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Gros nuages sur l’Allemagne

En juin 2018, nos signaux et indicateurs avancés nous poussaient à lancer un avertissement sur l’économie allemande. Depuis lors les mauvaises statistiques économiques se sont succédées et la locomotive de l’Europe n’a jamais été aussi proche du précipice depuis la dernière grande crise financière.

Payant un lourd tribut de son manque d’investissement, d’un gouvernement sans pouvoir, d’une dépendance aux secteurs de l’automobile et de la chimie, des soubresauts des relations commerciales entre Washington et Pékin ou encore de la croissance chinoise, le pays pourrait cependant connaître un rebond (en tout cas technique) ces prochains trimestres. Il s’agit de savoir pourquoi et surtout comment.

• La guerre commerciale en mode « pause » :

On imagine qu’une pause (et/ou la signature de la phase 1) entre les deux plus grandes puissances mondiales aura un impact positif important (en tout cas sur le moral des investisseurs) sur la croissance allemande.

• Le (fameux) restockage technique :

Le restockage technique en cours en zone euro va bénéficier à l’industrie allemande (au moins) ces 2 prochains trimestres. La suite dépendra d’une reprise (ou non) de la consommation.

• Une confiance qui redémarre :

La confiance comme on le sait est le moteur de la croissance et de l’investissement. Si cela est essentiel aux États-Unis, ça l’est aussi en Allemagne. Un plancher pourrait avoir été atteint.

Une situation politique compliquée, mais intégrée par le consensus :

Comme on l’a vu récemment lors de certaines élections régionales, l’érosion des voix du parti d’Angela Merkel semble bientôt finie et cette dernière année pourrait ne pas connaître de grandes vagues. Attendre des réformes d’envergure semble cependant vain.

• La demande intérieure :

Malgré la hausse du taux d’épargne, un redémarrage de la confiance (même sur 2 trimestres) devrait alimenter la demande intérieure, pilier essentiel du développement économique en Allemagne.

• Le Brexit :

En octobre dernier, dans leur rapport biannuel, les 5 instituts de recherche allemands affirmaient de concert qu’un Brexit sans accord pourrait amputer la croissance allemande de 0,4 point en 2020. Cependant dans le même rapport était aussi indiqué que les perspectives conjoncturelles devraient s’améliorer rapidement si les relations futures avec le Royaume-Uni étaient clarifiées… Les prochaines semaines seront cruciales.

• Les mauvaises nouvelles sont maintenant intégrées :

Il n’est un secret pour personne que l’année 2018 fut une annus horribilis pour le secteur automobile européen et allemand en particulier à cause de la mise en place de la nouvelle règlementation anti-pollution le 1er septembre. Cette dernière appartiendra bientôt au passé. On l’a d’ailleurs constaté lors de la publication des immatriculations de voitures sur un an en septembre avec une progression par exemple de 16% en France.

Si on ne peut nier, après les arguments que nous avons mis en avant, que le tissu économique allemand pourrait s’améliorer lors de ces prochains trimestres, on ne peut cependant nier que plusieurs ombres persistent :

• La démographie :

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : L’Allemagne va perdre environ 20% de sa main-d’œuvre d’ici à 2050 en raison du vieillissement de la population. En 2050, l’Allemagne devrait avoir autant d’habitants que la France.

• Le dogme budgétaire :

Nous le répétons depuis un certain temps, jusqu’aux élections fédérales de 2021, Berlin ne remettra pas en cause son dogme budgétaire (n’hésitez pas à me demander mon étude sur le sujet).

• L’épargne :

Le groupe Allianz a publié dans un rapport intitulé « Rendements des actifs privés dans certains pays de la zone euro » une étude portée sur le comportement d’épargne des foyers dans 9 pays européens, depuis 15 ans. Il s’avère que les stratégies d’épargne sont différentes dans chaque pays étudié, et que l’épargne a tendance à baisser, sauf en … Allemagne.

• La compétitivité :

Depuis près de 10 ans on constate une dégradation de la compétitivité-coût, résultant de la stagnation de la productivité du travail et des hausses de salaire, que l’on peut approcher par l’évolution du coût unitaire de la main-d’œuvre. On constate en effet que le coût de l’heure de travail est largement plus élevé en Allemagne que la moyenne de la zone euro et bien plus que dans les pays « du sud » (Italie et Espagne). Les chiffres sont encore plus parlants lorsque l’on analyse l’industrie manufacturière….

John Plassard , 3 décembre

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