Reste-t-il du potentiel sur les marchés du Crédit ?

Alors que l’on parle de plus en plus de la fin des politiques exceptionnellement accommodantes des Banques centrales à travers le monde, et notamment en Europe, que faut-il penser des niveaux de valorisation et des perspectives des marchés du crédit corporate ? Éclairage de Julien Rolland, Gérant obligations souveraines euro, et Alban Tourrade, Responsable de la gestion crédit euro, chez Aviva Investors France.

Pouvez-vous nous indiquer quelle est l’analyse d’Aviva Investors France sur les niveaux actuels des taux d’intérêt ?

Julien Rolland - Nous arrivons à un point d’inflexion pour les politiques monétaires, où les Banques centrales des pays développées sont vouées à diminuer le soutien exceptionnel mis en place pour contrer les effets de la crise sanitaire à mesure que les économies rebondissent. Les fortes pressions inflationnistes, quoique transitoires selon nous, sont susceptibles de mener à un resserrement monétaire qui pourrait affecter la croissance.

En conséquence, les taux d’intérêt ont globalement entamé un rebond depuis la fin de l’été, et devraient continuer à progresser lors des prochains mois si la croissance reste bien orientée. Toutefois, l’incertitude autour des perspectives macroéconomiques et des décisions des Banques centrales devrait entretenir la nervosité sur les marchés de taux, déjà observée lors des dernières semaines.

Quelles sont les conséquences sur le marché du crédit ?

Alban Tourrade - Afin de parler des conséquences des niveaux actuels des taux d’intérêts, il faut bien différencier les marchés des obligations d’entreprises notées « Investment Grade » [1] et les catégories Haut Rendement1 (« High Yield »). Si les deux marchés ont directement et indirectement bénéficié de la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne (BCE) au cours des 18 derniers mois, leurs performances depuis le début de l’année sont bien différentes. En effet, les obligations d’entreprises notées « Investment Grade » sont beaucoup plus sensibles à la remontée des taux que celles notées Haut Rendement.

Sur les premières, les « spreads » [2] de crédit ont continué de baisser. Cependant, cette baisse des spreads n’a pas compensé l’impact de la remontée des taux, entrainant une performance négative de cette catégorie depuis le début de l’année.

Sur le marché des obligations notées Haut Rendement, les « spreads » ont également significativement diminué. Ce marché a bénéficié de la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne, mais également d’anticipations de taux de défaut historiquement faibles. A cela s’ajoute l’attrait des investisseurs pour cette classe d’actifs continuant d’offrir des potentiels de rendement positifs et une plus faible sensibilité au risque de hausse des taux que le crédit « Investment grade ».

Quelles sont les perspectives sur l’univers crédit au sens large ?

Alban Tourrade - Encore une fois, nous devons différencier les marchés des obligations d’entreprises notées « Investment Grade » et les catégories Haut Rendement, notre préférence restant actuellement sur ce dernier segment de marché.

En effet, les « spreads » de crédit sont à des niveaux historiquement bas. Ce marché est donc devenu très dépendant du niveau des taux. Si les taux devaient continuer de remonter, la performance du marché du crédit « Investment Grade » devrait en pâtir encore.

Sur le marché du Haut Rendement, nous pensons que la volatilité3 va augmenter au fur et à mesure que nous nous rapprocherons de la fin de l’assouplissement monétaire des Banques centrales. Cependant, nous estimons que les taux de défaut resteront bas et que le rendement potentiel de cette classe d’actif reste très attractif, comparativement à celui de toutes les autres classes d’actifs obligataires.

De notre point de vue, plus la gestion des fonds crédit sera flexible et pourra s’écarter d’un indice de référence trop strict, plus l’espérance de performance sera élevée. La volatilité [3] des marchés ne peut qu’augmenter selon nous, l’important sera donc l’agilité dont fera preuve la gestion pour capter le surplus de rendement potentiel du marché.

Next Finance , Novembre 2021

Notes

[1] Les obligations spéculatives à « Haut rendement », ont une note de crédit (de BB+ à D selon Standard & Poor’s et Fitch) plus faible que les obligations « Investment Grade » (notées de AAA à BBB- selon Standard & Poor’s et Fitch) en raison de la santé financière plus fragile de leurs émetteurs selon les analyses des agences de notation. Elles sont donc considérées comme plus risquées par les agences de notation et offrent en contrepartie des rendements plus élevés.

[2] Ecart de rendement avec les obligations d’Etat considérés comme moins risquées

[3] La volatilité correspond au calcul des amplitudes des variations du cours d’un actif financier. Plus la volatilité est élevée, plus l’investissement sera considéré comme risqué.

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