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Coup de projecteur sur les États-Unis alors que la liquidité mondiale diminue

Selon Talib Sheikh, la croissance économique américaine devrait se maintenir même si le resserrement quantitatif continue à peser sur les marchés émergents, que l’Europe est aux prises avec des problèmes structurels et que le Royaume-Uni est paralysé par le Brexit. « Dans ces conditions difficiles, être flexible et disposer d’alternatives sont essentiels pour gérer les risques », a-t-il ajouté.

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L’économie américaine est en pleine croissance. Le chômage est à son plus bas niveau depuis 44 ans, l’inflation reste relativement modérée et la croissance économique au deuxième trimestre de cette annéea connu son plus haut niveau depuis près de quatre ans. Les politiques de croissance de Donald Trump, y compris les réductions d’impôt de 1,5 milliards de dollars, semblent avoir porté leurs fruits. Il y a l’embarras du choix et les investisseurs aiment ce qu’ils voient, achetant des actifs américains au détriment d’autres marchés, ce qui permet à l’économie américaine de prendre de l’avance sur ses concurrentes.

Aucun homme n’est une île : sauf peut-être les États-Unis

Pourtant, la question est de savoir si les États-Unis peuvent continuer sur cette lancée alors que les économies des pays en développement et des pays développés sont dans le meilleur des cas confrontés à une croissance médiocre ou, dans le pire des cas, en récession voire s’effondre financièrement. Les marchés financiers ont donné leur réponse et jusqu’à présent, c’est un « oui » retentissant. L’indice S&P 500 continue de flirter avec des sommets historiques, suggérant que les États-Unis devraient être en mesure de s’isoler des problèmes du monde. Certains sceptiques aiment signaler que l’aplatissement de la courbe des bons du Trésor américain indique que la croissance économique américaine pourrait s’essouffler ; ils se concentrent généralement sur la différence entre les taux d’intérêt payés sur deux ans et les bons du Trésor à 10 ans, mais la courbe de rendement entre les bons à trois mois et les bons du Trésor à deux ans et entre les bons à trois mois et les bons du Trésor à cinq ans est plus représentative de la santé actuelle de l’économie.

Ce sont ces indices de référence qui nous donnent une idée des marges nettes d’intérêt réalisées par les banques et, par extension, suggèrent que la croissance devrait en fait s’accélérer au cours des deux ou trois prochaines années.

Les obligations High Yield : comment ne pas les aimer ?

Compte tenu de ce climat favorable, le marché américain des obligations High Yield nous semble très intéressant. Il est difficile pour le moment de démontrer que parmi tous les actifs à l’échelle mondiale il existe un énorme montant de valeur supplémentaire étant donné les valorisations élevées que nous pouvons observer. Dans ce contexte, les obligations High Yield américaines offrant des rendements compris entre 6 et 6,5% semblent relativement intéressantes. En tout cas, ce n’est pas nécessairement la valorisation qui nuit au High Yield, mais le sentiment que les États-Unis pourraient entrer dans une phase de récession entrainant une hausse des taux de défaut. Comme ce n’est pas notre scénario, nous ne nous attendons pas à un tel événement.

Comme pour les actions américaines, la classe a été et continue d’être considérée comme relativement coûteuse. Il est important de garder à l’esprit que les entreprises américaines ont connu des résultats impressionnants au second trimestre, avec une croissance de 25% sur l’année. Certes, les indices américains ont progressé, mais pas de manière significative.

En fait, depuis l’euphorie de la fin du mois de janvier, les valorisations des actions américaines se sont légèrement améliorées. Elles sont moins chères à acheter par rapport aux bénéfices qu’elles réalisent. Dans ce contexte, nous continuerons probablement à privilégier les actions américaines.

La Réserve Fédérale américaine draine la liquidité mondiale

En dehors des États-Unis, nous devons rester prudents. Comme le souligne Warren Buffett, « On ne découvre ceux qui nagent nus uniquement lorsque la marée se retire » et cette marée se retire dans l’économie mondiale, révélant des économies profondément imparfaites comme la Turquie et l’Argentine. Certains diront qu’il s’agit d’événements idiosyncratiques et que leurs problèmes sont spécifiques à ces pays, mais il nous semble qu’ils soulignent l’épuisement des liquidités excessives de l’économie mondiale provoquée par la hausse des taux d’intérêt et le resserrement quantitatif de la Réserve Fédérale américaine. L’économie américaine devrait rester dynamique dans un avenir proche, les marchés émergents pourraient connaître de nouvelles difficultés à mesure que le dollar américain continue d’augmenter et que le coût du remboursement de la dette libellée en dollars augmente.

Plus près de chez nous, l’Europe nous rend nerveux. Nous avons peut-être réalisé des progrès significatifs depuis les jours les plus sombres de la crise de la zone euro en 2011, mais il reste encore de nombreux problèmes structurels à résoudre. Et cela n’aide pas non plus lorsque l’actuel gouvernement italien menace de briser l’une des règles d’or du pacte budgétaire qui a rétabli la stabilité dans la zone euro après la crise. Le gouvernement a constamment averti que le déficit public de l’Italie pourrait dépasser le plafond de 3% du PIB de l’Union européenne, de manière à pouvoir financer les mesures promises lors des élections. La politique pourrait en effet faire dérailler la solide croissance économique observée dans l’Union Européenne depuis l’année dernière.

Notre niveau d’exposition en Europe restera relativement modeste pour le moment, en se concentrant sur les sociétés qui offrent un rendement durable et reproductible avec un potentiel de croissance, plutôt que de se lancer dans un scénario de croissance explosive, que nous risquons plutôt de voir se réaliser aux Etats-Unis.

Le Royaume-Uni : la paralysie

La politique constitue à nouveau l’élément perturbateur au Royaume-Uni. Il y a trois ans, nous n’aurions jamais conseillé d’acheter ou de vendre selon le climat politique, car cela ne constitue jamais une stratégie rentable. Cependant, au Royaume-Uni, elle a été un moteur essentiel des marchés, notamment en ce qui concerne la performance de la livre sterling par rapport aux autres devises. Alors que certains investisseurs ont choisi d’ignorer le Royaume-Uni jusqu’à ce que le brouillard se dissipe autour du Brexit, nous prévoyons une allocation relativement modeste et neutre sur ce marché. Après tout, la chute de la livre sterling a profité à plus de 70% des sociétés du FTSE-100 dont les revenus proviennent de l’extérieur du Royaume-Uni. Alors que nous entrons dans ce cycle tardif de l’économie mondiale, le resserrement quantitatif et le déséquilibre entre la croissance économique américaine et le reste du monde nous obligeront à rester agiles dans notre allocation d’actifs afin de réaliser les rendements que nous recherchons au niveau de risque qui nous convient.

Talib Sheikh , 4 octobre

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