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Allier marchés émergents et investissement socialement responsable

Alors que plus de 10’000 milliards de dollars d’actifs s’échangent à taux négatifs sur les marchés obligataires, la dette émergente constitue toujours un petit îlot de rendements positifs et attractifs. Contrairement aux idées reçues, il s’agit aussi d’un vivier d’opportunités en matière d’investissement socialement responsable (ISR).

Si l’arbre peut cacher la forêt, les mauvaises nouvelles peuvent aussi cacher les bonnes. En janvier et février, le coronavirus a ainsi occulté, dans l’esprit des investisseurs, l’accord commercial sino-américain. De la même façon, les mouvements protestataires contre la cherté des produits de base, observés dans plusieurs pays émergents fin 2019, ont davantage retenu l’attention des médias et des marchés que les bons chiffres de la croissance publiés par ces mêmes pays.

Ces deux phénomènes ont provoqué une hausse des spreads sur les marchés obligataires émergents, ce qui a offert aux investisseurs des opportunités pour capter de meilleurs rendements sans augmenter significativement leur prise de risque. Bien sûr, l’épidémie de coronavirus aura un impact sur la croissance chinoise, mais la maladie devrait progressivement s’estomper avec l’arrivée du printemps. A long terme, son impact restera donc modéré. Ainsi, les obligations émergentes, émises par les Etats comme par les entreprises, demeurent des actifs à privilégier dans le contexte actuel et continuent d’apporter une réponse pertinente face à la baisse constante des rendements en Europe.

Une approche sélective dans le choix des pays et des émetteurs

Si les obligations des marchés émergents offrent des rendements consistants, c’est avant tout grâce au dynamisme économique de ces pays, qui constituent les moteurs de la croissance mondiale. La situation est d’autant plus appréciable que les entreprises des pays émergents sont également beaucoup moins endettées, et donc moins risquées que les entreprises américaines à notation équivalente. Ainsi, en cas de retournement de la conjoncture économique mondiale, ce sont les entreprises des pays émergents, et non plus celles des pays occidentaux, qui bénéficieront de la meilleure assise financière pour faire face aux difficultés.

Pour autant, tout ne se vaut pas dans le domaine de la dette émergente. Une sélection rigoureuse des pays et des emprunteurs est primordiale. L’Argentine et la Turquie, où l’inflation demeure mal maîtrisée, sont par exemple à éviter. A l’inverse, les entreprises asiatiques ou exposées à l’Asie font partie des opportunités à privilégier, ce continent restant le principal réservoir de croissance mondiale. Au sein de chaque pays, l’approche « bottom-up » est ensuite clairement recommandée pour sélectionner les émetteurs selon leurs caractéristiques propres, en particulier sur le segment « high yield ».

Des marchés désormais ouverts à l’application de critères ESG

Dans l’esprit de nombreux investisseurs, les entreprises des économies émergentes restent avant tout industrielles, polluantes et peu épanouissantes pour leurs salariés. La réalité du terrain a pourtant considérablement évolué. Ces sociétés commencent elles aussi à mettre en place des politiques consistantes en matière de Responsabilité sociale d’entreprise (RSE). Et pour cause, en progressant sur le plan éthique, elles espèrent attirer de nouveaux afflux d’investisseurs étrangers.

Au travers des métriques et des rapports issus de ces initiatives, il est désormais possible d’intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les choix de gestion relatifs aux emprunteurs des marchés émergents. Surtout, grâce à la transition progressive de ces pays vers des économies de services, il est possible de bénéficier d’un panel de sociétés intéressant, répondant à ces critères d’investissement éthique dans des secteurs diversifiés.

La prise en compte de considérations ESG conduit naturellement à sous-pondérer très fortement certains secteurs comme les valeurs industrielles, métallurgiques et minières, mais aussi certains pays, tels que la Chine, où les problèmes sociaux et de gouvernance demeurent encore souvent importants et dont l’économie reste globalement très polluante, même si les autorités se sont engagées à lutter contre cette pollution et à développer les énergies renouvelables.

On ne répétera jamais assez que l’investissement responsable n’engendre par ailleurs aucune dégradation de la performance par rapport à une gestion « classique », fondée sur des métriques purement financières. Au contraire, les performances de long terme ont même vocation à être supérieures à la moyenne car les entreprises sélectionnées répondent à des enjeux d’avenir sur des marchés en forte croissance. Autrement dit, l’attrait de l’investissement dans la dette émergente se trouve nettement renforcé par l’intégration de critères ESG.

Denis Girault , Karine Jesiolowski , 26 février

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