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Brésil, une élection sur fonds de tension et de cristallisation des paradoxes

Théâtre de toutes les oppositions, de rebondissements à foison et de scandales à répétition, les élections brésiliennes semblent tout droit sorties d’une « telenovela » (candidat en prison, agression à l’arme blanche, affaires de corruption…). Cette élection présidentielle cristallise les passions entre deux candidats aux idées radicalement divergentes et ce...

Théâtre de toutes les oppositions, de rebondissements à foison et de scandales à répétition, les élections brésiliennes semblent tout droit sorties d’une « telenovela » (candidat en prison, agression à l’arme blanche, affaires de corruption…). Cette élection présidentielle cristallise les passions entre deux candidats aux idées radicalement divergentes et ce, alors que le pays divisé requiert une véritable mobilisation pour instaurer des mesures indispensables à l’amélioration de la situation budgétaire.

Restriction budgétaire en marche

Quelle est la situation économique actuelle ? Depuis la destitution de Dilma Roussef en 2016, le gouvernement Temer a mis en place de nombreuses mesures d’austérité et a notamment gelé les dépenses publiques.

Sur les marchés financiers, les actions brésiliennes et le real ont été affectés négativement tout au long de l’année 2018 par un dollar fort et par des problématiques politiques majeures, notamment la grève des camionneurs qui a paralysée l’économie du pays pendant 10 jours.

Sujet essentiel, la réforme des retraites, sensible pour le Président Temer, représente, aux yeux des marchés, un défi décisif pour le redressement des finances publiques.

Entre libéralisation à la hussarde et continuité socialiste

Sur le front des programmes politiques, le candidat du parti social-libéral, Jair Bolsonaro, part largement favori face à son adversaire du parti des travailleurs, Fernando Haddad pour le second tour. En tout état de cause, le 28 octobre semble voué à fragmenter le pays.

Jair Bolsonaro, surnommé par certains le « Trump des tropiques », a connu cet été une envolée dans les sondages, alimentée par la colère des Brésiliens vis-à-vis de la corruption endémique et d’une insécurité récurrente.

Ses laïus enflammés en faveur des armes à feu, semblent être, pour ce nostalgique de la dictature militaire, le point d’orgue d’une politique foncièrement sécuritaire. Sur le plan des réformes économiques, Jair Bolsonaro entend privatiser les entreprises d’État, sa solution pour éradiquer la corruption.

Afin de palier ses carences économiques ouvertement affichées, il se repose sur Paulo Guedes, économiste estampillé libéral. Ce dernier a un credo « abattre l’État dysfonctionnel pour développer une initiative économique ». La sécurité sociale, quant à elle, est considérée comme une « inéluctable faillite ». Il préconise également un changement radical du système des retraites avec une transition vers un système par capitalisation et une réduction de 20 % de la dette publique grâce à des privatisations et des cessions.

Avec de tels principes et bien que radical sur des sujets sociétaux, les marchés semblent porter une oreille bienveillante au discours du candidat assimilé à l’extrême droite.

Face à lui, Fernando Haddad, ancien ministre de l’Éducation, a été propulsé dans la campagne après la confirmation de l’inéligibilité de l’ancien Président Lula Da Silva. Il se dépeint comme « modéré » et recommande une relance par la demande avec le développement des investissements publics. À l’opposé de son rival, il rejette toute privatisation et fonde son programme sur une relance du marché de l’emploi. Le profil de Fernando Haddad, les mesures envisagées et les idées sous-jacentes laissent naturellement penser à une continuité de la politique de l’ancien Président Lula. Cela étant, certains éléments, comme la rencontre rassurante, cet été, entre Fernando Haddad et des banquiers et représentants de fonds d’investissement, peuvent laisser augurer une politique plus accommandante qu’il n’y parait.

L’électorat semble être confronté à un choix cornélien entre un parti éclaboussé par des scandales de corruption, les travaillistes, et une potentielle régression démocratique incarnée par l’impétueux Bolsonaro.

Quelles projections sur les marchés financiers ?

Ces dernières semaines, les marchés Actions ont progressé au grès des sondages, principalement grâce au débouclage de positions de couverture d’investisseurs locaux estimés à 2,5 milliards de dollars, la semaine précédant le premier tour. Pour autant, des positions à découvert restent encore non débouclées (environ un milliard de dollars) et la faible exposition des investisseurs étrangers aux actifs brésiliens permettent un rebond du marché ainsi que de sa devise.

Par ailleurs, les gérants de fonds d’actions brésiliens continuent de trouver dans le marché des entreprises de grande qualité et des valorisations très attractives.

Il est à noter qu’au lendemain du 1er tour des élections, la large avance de Jair Bolsonaro a été saluée « boursièrement ».

Concernant les opportunités d’investissements liées aux élections, dans le cas où l’on mise sur une victoire de Bolsonaro, les sociétés étatiques (privatisation), sociétés à duration longue (moindre tension sur les taux) et cycliques (flexibilité du travail), sont à privilégier. Les valeurs « défensives » (hausse de prime de risque) et les valeurs de l’éducation (programme Minha Casa), seraient à favoriser dans le cas d’un succès de Haddad.

En conclusion, le futur Président va se retrouver, selon le rapport de la Banque Mondiale, confronter à 3 défis majeurs : « un important déséquilibre budgétaire, un manque de croissance durable de sa productivité et une difficulté de l’état à fournir des services de base ». Pour l’emporter au second tour, les deux candidats vont devoir se « recentrer » et atténuer leur position respective afin de lisser leur image et d’incarner une force de rassemblement. Fernando Haddad semble contraint de choisir un ministre des Finances pro-marchés pour rassurer la sphère économique. Quant à Jair Bolsonaro, il devra sans doute édulcorer son langage et adoucir ses « sorties » jugées souvent outrancières.

Toutefois, l’issue s’annonce favorable pour les marchés financiers qui appellent de leurs vœux une solution conjuguant ouverture économique et stabilité politique.

Il ne fait néanmoins aucun doute qu’une victoire de Bolsonaro sera perçue comme un soulagement de la part des investisseurs, avec toutefois une incertitude sur la bonne application des réformes promises.

Dès lors, nous nous attendons sur ce marché, à court comme à moyen terme, à une volatilité accentuée.

Ysmahan ZAIBI-MOUSSA , 16 octobre

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