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Des nouvelles de Chine

L’intensification des différends commerciaux et des tensions stratégiques entre les États-Unis et la Chine fait de plus en plus de tort aux actifs risqués. Comment ces dissensions se traduisent-elles sur le territoire chinois ? Un groupe formé de nos investisseurs les plus expérimentés a récemment effectué un voyage en Chine...

L’intensification des différends commerciaux et des tensions stratégiques entre les États-Unis et la Chine fait de plus en plus de tort aux actifs risqués. Comment ces dissensions se traduisent-elles sur le territoire chinois ? Un groupe formé de nos investisseurs les plus expérimentés a récemment effectué un voyage en Chine continentale afin de juger de la confiance des entreprises et de ses implications potentielles sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

GPS de la croissance chinoise comparé à l’indice composite des PMI, de 2015 à 2019

La rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine assombrit les perspectives de croissance de cette dernière. Les ventes d’actions chinoises par les investisseurs internationaux ont atteint des records en avril et en mai, provoquant la plus importante sortie de capitaux étrangers depuis le lancement du programme « stock connect », permettant aux investisseurs internationaux d’avoir accès aux actions chinoises via Hong Kong. Pour le moment, l’économie chinoise semble se maintenir grâce au soutien des pouvoirs publics (voir notre GPS Croissance BlackRock dans le graphique ci-dessus, qui fournit un aperçu à trois mois de l’indice composite Caixin des directeurs d’achats chinois, un bon indicateur de l’activité économique de la Chine). L’incidence économique directe d’une éventuelle issue « sans accord » aux négociations commerciales en cours nous paraît limitée - un tel scénario correspondrait à une application intégrale des droits de douane américains à l’ensemble des exportations chinoises. En effet, il est probable que la Chine dispose des instruments économiques nécessaires pour amortir l’impact d’une telle situation. La préoccupation la plus immédiate, c’est en fait la conséquence de l’accroissement des tensions sur la viabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales - et sur les entreprises chinoises et globales qui en dépendent.

Le casse-tête des chaînes d’approvisionnement

La Chine est passée du statut de fournisseur mondial de biens de consommation bon marché à celui de partie intégrante des chaînes d’approvisionnement mondiales de nombreux produits, y compris de haute technologie. La forte interdépendance qui existe entre les chaînes d’approvisionnement mondiales et divers intérêts communs a jusqu’ici empêché une escalade majeure dans le conflit opposant les États-Unis et la Chine. Cependant, la dégradation des résultats financiers qui affecte l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement technologique en Asie, et en particulier en Corée du Sud, à Taiwan et au Japon, accroît l’inquiétude des investisseurs face aux perturbations à long terme provoquées par la rapidité de l’intensification du conflit.

Certaines entreprises internationales, dont d’importantes chaînes d’approvisionnement sont situées en Chine, n’ont pas attendu le prochain épisode des négociations commerciales américano-chinoises pour agir. Une migration est déjà en cours, et en voici le premier signe : le Vietnam voisin, pays plus pauvre, enregistre des hausses de salaire spectaculaires à mesure que des emplois manufacturiers y sont délocalisés. Cependant, les coûts de main-d’œuvre ne sont pas le seul facteur que prennent en compte les entreprises qui envisagent une relocalisation de leurs installations de production. Ainsi, disposer d’un approvisionnement fiable en électricité est un besoin fondamental pour la fabrication à grande échelle ; or, de nombreux concurrents émergents de la Chine ne peuvent encore assurer un tel service. L’ajustement des chaînes d’approvisionnement est un processus coûteux, qui devrait selon nous demander plusieurs années aux entreprises concernées. En outre, les entreprises américaines qui vendent des produits à des clients chinois risquent de voir leurs revenus chuter. Nous estimons également que la Chine accélèrera sa transition vers une plus grande autonomie, du secteur technologique à l’énergie en passant par les produits alimentaires.

Au final, nous considérons que l’impact direct d’un échec des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine serait limité.

Et nous nous attendons à ce que les officiels chinois soutiennent l’économie locale en cas de ralentissement, tout en gardant à l’esprit que plusieurs instruments de politique économique pourraient avoir des effets secondaires non désirés sur l’économie et sur les marchés.

Notre recherche de terrain conforte une réelle confiance dans la résilience de l’économie chinoise, et ce malgré l’enlisement des négociations commerciales. L’une des raisons est l’effet maintenant positif du crédit sur l’économie, un changement radical par rapport aux restrictions imposées à la croissance du crédit l’année dernière. Pourtant, l’intensification du conflit commercial mondial, dont une menace d’augmentation des droits de douane américains sur les produits mexicains, demeure une source majeure d’incertitude macroéconomique à l’échelle du globe. Raison de plus à nos yeux de renforcer la résilience des portefeuilles, y compris par une exposition accrue aux bons du Trésor américains, qui ont toujours joué un rôle de premier plan dans la protection des portefeuilles contre les accès de volatilité.

Isabelle Mateos y Lago , 13 juin

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