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Et si on parlait (enfin) statistiques énergétiques et … pollution ?

Pour la 1ère fois depuis 1950, les États-Unis sont devenus à la fin 2019 exportateurs nets d’énergie et donc, par la même occasion, indépendants énergétiquement. Véritable révolution.

Les exportations américaines de pétrole ont augmenté rapidement au cours des dernières années en raison de nombreux facteurs, notamment l’augmentation de la production nationale de pétrole brut et gaz d’hydrocarbures. La pandémie du coronavirus pourrait cependant véritablement changer la donne au cours du premier semestre 2020.

Néanmoins, même si le pays affirme son indépendance énergétique à venir, il reste aujourd’hui dépendant de l’étranger pour pouvoir s’approvisionner en énergie, principalement pour le gaz. Au-delà de ces faits sur l’énergie, il me semblait important de faire un point concernant la consommation d’énergie par type de source aux États-Unis et parallèlement les dernières données concernant la pollution. Synthèse et analyse.

a. Les faits

Comme chaque année, la Lawrence Livermore National Laboratory (https://flowcharts.llnl.gov/commodi...) publie les détails de la consommation américaine par type de source énergétique. On y apprend tout d’abord que les données sont en Quad ce qui correspond à :

  • 8’007’000’000’000 gallons d’essence (1 galon correspondant à 3.8 litres)
  • 293’071’000’000’000 kilowattheures (kWh)
  • 36’000’000’000 tonnes de charbon
  • 970’434’000’000’000 de pieds cubes de gaz naturel
  • 25’200’000 tonnes de pétrole
  • 252’000’000’000 tonnes de TNT
  • 13,3 tonnes d’uranium 235-235

b. Les évolutions

Si on compare le type de consommation par source énergétique entre 2015 et 2019, on peut faire plusieurs constats. Tout d’abord que le pétrole est toujours l’énergie la plus utilisée aux États-Unis. Viennent ensuite le gaz naturel, le charbon et le nucléaire.

Ensuite on constate que les plus fortes progressions sont à mettre sur le compte du gaz naturel, du vent et du solaire. La plus forte baisse est à mettre sur le compte du charbon (tout comme il y a une année).

Enfin, on constate que la part de consommation d’énergie solaire est minime en comparaison avec celle du pétrole.

c. Gaspillage

Sur le graphique de la consommation d’énergie, on constate que 68% de toute l’énergie est en fait de l’énergie rejetée, ou dit avec d’autres mots : C’est de l’énergie qui est gaspillée à cause de certaines inefficacités.

Par secteur, sans surprise, les mauvais élèves sont :

  • Habitat résidentiel : 35% de rejet soit 4.17 quads
  • Commercial : 35% de rejet soit 3.29 quads
  • Industriel : 47.35% de rejet soit 13.5 quads
  • Transport : 79.15% de rejet soit 22.3 quads

Là où le bât blesse, c’est que le secteur des transports a utilisé 28.2 quads en 2019 soit 28% de la consommation totale, mais a perdu (gaspillé) 22.3 quads de cette énergie à cause de la pauvreté de son efficience énergétique.

Ce gaspillage étant plus élevé que le cumulé de la consommation des 3 autres secteurs (habitat résidentiel, commercial, industrie).

d. Pollution

Si la consommation énergétique américaine pour 2019 a de quoi inquiéter les défenseurs de la nature (et tout un chacun), la pandémie et (surtout) le confinement de la population aura eu un effet extrême sur les émissions mondiales de CO2.

Selon une étude qui vient d’être publiée dans Nature Climate Change (dont vous avez certainement entendu parler), les émissions mondiales de CO2 devraient baisser d’environ 4 % à 7 % sur l’année 2020, par rapport à 2019, soit la plus forte diminution annuelle enregistrée depuis la Seconde Guerre mondiale (https://www.nature.com/articles/s41...).

En réduisant drastiquement l’activité économique mondiale et en entraînant un confinement dans de nombreux pays, le SARS-CoV-2 a provoqué une baisse de 8,6 % des émissions de CO2 d’origine fossile, sur la période allant du 1er janvier au 30 avril, par rapport à la même période en 2019, soit plus d’un milliard de tonnes évitées.

Au plus fort du confinement, le 7 avril, les rejets carbonés journaliers ont même baissé de 17 % par rapport à la moyenne de 2019 (les transports terrestres ont représenté plus de 40% de la chute, l’industrie 25%, la production d’électricité 19% et le transport aérien 10%). Les émissions de certains pays ont chuté de façon beaucoup plus importante que la moyenne. À leur plus bas niveau, les émissions de la France ont chuté de 34%, et celles des ÉtatsUnis de 32%. Le Royaume-Uni a affiché un recul de 31%, l’Australie de 28% et la Chine de 24%.

Mais ces chutes seront probablement temporaires, car elles ne reflètent pas des changements structurels dans les systèmes économiques, de transports ou énergétiques. Les États-Unis par exemple ne devraient pas changer leur source de consommation.

Rappelons par exemple que pour atteindre l’objectif idéal de l’accord de Paris de limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait réduire les émissions de CO2 de 7,6% par an, chaque année dès cette année et jusqu’à 2030.

Enfin, les plans de relance proposés par les gouvernements ne sont que très peu dirigés vers l’énergie « verte » ce qui n’augure rien de bon non plus.

e. Synthèse

Il y a deux importants constats à faire par rapport à cette statistique de consommation d’énergie : Tout d’abord que le pétrole a encore de « beaux jours » devant lui et ensuite que pour la deuxième année consécutive (et pour la quasi même consommation d’énergie) le charbon n’a plus la côte. La transition énergétique prendra (malheureusement) du temps.

John Plassard , 26 mai

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