›  Opinion 

Française Des Jeux : une introduction historique - faut-il souscrire ?

L’introduction tant attendue de l’opérateur de jeu sur Euronext, détenu majoritairement par l’Etat, est prévue le 7 novembre prochain. Le principe de cette privatisation a été approuvé dans le cadre de la loi Pacte afin d’alimenter le Fonds pour l’Innovation...

Faites vos jeux, rien ne va plus.

L’introduction tant attendue de l’opérateur de jeu sur Euronext, détenu majoritairement par l’Etat, est prévue le 7 novembre prochain. Le principe de cette privatisation a été approuvé dans le cadre de la loi Pacte afin d’alimenter le Fonds pour l’Innovation. Comme expliqué par Martin Vial, commissaire aux participations de l’Etat, l’Etat n’a pas besoin de rester majoritaire au capital d’une société ne touchant pas la souveraineté du pays. De plus, la majorité de l’argent collecté par l’Etat ne provient pas des dividendes de la FDJ mais de la taxe sur les jeux de hasards qui a atteint les 3,3 milliards d’euros en 2018. De fait, les français vont pouvoir prendre une participation dans cette société héritière de la Loterie Nationale créée en 1933. L’Etat devrait vendre 52% des parts de la FDJ pour conserver 20% des actions en circulation, les autres actionnaires verront leurs parts inchangées : l’Union des blessés de la face et de la tête (9.23%), la Fédération André Maginot pour les Anciens combattants (4%) et les salariés (5%).

Opération séduction pour les particuliers

« Le gouvernement souhaite que l’opération connaisse le plus grand succès possible » a souligné Martin Vial. Le but est de redonner confiance aux petits porteurs et de rendre de nouveau attrayant les marchés boursiers, desquels les investisseurs se sont détournés ces dernières années. De fait, l’opérateur de jeu a essayé de rendre cet investissement attractif sur plusieurs aspects :

L’action devrait être accessible aux particuliers, les spécialistes évoquent une fourchette de 15 à 20 euros ;

  • Une décote de 2% sera proposée aux petits porteurs ;
  • Cette action sera éligible au PEA (avantages fiscaux) ;
  • Une 11ème action sera offerte pour 10 actions détenues pendant 18 mois ;
  • Enfin, la Française des Jeux, dont le monopole sur les jeux de grattage, de tirage et sur les paris sportifs en point de vente physique a été confirmé pour une période de 25 ans, reversera 80% des bénéfices en dividendes pour ses actionnaires.

De solides résultats

Même si la FDJ est une entreprise mature, Stéphane Pallez, Présidente du groupe, a réitéré son ambition de renforcer sa position de premier opérateur de loterie en France et de devenir un acteur international de référence dans le secteur des jeux et des services. Rappelons qu’avec 15,8 milliards d’euros de mises en 2018, la FDJ est la deuxième loterie européenne et la quatrième dans le monde.

En 2019, les résultats ont également été de bonne facture. Sur les 9 premiers mois de l’année les mises ont augmenté de 8% par rapport à 2018 et les dirigeants prévoient un chiffre d’affaires record d’environ 1,9 milliards d’euros en 2019 pour un total de mises de 16,9 milliards d’euros. La marge opérationnelle pourrait atteindre 19% cette année et plus de 20% d’ici à 2025, selon le groupe.

Présence de l’Etat

Pour certains investisseurs la présence de l’Etat au capital reste un frein mais force est de constater les spécificités du cas de la FDJ. Etant actionnaire, ce dernier a tout intérêt à ce que la société prospère. De plus le ministre de l’économie Bruno Le Maire a ajouté que l’Etat continuera à agréer les dirigeants, donc personne ne pourra acquérir 10% de l’entreprise sans son accord.

Bémol tout de même, ce n’est pas la première fois qu’une société détenue par l’Etat s’introduit en bourse et les opérateurs ont encore le goût amer du parcours boursier d’EDF, introduite à 33 euros et désormais sous les 10 euros.

Faut-il souscrire ?

Même si les conditions semblent alléchantes et le groupe solide, il n’est absolument pas certain que l’introduction en bourse de la FDJ soit un succès, ni que les cours de son action s’apprécient dans les mois à venir. Les conditions de marché à l’heure actuelle sont très particulières. Alors que les indices boursiers flirtent avec leurs plus hauts historiques, seules une poignée de valeurs mènent la danse et les autres compartiments comme les petites et moyennes capitalisations sont totalement délaissées. Si l’introduction de la FDJ devait correspondre à un haut de cycle boursier moyen terme, il se pourrait que certains opérateurs sortent par prudence et fassent baisser le titre. D’autre part, le terrain des IPO (introductions en bourse) est miné ces derniers temps. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, le nombre d’action nouvellement cotées qui évoluent sous leur cours d’introduction bat des records. Prudence donc.

En d’autres termes, l’investisseur prudent aura peut-être intérêt à laisser passer l’introduction et les premières semaines de cotations pour voir comment la FDJ était accueillie par les marchés. Il n’est pas inhabituel de voir l’action d’une société évoluer sous son cours d’introduction dans les semaines qui suivent l’opération, l’analyse graphique nous aidera alors à définir si les investisseurs se l’arrachent ou non et à quel prix.

Nicolas Chéron , 28 octobre

tags
Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Opinion Conquérir les marchés haussiers : le faux duel entre investisseurs actifs et passifs

Investir aujourd’hui est souvent considéré comme étant une bataille entre des gérants de fonds traditionnels et des ETF avant-gardistes (exchange-traded funds, fonds négociés en Bourse). Cependant, ce raccourci entre la « gestion active » et la « gestion passive » n’aide pas les (...)

© Next Finance 2006 - 2019 - Tous droits réservés