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De l’utilité des banques centrales ...

Churchill disait qu’il existe deux catégories d’hommes politiques. Ceux qui se préoccupent de la génération suivante et ceux qui s’intéressent à l’élection suivante. Le recours à l’endettement supplémentaire pour financer des exigences de court terme susceptibles de satisfaire un électorat plus large...

Churchill disait qu’il existe deux catégories d’hommes politiques. Ceux qui se préoccupent de la génération suivante et ceux qui s’intéressent à l’élection suivante. Le recours à l’endettement supplémentaire pour financer des exigences de court terme susceptibles de satisfaire un électorat plus large semble relever de la deuxième catégorie.

En Europe, la France va se trouver au dernier rang des déficits publics, exprimés en pourcentage du PIB. On peut craindre que cette position ne l’isole de ses partenaires européens et, par là même, ne fragilise l’Europe. Mais on peut aussi se demander si le rétablissement d’une relative sérénité au sein de la société française n’est pas un préalable indispensable.

Dans de nombreux pays, ces deux visions s’opposent. La première considère que la gestion d’un État s’apparente à celle d’une entreprise où la qualité de la stratégie et du bilan garantit le développement futur. La seconde se focalise sur le chiffre d’affaires à court terme, quitte à sacrifier le bilan.

Dans le premier cas, le compte de résultat est l’expression du bon usage des capitaux au bilan. Le bilan étant la source des capitaux productifs, il doit être en mesure d’attirer investisseurs et prêteurs pour financer les investissements à venir. Pour cela, il doit à la fois rassurer par la taille raisonnable de son endettement, rémunérer convenablement son actionnaire ou créancier, et générer des résultats probants. Le bilan et le compte de résultat sont indissociables. Plusieurs pays, notamment européens, font cette analyse et s’efforcent de dégager un excédent budgétaire afin de réduire la dette accumulée.

Dans le second cas, l’impératif est de sauver la croissance, devenue synonyme de survie. Certains économistes partisans de cette école citent volontiers l’ancien Président de la FED, Ben Bernanke, grand spécialiste de la crise de 1929, qui recommande une création monétaire sans limite en cas de risque de dépression. Cette préconisation en situation extrême devient une référence pour justifier un recours systématique au déficit budgétaire et à l’endettement sans limite de l’État. Il est vrai que les politiques monétaires pratiquées depuis dix ans ne parviennent ni à réduire l’émergence de nouveaux pauvres ni à consolider l’avenir des classes moyennes, tandis que l’accès à l’information permet à tous de mesurer l’écart grandissant avec les plus riches.

Pour l’instant, les banques centrales sont indépendantes et pilotent ces politiques monétaires censées restituer la dynamique économique. Mais depuis quelques années, la priorité est d’assurer la survie des États surendettés qui exigent des taux d’intérêt très bas afin d’assumer la charge de leurs dettes. Les banques centrales ont, dès lors, opté pour des taux d’intérêt négatifs. Pouvaient-elles faire autrement ? Non. Nous conduisent-elles dans l’impasse ? Peut-être. Une chose est certaine, nous évoluons en terra incognita.

Ce comportement au service de l’exécutif semble se renforcer aux États-Unis depuis l’arrivée de Jerome Powell à la présidence de la FED. Son brutal changement d’orientation en janvier, contredit par ses récents commentaires qui illustrent une confiance retrouvée dans l’économie américaine, témoigne d’une inconstance troublante. Après avoir tacitement admis sa moindre indépendance face aux injonctions de Donald Trump, la FED pourrait perdre, du fait de cette versatilité, une part importante de son crédit.
Et, lorsque surviendra la prochaine récession qui ne manquera pas d’affecter progressivement tous les pays de la planète, les banques centrales, déjà affaiblies, se trouveront bien démunies pour relancer l’économie à l’aide d’une politique monétaire stimulante alors que les taux d’intérêt sont déjà très bas ou négatifs.

L’absence de solution monétaire pertinente conduira à constater l’impuissance des banques centrales.
Se posera alors la question de leur utilité, voire de leur maintien, du moins sous leur forme actuelle.
Du fait de ses taux actuels très bas, l’Europe se trouvera dans une situation très difficile. Certains estiment que le Japon apporte la preuve contraire. Rien n’est moins sûr. En effet, le patriotisme de l’épargnant japonais n’est pas une vertu universellement partagée !

Jacques de Panisse Passis , 20 mai

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