Quelles sont les conséquences de la hausse des prix du pétrole sur les marchés boursiers ?

Le prix du baril de pétrole ressort depuis quelques semaines à un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis de nombreuses années. Cette hausse peut avoir différentes conséquences sur les marchés boursiers. Je pense que les investisseurs doivent se préparer à ce que les cours subissent une pression indirecte.

Le prix du baril de pétrole ressort depuis quelques semaines à un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis de nombreuses années. Cette hausse peut avoir différentes conséquences sur les marchés boursiers. Je pense que les investisseurs doivent se préparer à ce que les cours subissent une pression indirecte. Le prix du pétrole peut en effet avoir une incidence sur certains secteurs et segments du marché. Je pense toutefois que les possibles effets indirects, qui peuvent prendre différentes formes, sont plus importants.

Pourquoi le prix du pétrole augmente-t-il ?

Le prix du pétrole dépend de plusieurs facteurs. Je vais me limiter ici à ceux qui apparaissent les plus importants depuis quelque temps. Le premier facteur est la décision qu’ont récemment pris les États-Unis de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien. L’Iran ne pourra plus vendre de pétrole aux entreprises américaines et le gouvernement américain incite dans le même temps les entreprises de l’Union européenne à cesser d’acheter du pétrole iranien. L’Iran pourrait donc ne plus guère trouver de clients pour son pétrole, ce qui entraînerait une diminution de l’offre sur le marché mondial et une hausse des prix. Le second facteur est l’aggravation de la crise que connaît actuellement le Venezuela et qui a provoqué une nouvelle baisse de sa production de pétrole. Selon l’OPEP, en mars 2018, la production du pays, d’environ 1,4 million de barils par jour, était aussi basse qu’il y a 30 ans. Elle diminue depuis plus d’un an, alors que le pays s’enlise toujours plus dans la corruption, avec des infrastructures qui périclitent, une inflation record et des dettes considérables impossibles à honorer.

Compte tenu de la réélection du président Nicolas Maduro le 20 mai dernier, je pense que la situation du Venezuela risque de se détériorer encore davantage. Cela pourrait s’avérer particulièrement problématique, le pays détenant une très grande part des réserves pétrolières mondiales.

Quelles sont les conséquences pour les marchés boursiers ?

Pour répondre à la question, je crois que le mieux est d’examiner ce qui s’est déjà produit par le passé, dans des situations comparables. La corrélation entre prix du pétrole et cours des actions mondiales a beaucoup varié ces dernières décennies. Elle a parfois été positive, parfois négative – et au cours des trois dernières années, elle a été quasiment inexistante [1]. J’en conclus qu’elle n’est ni très marquée ni universelle. Cela signifie aussi que les investisseurs ne doivent pas supposer qu’un prix du pétrole plus élevé est nécessairement mauvais pour les marchés boursiers. Ce qui s’est passé en 2010 en est un bon exemple. Le prix du pétrole avait alors augmenté d’environ 15 %, le baril du brut West Texas Intermediate passant de 78 USD en janvier 2010 à 89 USD en décembre. La même année, l’indice MSCI All Country World a progressé de 12,67 % [2]. Cela peut s’expliquer par le fait que les cours des actions sont déterminés par de nombreux facteurs différents, notamment la politique monétaire, qui peut avoir une très forte incidence.

On observe en revanche une corrélation beaucoup plus nette entre le prix du pétrole et certains secteurs et segments du marché - en particulier ceux de l’énergie et des transports. Les actions des pays importateurs de pétrole pâtissent en outre souvent davantage d’une hausse des prix du baril, alors que celles des pays exportateurs en bénéficient [3].

Dans le même temps, un prix du pétrole très élevé peut exercer une très forte pression sur les ménages à revenu faible et moyen et peut par conséquent avoir une incidence sur le secteur cyclique de la consommation.

Cependant, les effets indirects sur les marchés boursiers - et l’économie dans son ensemble - pourraient s’avérer beaucoup plus importants et de nature différente. La Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait être contrainte de relever plus rapidement les taux d’intérêt en raison de la hausse des prix du pétrole. On sait que la Fed, pour décider du moment où elle resserre sa politique monétaire, se fonde sur l’inflation sous-jacente, qui ne prend pas en compte les prix des produits alimentaires et de l’énergie, et non sur l’inflation totale. C’est pourquoi, selon certains observateurs, la hausse des prix du pétrole pourrait ne pas avoir d’impact majeur sur l’indicateur retenu par la Fed. Celui-ci peut tout de même subir les conséquences d’une telle augmentation, et c’est ce qui produira, comme l’a d’ailleurs confirmé la Fed elle-même [4] : « Les fluctuations des prix du pétrole ont des effets limités mais persistants sur l’inflation sous-jacente » a-t-elle indiqué dans un communiqué publié en 2017. En entraînant une hausse de l’inflation sous-jacente, qui est alimentée par d’autres éléments inflationnistes tels que la croissance des salaires et les droits de douane imposés sur l’aluminium et l’acier par exemple, l’augmentation des prix du pétrole pourrait conduire la Fed à relever les taux d’intérêt de manière agressive. Cela pèserait sur l’économie et sur les cours des actions.

Ces effets ne se feraient sentir toutefois qu’après un temps très long et, comme ils restent de surcroît habituellement limités, je ne pense pas qu’ils représentent un réel motif d’inquiétude à court terme. C’est toutefois un scénario que nous ne pouvons pas totalement ignorer.

Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole pourrait aussi avoir des répercussions sur le rendement des bons du Trésor américains à 10 ans. On a observé l’an dernier une corrélation positive entre le prix du pétrole et ce rendement. Celui-ci est en effet considéré comme un baromètre de la croissance mondiale et des prévisions d’inflation. Compte tenu de l’effet inflationniste de la hausse des prix du pétrole, le rendement des bons du Trésor à 10 ans devrait continuer à progresser tant que la croissance mondiale restera solide. Si ce rendement dépasse les principaux indices et exerce des pressions sur les valorisations, les marchés boursiers pourraient subir une correction. Comme l’a annoncé le Fonds monétaire international (FMI) en janvier, « le niveau très élevé de valorisation des actifs et celui, très bas, des primes d’échéance pourraient se traduire par une correction des marchés financiers. Cela pourrait compromettre la croissance et le sentiment du marché ». Cette même tendance a été observée au cours des derniers mois, lorsque le rendement des bons du Trésor à 10 ans a une fois encore dépassé les indices, provoquant la chute du cours des actions.

À retenir

À court terme, je ne serais pas surprise que la hausse des prix du pétrole continue d’exercer une pression haussière sur le rendement des bons du Trésor à 10 ans et provoque une nouvelle correction des marchés boursiers. Cependant, je pense également que l’augmentation de la production de pétrole aux États-Unis compensera en partie l’affaiblissement de l’offre en provenance d’Iran et du Venezuela, avec un certain retard toutefois. Je crois aussi que les fondamentaux des marchés restent solides ce qui devrait soutenir les actions si une chute des cours intervenait à la suite de l’augmentation du rendement des bons du Trésor à 10 ans. Aussi les investisseurs devraient-ils être prêts à faire face à des fluctuations plus importantes sur les marchés boursiers.

Kristina Hooper , 31 mai

Notes

[1] Source : Bloomberg, L.P.

[2] Source : MSCI en dollars US

[3] Source : US Energy Information Administration, « Oil Prices and Stock Markets » document de recherche, Stavros Degiannakis, George Filis et Vipin Arora, juin 2017

[4] Source : FEDS Notes, Cristina Conflitti et Matteo Luciani, octobre 2017

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