›  Opinion 

Selon AllianzGI, au 2ème semestre il faudra être sélectif pour naviguer un environnement toujours plus volatil

Le contexte macroéconomique s’est considérablement dégradé ces derniers mois, conséquence d’une inflation toujours plus forte, de la politique Zero Covid menée par la Chine et de l’invasion de l’Ukraine par les forcées armées russes. Les institutions multilatérales et les banques centrales ont revu leurs perspectives de croissance à la baisse, et celles de l’inflation à la hausse pour 2022.

Ce nouvel environnement maintient la pression sur les banques centrales. De fait, celles-ci doivent rattraper leur retard face à une hausse des prix qu’elles ont mal anticipées, afin de contrer les risques de désancrage des anticipations d’inflation. Le risque est toutefois de plonger les économies en récession en resserrant trop vite les conditions financières. Après avoir longtemps tergiversé, la Réserve fédérale américaine a finalement augmenté ses taux de 75pb en juin, une ampleur jamais vue depuis 1994, et indiqué potentiellement envisager une hausse d’une même ampleur en juillet. Mais Jerome Powell, son président, a dû reconnaître la possibilité d’une contraction de l’économie et la difficulté de parvenir à un atterrissage en douceur.

La Banque centrale Européenne a de même entamé un resserrement de sa politique monétaire, avec une première hausse de taux prévue en juillet. Mais elle est handicapée dans sa capacité à relever les taux par l’impact négatif qu’un durcissement des conditions financières aurait sur les pays aux finances publiques les plus fragilisées.

« Les deux banques centrales ont perdu de leur crédibilité. En affaiblissant la portée de sa forward guidance, la Fed prend le risque d’entretenir une volatilité forte sur des marchés dont les yeux vont être encore plus rivés sur l’évolution de l’inflation. Toute nouvelle surprise sur une inflation plus élevée qu’anticipée participera à alimenter une pression haussière sur les taux », commente Franck Dixmier, Global CIO Fixed Income d’AllianzGI. « Coté BCE, les marchés ont entendu son message, mais pour combien de temps ? Sa communication sur son nouvel anti-fragmentation en juillet sera cruciale ».

Le choc sur les obligations, le plus important depuis 30 ans, a été violent et a touché l’ensemble de la classe d’actifs. La trajectoire de l’inflation et donc des taux à plus long terme, combinée au changement d’orientation des Banques Centrales, pèse sur l’appétit pour le Fixed Income.

« Le risque d’erreurs de politique monétaire, qui génère des craintes de récession pour la fin 2022, ne peut être écarté. Tant qu’il n’y aura pas une plus grande visibilité sur l’évolution des taux core, l’appétit pour les actifs risqués aura du mal à revenir en zone euro » souligne Franck Dixmier, Global CIO Fixed Income d’AllianzGI. « Toutefois, la rehiérarchisation des spreads redonne du rendement à certains actifs obligataires ».

Nos perspectives pour les marchés du Crédit

Le resserrement des politiques monétaires des banques centrales et la dégradation de l’environnement macroéconomique pèsent sur le marché du crédit. Après la récente hausse des rendements et des spreads, nous estimons que ce contexte est déjà inclus dans les prix. Les fondamentaux des émetteurs restent solides au vu des résultats du 1er trimestre. Mais l’impact de la hausse des coûts des intrants sur les marges des entreprises devrait se matérialiser dans les résultats du 2ème trimestre et au-delà. Le taux de défaut devrait remonter, mais rester inférieur à sa moyenne historique en raison de l’absence de besoin élevé de refinancement avant 2024.

« Il reste de la valeur dans le marché, mais il faut pouvoir se forger une conviction forte sur la solidité de l’entreprise et donc disposer d’une forte capacité d’analyse. Nous favorisons plutôt les obligations Investment Grade que High Yield. Nous privilégions les émetteurs les plus solides et les moins cycliques, tels que la pharma, le cable et l’emballage, explique Vincent Marioni, Directeur des investissements Crédit d’AllianzGI. La volatilité et la dispersion du marché européen du crédit vont rester élevées, ce qui devrait favoriser la gestion active ».

Nos perspectives pour les marchés Actions

La baisse des marchés actions, débutée en 2021, s’est accélérée en corrélation avec celle du marché du crédit. Le derating est en cours, dans un contexte de remontée des taux qui contribue également à l’explosion des bulles accumulées ces dernières années dans certains secteurs, notamment celui des valeurs technologiques non rentables.

Les marges des entreprises sont historiquement élevées. Mais, avec la hausse du coût des intrants, le verdissement des modèles d’affaires et les revendications salariales, elles sont sous pression. Par ailleurs, le phénomène de re-régionalisation, conséquence des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement et de la volonté des entreprises de réduire leur dépendance à la Chine, conduit celles-ci à reconstituer leurs stocks, ce qui a un coût en termes de besoin de fonds de roulement. Les résultats du premier semestre cet été seront particulièrement parlants.

Tant qu’il n’y aura pas de retour à l’équilibre sur les marchés obligataires et de baisse de l’inflation, les marchés actions devraient rester volatils, et plutôt à la baisse. Seuls les secteurs de l’énergie et des matières premières sont orientés positivement grâce à une forte révision en hausse de leurs perspectives bénéficiaires 2022. En revanche, l’industrie grande consommatrice d’énergie souffre, tout comme le secteur de la consommation.

« Le retour à l’actionnaire et un environnement de taux d’intérêt réels négatifs restent des amortisseurs pour les marchés actions. Nous privilégions les secteurs liés à la digitalisation de l’économie, vecteur d’investissements, ainsi que les sociétés liées à la transition énergétique », explique Catherine Garrigues, Directrice de la gestion Actions Europe, Stratégie Conviction, d’AllianzGI. « Au second semestre, le stock picking sera de mise. Il faudra regarder valeur par valeur, analyser leurs marges et potentiel de croissance, et être très discriminant. »

Next Finance , 29 juin

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Opinion Chine : le pays le plus radical dans la lutte contre le changement climatique ?

Avec plus d’efforts à déployer et moins de temps à sa disposition, la Chine pourrait s’imposer comme l’un des leaders mondiaux de la lutte contre le changement climatique. L’analyse d’Anastasia Petraki, Responsable de la recherche en politiques chez (...)

© Next Finance 2006 - 2022 - Tous droits réservés