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Entre les lignes

Entre les banques centrales et les marchés, les relations sont devenues à ce point complexes qu’il est parfois difficile de tirer une lecture limpide du discours des grands argentiers. C’est un peu le sentiment qui ressort de la dernière conférence de la BCE, la semaine dernière. Faut-il prendre les mots de Mario Draghi au pied de la lettre ou tenter de lire entre les lignes ?

En apparence, ce rendez-vous n’a délivré aucune surprise. L’instance monétaire européenne maintient son statu-quo : taux directeur à 0 %, taux de dépôt à -0,4 %. Mais alors que les investisseurs avaient eu en guise de préliminaire le bruissement d’un tapering, le président de la BCE laissait entendre jeudi que le programme de rachat de dette pourrait être prolongé au-delà de mars prochain. Ce, tout en reprécisant le caractère non-conventionnel des mesures de facilité monétaire… Difficile d’en tirer une conclusion.

Au mieux, une interprétation : désormais sceptique quant à l’efficacité de sa politique ou, plus encore, à la pertinence de la renforcer, l’institution ne serait-elle pas tentée d’abuser d’un ton conciliant pour - à nouveau - agir indirectement sur la courbe de l’euro ? Car c’est bien l’effet le plus notable de l’intervention du président de la BCE. A 1,0855 dollar, la monnaie unique est tombée vendredi à son plus bas niveau depuis février dernier.

Plus simplement, un autre niveau de lecture consisterait à dire que, dans la conjoncture actuelle, la BCE a désormais les taux entre deux chaises. Certes, il serait présomptueux et inapproprié de parler aujourd’hui de rémission en zone euro. Mais économiquement, l’Europe va mieux. Alors que le FMI a récemment revu à la hausse ses prévisions de croissance à 1,7 % cette année, l’économie européenne semble désormais s’écarter lentement mais sûrement des limbes tant redoutés de la déflation. Signe de cette amélioration, l’indice des prix à la consommation est ressorti la semaine dernière en hausse de 0,4 %, soit un plus haut depuis la mi- 2014 (0,5%).

Et tout porte à croire après la reddition de l’Arabie Saoudite sur la production de pétrole et le rebond des matières premières qui a suivi, que l’économie mondiale retrouve quelques couleurs sur le front de l’inflation. De sorte que – contrairement à la BoJ - la BCE ne soit pas contrainte de pousser plus en avant sa politique accommodante, sans pour autant se mettre sur les rails d’une normalisation - comme la Fed… En d’autres termes, elle a désormais un impératif d’immobilité.

David Ganozzi , Octobre 2016

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