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Turbulences

Au lendemain de l’invasion russe, la volonté farouche des occidentaux fut de tout mettre en œuvre pour cantonner le théâtre d’intervention à l’Ukraine. Depuis, cette volonté de demeurer déconnecté du conflit a laissé la place à de multiples interventions. Sanctions économiques répétées visant à affaiblir l’économie russe et à isoler ses dirigeants...

Au lendemain de l’invasion russe, la volonté farouche des occidentaux fut de tout mettre en œuvre pour cantonner le théâtre d’intervention à l’Ukraine. Depuis, cette volonté de demeurer déconnecté du conflit a laissé la place à de multiples interventions. Sanctions économiques répétées visant à affaiblir l’économie russe et à isoler ses dirigeants, mesures de soutien à l’Ukraine sur le plan humanitaire, financier, politique et militaire. La coalition occidentale resserre les rangs - la Suède et la Finlande seraient en passe de rejoindre l’OTAN - tandis que les États-Unis affichent ouvertement leur intention d’affaiblir durablement la puissance militaire russe en fournissant des armements lourds à l’Ukraine.

Les initiatives favorisent la multiplication des parties prenantes au conflit, la contribution indirecte de nombreux sites étrangers (aéroports, gares, entrepôts …) étend, de fait, la géographie du conflit, les représailles contre la Russie entraînent une montée en puissance des moyens déployés. Tout semble mis en œuvre pour encourager un conflit plus long, plus étendu, plus dévastateur. L’humiliation qui découle de nombreux échecs subis par les troupes russes, la neutralisation d’une douzaine de généraux, la perspective d’une armée ukrainienne déjà très aguerrie et prochainement beaucoup mieux armée, la volonté américaine de déployer les moyens requis pour broyer les velléités conquérantes russes, sont autant de vexations et d’affronts qui pourraient conduire le Kremlin à adopter de nouvelles règles du jeu.

De nouvelles armes au service d’une extension du théâtre d’intervention

Des armes non conventionnelles, notamment chimiques, pourraient être utilisées pour restaurer la supériorité de la Russie. En effet, le Kremlin sait que les démocraties n’oseront pas le suivre dans cette course à la terreur. De plus, en suggérant un possible élargissement du conflit, il pourrait mettre fin à toute contribution à l’Ukraine, même passive, en provenance de pays d’Europe centrale qui – au pied du mur - préfèreront opter pour la neutralité que de risquer la guerre.

Si l’évolution de la situation demeure bien évidemment imprévisible, l’administration Biden endossera une lourde responsabilité en cas d’extension du conflit.

Le comportement actuel des Américains doit s’interpréter dans la perspective d’une probable invasion de Taïwan par la Chine continentale. L’obligation de quitter le sol de l’envahisseur quitte à abandonner des années d’investissements, s’est imposée à toutes les grandes entreprises occidentales présentes en Russie. S’appliquera-t-elle avec autant de rigueur aux entreprises occidentales présentes sur le sol chinois en cas d’annexion de Taiwan ? L’hypothèse pourrait inciter le monde corporate à repenser ses liens avec l’empire du Milieu !

La FED a remonté son taux directeur de 0,50% et commencera à réduire son bilan dès juin. Elle estime que la vigueur de l’économie américaine peut supporter sans difficulté ce coup de frein. Pourtant, les statistiques du 1er trimestre ont révélé que la productivité américaine avait chuté de 7,5% et que les coûts salariaux unitaires avaient bondi de 11,6% (les deux en rythme annualisé).

La surenchère sur les taux d’intérêt semble désormais l’apanage des banques centrales qui veulent dompter l’inflation, quel qu’en soit le prix. Pourtant remonter les taux d’intérêt ne sert pas à grand-chose dans la situation actuelle, sauf à soutenir le cours de change de la devise nationale face au dollar, dollar avec lequel sont payées les matières premières importées. Les bons résultats récents des entreprises s’expliquent surtout par une hausse des prix, liée aux tensions sur la demande au lendemain de la crise sanitaire. Les volumes, en revanche, ont peu progressé.

Une telle situation peut-elle se maintenir ? La conjonction des tensions en présence, associée à la hausse des taux d’intérêt, pourrait accélérer l’arrivée d’un ralentissement généralisé qui affectera l’ensemble de la planète. Seule cette issue permettra de résoudre les forts déséquilibres entre l’offre et la demande, à l’origine de nombreux désordres actuels.

Jacques de Panisse Passis , 13 mai

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