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Résister aux turbulences qui agitent les marchés émergents

La dégradation des relations entre la Turquie et les États-Unis a provoqué une correction brutale des actifs turcs et a mis en lumière certaines faiblesses économiques telles que le lourd fardeau de la dette extérieure et l’inflation galopante. La plupart de ces problèmes sont propres à la Turquie et pourtant...

La dégradation des relations entre la Turquie et les États-Unis a provoqué une correction brutale des actifs turcs et a mis en lumière certaines faiblesses économiques telles que le lourd fardeau de la dette extérieure et l’inflation galopante. La plupart de ces problèmes sont propres à la Turquie et pourtant, d’autres marchés émergents ont subi des retours de flamme. Nous restons prudents vis-à-vis des pays confrontés à de hauts niveaux d’endettement et à un ralentissement de la croissance et nous privilégions les pays bénéficiant de fondamentaux solides comme les pays émergents d’Asie. Le regain d’incertitude macroéconomique, la remontée des taux d’intérêt et la hausse du dollar ont provoqué un léger resserrement des conditions de financement partout dans le monde. Cela a mis en lumière certaines faiblesses qui, jusqu’à présent, avaient été masquées par l’abondance de liquidité mondiale. Les pays qui empruntent sur les marchés pour financer leur croissance et un déficit courant important, à l’instar de la Turquie et de l’Argentine, ont été les plus durement touchés, comme le montre le graphique ci-dessus. Les monnaies des deux pays se sont dépréciées de plus de 40% face au dollar depuis le début de l’année. Pour autant, la Turquie et l’Argentine sont des cas à part parmi les marchés émergents. De nombreux autres marchés émergents, notamment en Asie, affichent une situation plus saine et voient le solde de leur compte courant s’améliorer. Par ailleurs, nous pensons que les réformes structurelles engagées par la Chine et l’Inde devraient permettre à ces pays de prendre le chemin d’une croissance économie plus durable.

A l’est toute

Les investisseurs se sont rendus compte de la faiblesse des fondamentaux de la Turquie, devenue manifeste au fil des ans, et se sont hâtés de dénouer leurs expositions au pays après la dégradation des relations entre Ankara et les États-Unis. Les déboires de la Turquie ont mis en lumière le danger que représente la pratique consistant à financer sa croissance au moyen de la dette extérieure. Nous pensons que cette faiblesse pourrait persister car les marchés doutent de la capacité de la Turquie à prendre les mesures qui s’imposent pour régler ces problèmes sous-jacents.

L’érosion de la confiance à l’égard des marchés émergents est indéniable. Les monnaies des pays émergents, notamment celles des pays qui empruntent massivement en dollars, ont fortement dévissé. Les sorties de capitaux des fonds actions et des fonds obligataires ont repris, d’après EPFR.

Les piètres performances des actions et des obligations en 2018, après deux années fastes, ont sapé l’appétit des investisseurs. Certains actifs refuges offrent désormais des rendements réels positifs et les investisseurs entrevoient des perspectives plus encourageantes sur des marchés comme les États-Unis. Si les dernières sanctions américaines à l’encontre de la Russie venaient à se faire durement sentir, cela pourrait saper davantage la confiance envers les marchés émergents.

Toutefois, nous pensons que le risque d’une contagion économique ou financière aux autres régions est faible car plusieurs des difficultés auxquelles la Turquie est confrontée sont uniques. La proximité géographique de la Turquie avec l’Europe a fait naître des inquiétudes sur l’impact d’une contraction de l’économie turque sur le vieux continent. La Turquie représente environ 3% des exportations de la zone euro, ce qui correspond à moins de 1% du PIB de la zone euro, selon le FMI. Les prêts bancaires turcs représentent une fraction infime des prêts bancaires de la zone euro. Les valeurs turques représentent moins de 1% de l’indice actions MSCI EM. Par ailleurs, nous pensons que la forte croissance des bénéfices et les valorisations globalement attractives des actions des marchés émergents compensent les risques y afférents. La forte croissance des marchés développés continue à soutenir les économies émergentes.

La perspective de turbulences sur les marchés montre à quel point il est important de constituer des portefeuilles résilients, ce qui constitue un thème central de notre publication Perspectives d’investissement mondiales pour le 2ème semestre.

Nous recommandons aux investisseurs de s’exposer uniquement aux marchés jouissant de fondamentaux solides et aux entreprises affichant des bilans sains.

Les responsables politiques chinois devraient bientôt prendre des mesures pour doper la croissance. Les valeurs chinoises et indiennes font partie des actions que nous privilégions parmi les pays émergents d’Asie. Nous adoptons un positionnement neutre sur la dette émergente, et privilégions la dette libellée en monnaie forte à celle libellée en monnaie locale.

Isabelle Mateos y Lago , Août 2018

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