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Trading de CO2 : De l’eau dans le gaz ?

Avril 2006, le cours du CO2 atteint un plus haut annuel de 29 € 75 la tonne sur Powernext Carbone. Vendredi 2 février 2007, le cours a dégringolé à 2 € 02 la tonne. Que se passe-t-il sur le Marché du CO2 ?

Initié début 2005 à l’issu du protocole de KYOTO, le marché du CO2 repose sur un schéma simple : L’état impose un quota d’émissions de CO2 aux différents sites industriels les plus pollueurs. Les entreprises qui dépassent leur quota doivent acheter des droits d’émissions supplémentaires sous forme de tonnes de CO2 aux entreprises les plus vertueuses. Ce processus doit permettre de récompenser les entreprises les plus soucieuses de l’environnement en leur permettant de recevoir une manne issue de la revente de leur quota de CO2 excédentaire et en les incitant ainsi à investir dans des technologies « propres ».

L’objectif ne sera atteint qu’à une condition : Le prix de la tonne de CO2 doit rester suffisamment élevé afin de contraindre les entreprises à investir dans des technologies propres au lieu d’acheter à un tarif prohibitif des « droits à polluer ».

Dans le cas présent la chute inexorable des cours de carbone n’est pas une bonne nouvelle pour les entreprises « vertes » ...Fin avril 2006 déjà, Rhodia, réputé pour ses investissements dans les technologies propres en France et dans les pays émergents avait vu sa valeur boursière baisser de 18% pendant que les cours du CO2 chutaient de 70%. Les analystes avaient estimé que les droits d’émissions de Rhodia représentaient jusqu’à 30% de la valeur de son action ...Rien que pour ses investissements « propres » au Brésil et en Corée du sud, Rhodia reçoit à peu près 12 millions de crédit d’émissions par an qu’il pourra valoriser fin 2007. Les cours du CO2 passant de 30 € à 2 € la tonne, la manne virtuellement perçue par Rhodia est divisée par 15. L’équation est la même pour les autres entreprises qui bénéficient de permis d’émissions de CO2 dans le cadre des Mécanismes de Développement Propre (MDP) définis par le Protocole de Kyoto...Les enjeux sont importants.

Quelles sont les raisons de cette chute ? Un hiver plutôt doux qui ne contraint pas les centrales à charbon à tourner à plein régime ? La baisse du cours des matières premières ces derniers mois ? La vraie raison se trouve probablement ailleurs : La sur - allocation de quotas par l’état aux industriels. Les écologistes n’hésitent d’ailleurs pas à accuser la commission européenne et le ministère des finances d’avoir cédé au lobby industriel. Les quotas accordés aux entreprises pour la période 2005-2007 ont été trop importants. Pour Ian Pearson, ministre de l’environnement en Grande-Bretagne, les quotas excédentaires constatés en France soulèvent des questions sur la rigueur des niveaux fixés.

Pour certains traders, les prix du marché au comptant ne sont plus significatifs, et il faut d’ores et déjà se tourner vers la seconde phase, qui débutera en 2008. Le marché Futures, échéance Décembre 2008 est également à la baisse mais dévisse beaucoup moins que le marché spot. Les marchés sont dans l’attente des quantités de quotas qui seront alloués aux industriels pour la période 2008-2012. Les prix devraient remonter d’autant plus que la pénurie sera cette fois ci organisée. Le rapport Stern, le film « Une Vérité qui dérange » de Al Gore, la conférence du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) et le rapport de la banque Lehman Brothers la semaine dernière posent la question du réchauffement climatique et militent directement ou indirectement pour une réduction des quotas d’émissions de CO2.

Certaines institutions ont déja anticipé la tendance. Société générale et Rhodia ont crée en octobre 2006 une joint-venture dénommée ORBEO, combinant l’expertise de la Société Générale en banque d’investissement et l’offre en unités de réductions d’émissions certifiées (CER) [1] de Rhodia. ORBEO veut rapidement devenir un acteur majeur du Marché du carbone en assurant la liquidité grâce aux 100 millions de CER générés par Rhodia et en proposant des opérations sur mesure aux vendeurs et acheteurs d’instruments liés au CO2.

BNP Paribas de son côté a crée il y a quelques mois une équipe carbone, composée de quatre experts, qui gère pour une large clientèle d’institutionnels et d’entreprises internationales le trading mondial du carbone, la gestion des risques environnementaux et les services financiers associés. BNPP a également signé en novembre deux nouveaux contrats pour l’achat de CER, soulignant son engagement à soutenir le trading de certificats d’émission de carbone.

Le groupe EDF a lancé en décembre dernier un Fonds Carbone afin d’optimiser sa gestion des permis d’émission de CO2 et renforcer ainsi sa capacité à assurer ses engagements environnementaux dans des conditions économiques optimales. Le fonds a pour objectif le soutien aux projets de réduction d’émission de gaz à effet de serre dans les pays émergents (Asie, Amérique du Sud...) dans le cadre des MDP et de bénéficier de permis d’émissions de CO2. Le Fonds Carbone d’EDF associe EDF SA et l’ensemble de ses entités européennes (EDF Energy au Royaume-Uni, Edison en Italie, EnBW en Allemagne et EDF Trading) qui disposeront des permis d’émission obtenus. Avec une capacité d’achats de près de 300 Millions d’euros, le Fonds Carbone d’EDF se positionne d’emblée parmi les acteurs majeurs du secteur. La gestion de ce fonds est confiée à EDF Trading qui développe et négocie les contrats d’achat de crédits carbone. EDF Trading gère déjà plus de 30 projets de MDP dans le monde.

Au vu des moyens déployés par les grands établissements financiers en France et à l’étranger, même si le marché du CO2 connaît actuellement un trou d’air, il y a fort à parier qu’il décollera « à plein gaz » dans les mois à venir...

F.Y , Février 2007

Notes

[1] Les CER sont des instruments commercialisables de réglementation internationale, crées dans le cadre du Protocole de Kyoto et qui proviennent de projets visants à réduire les émissions de carbone dans les pays en voie de développement. Ils peuvent être utilisés par les gouvernements cherchant à remplir les obligations du Protocole de Kyoto ainsi que par des entreprises soumises aux règlements nationaux et régionaux comme le Système d’Echanges de Quotas de l’Union Européenne.

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