillet

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