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Contrat dérivé sur la dette espagnole - 10 Year Spanish Bond

Le MEFF lance ces jours-ci un contrat Future sur la dette publique espagnole. Or, compte tenu des derniers événements qui ont précipité le secteur bancaire espagnol dans une tourmente dont il est difficile de prévoir l’issue, les marchés doutent de la capacité du pays à assumer seul ses engagements…

On se souvient du tollé provoqué quelques semaines avant les élections présidentielles par le lancement en Allemagne par l’Eurex d’un contrat Future sur la dette publique française (FOAT). En pleine campagne électorale les candidats n’avaient pas manqué d’accuser les spéculateurs de vouloir sacrifier la France sur l’autel du marché et de la recherche forcenée du profit.

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Pourtant, contrairement aux prévisions des Cassandre, ces contrats dont le prix évolue inversement à leur rendement, ont été considérés comme une valeur refuge par les investisseurs saisis par le doute de la crise grecque. Ces Futures qui devaient précipiter la chute de la France ont en réalité incarné la confiance des marchés dans notre pays.

En effet, avec l’accélération de la crise grecque et les incertitudes qui règnent sur le maintien du pays en zone euro ainsi que l’aggravation de la situation du secteur financier en Espagne et en Italie le FOAT est de plus en plus recherché par les investisseurs au même titre que le Bund allemand même si le spread reste important entre le Bund et le FOAT.

Ainsi, la France et l’Allemagne font figure de zones économiques stables par rapport aux autres pays européens. Malgré les divergences affichées par leurs dirigeants sur le thème de l’austérité par rapport à la croissance, leurs emprunts d’état respectifs ont la faveur des investisseurs dans un contexte d’aversion au risque.

C’est dans ce même contexte que le MEFF lance ces jours-ci un contrat Future sur la dette publique espagnole. Or, compte tenu des derniers événements qui ont précipité le secteur bancaire espagnol dans une tourmente dont il est difficile de prévoir l’issue, les marchés doutent de la capacité du pays à assumer seul ses engagements tout en prêtant main forte à ses banques et à ses régions autonomes. Au milieu de cette semaine, l’écart entre les taux des obligations à dix ans de l’Allemagne et de l’Espagne avait atteint un record historique, tandis que le rendement allemand a touché un plus bas depuis la création de la zone euro. Le « spread », soit la prime de risque que doit acquitter l’Espagne pour emprunter, s’inscrivait à 5,19 points de pourcentage alors que le taux allemand était à 1,34 %.

Comme nous l’avions souligné dans une précédente tribune, ces contrats Futures nationaux n’existent que parce que les sous-jacents (les dettes publiques Allemandes, Françaises ou Espagnoles) présentent des profils et donc des risques différents. Les marchés ne fonctionnent que sur des différences de prix, le fameux spread. La différence de taux d’intérêt réclamés par les investisseurs pour prêter à l’Allemagne ou à l’Espagne reflète la différence de risque.

Malgré sa monnaie commune, l’Europe n’est plus l’entité unique qu’elle aurait dû ou pu devenir. La floraison des contrats Futures basés sur les dettes publiques nationales en est une preuve supplémentaire.
On est en droit de s’interroger sur l’avenir d’un ensemble de plus en plus disparate et hétérogène.

Bon trades,

Pierre Antoine Dusoulier , Juin 2012

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