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Il est temps de reconsidérer l’Europessimisme

La zone euro est depuis un certain temps confrontée à de nombreuses incertitudes et à de nombreux défis tant économiques, réglementaires que politiques. La Banque Centrale Européenne a beaucoup œuvré pour améliorer la diffusion de sa politique monétaire afin de soutenir le système bancaire et la croissance économique.

Néanmoins, en l’absence de nouvelles réformes politiques et budgétaires, l’activité économique de la zone euro reste relativement faible, ce qui limite le taux d’inflation à environ 1 %, un niveau bien inférieur à l’objectif de 2 % fixé par la BCE. Par conséquent, des problèmes extérieurs tels que Brexit, le ralentissement de la Chine et la guerre commerciale avec les États-Unis sont parvenus à engendrer un pessimisme marqué chez les investisseurs, entrainant le rendement du Bund allemand à 10 ans en territoire négatif.

Cependant, nous souhaitons partager ici une vision davantage positive. La situation actuelle en zone euro est en réalité beaucoup plus complexe que celle dépeinte par le manque de confiance des marchés et par certains indicateurs avancés.

L’activité domestique se porte bien

Pour l’instant, l’activité domestique se maintient plutôt bien. La confiance des ménages reste élevée, grâce à la création d’emplois et à l’augmentation des salaires. Le secteur des services est dynamique, soutenu par les dépenses publiques et un boom immobilier alimenté par des taux d’intérêt très bas. Les banques sont à nouveau actives et soutiennent l’économie dans tous les pays de la zone euro. En dehors de l’Italie, même les dépenses d’investissement ont augmenté jusqu’à la fin de l’année dernière. Dans l’ensemble, les fondamentaux des ménages et des entreprises sont sans doute à leur plus haut niveau depuis une décennie.

Les préoccupations se sont concentrées sur le secteur industriel, en particulier depuis octobre, alors qu’un hiver exceptionnellement froid, un ralentissement des exportations mondiales et la mise en place de nouvelles normes contre la pollution des voitures ont sérieusement réduit les performances. Cependant, il est important de mettre cela en perspective : la performance récente des exportations représente en quelque sorte une normalisation après une année 2017 exceptionnellement forte et un retour à une période d’activité domestique plus vigoureuse. De plus, comme le secteur industriel représente moins de 20% de l’activité de la zone euro, la croissance globale de la région devrait rester positive.

Historiquement, la croissance du PIB de la zone euro est liée au niveau des taux d’intérêt réels et à la force de la devise ; actuellement, les taux réels sont à des niveaux historiquement bas et négatifs et l’euro se situe à 1,13 par rapport au dollar soit bien en dessous de 1,25, niveau auquel il a eu un impact positif sur l’économie de la zone euro.

Les risques politiques externes

Bien sûr, ce pessimisme a été renforcé par les risques politiques.

Un Brexit sans accord pourrait avoir un impact sur les secteurs industriels, en particulier en Allemagne. Le report de la décision à la fin du mois d’octobre devrait stimuler l’activité sur les prochains mois, mais elle donnera également aux entreprises d’Europe continentale plus de temps pour trouver des solutions aux perturbations potentielles et aux coûts plus élevés auxquels elles seront confrontées lorsque le Brexit arrivera enfin. En effet, comme il semble de plus en plus probable que le parlement britannique fragmenté ne parvienne pas à un accord, de nombreuses entreprises pourraient choisir de transférer une partie de leur capacité de production hors du Royaume-Uni vers la zone euro, ce qui serait favorable à l’économie de la zone euro.

L’autre risque politique majeur concerne le commerce international et la guerre commerciale, qui a considérablement affecté la croissance chinoise, avec des répercussions dans la zone euro. Le retournement apparent de l’administration présidentielle américaine de la Chine vers l’Europe sur cet enjeu en souligne d’autant plus le risque. En raison de l’importance de son secteur automobile, l’Allemagne a été tellement impactée que les économistes s’attendent à une croissance inférieure à celle de la France cette année. Il n’est pas difficile d’imaginer que la faiblesse de l’industrie allemande se propage à travers la zone euro, étant donné que l’Allemagne représente un tiers de la production de la région.

Néanmoins, nous ne pensons pas que l’une des meilleures industries au monde, dont les business models sont fondés sur une technologie et des services de haute qualité, risque d’être gravement déstabilisée par ces différends commerciaux. En fin de compte, nous pensons que la demande mondiale demeure plus importante pour les exportations allemandes que la seule demande américaine : le secteur automobile allemand exporte 26 milliards de dollars par an aux États-Unis, et 50 milliards de dollars au Japon par exemple.

Une force sous-estimée

En conclusion, nous pensons que le pessimisme actuel des marchés pourrait surestimer le ralentissement économique dans la zone euro et sous-estimer la force de la croissance de la demande domestique soutenue par la politique de la BCE, le renforcement des banques et l’euro bon marché. Les investisseurs semblent également sous-estimer la capacité qu’a démontrée l’industrie de la zone euro à répondre aux récentes difficultés.

Nous pensons que c’est la raison pour laquelle les perspectives à long terme plus prudentes de la BCE ne mettent pas l’accent sur la faiblesse de l’économie domestique, mais plutôt sur les défis posés par le contexte mondial, tels que le ralentissement de la croissance dans les économies émergentes et les menaces sur le commerce mondial.

Patrick Barbe , 26 avril

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