Même Warren Buffett s’adapte

Je vous parle souvent des stratégies d’investissement actives, passives ou même mixtes (comme en début de semaine avec le 60/40) et de leur évolution au fil des années. Aujourd’hui je vous montre que même les investissements qui semblaient immuables comme ceux de Warren Buffett à travers Berkshire Hathaway ont dû s’adapter face à l’évolution technologique, les modifications politiques et la crise du coronavirus. Synthèse et analyse.

a. Les faits

Warren Buffet est probablement l’investisseur le plus connu au monde. Il est particulièrement connu pour sa méthode d’investissement par la valeur. Cette méthode, dont le principe est d’acheter une action sousévaluée, a été développée par son mentor Benjamin Graham.

Ce dernier recherchait des entreprises dont les actions se vendaient à 50% de leur valeur fondamentale. Il conservait ensuite ces titres et si l’action n’avait pas augmenté au bout de 2 ans, il les revendait.

Warren Buffet a cependant fait quelque peu évoluer cette stratégie en choisissant les entreprises-cibles selon 3 modèles et méthodes :

  • Vendre un produit unique. Ce sont des entreprises qui ont gravé leur nom dans l’esprit de la population. Elles n’ont pas besoin de changer leurs produits et disposent d’un pricing power important.
  • Fournir un service unique. Ces entreprises fournissent des services dont les gens ont besoin et pour lesquels ils sont prêts à payer.
  • Acheter à bas prix et revendre un produit ou un service dont le public a besoin en permanence. Les fournitures sont revendues à des prix concurrentiels, ce qui attire le client et génère des revenus substantiels.

L’investisseur se focalise ensuite sur 3 éléments du rapport financier des entreprises : les comptes de résultats, le bilan comptable et le flux de trésorerie. Enfin, en terme de timing, le meilleur moment pour acheter une action est lorsque le marché est baissier.

En ce qui concerne la vente, Warren Buffett conserve ses actions tant que les entreprises possèdent un avantage compétitif ou s’il a besoin d’argent pour un autre investissement plus performant. L’investissement à long terme étant la stratégie à privilégier. Depuis 1965, l’action Berkshire Hathaway a gagné près de 2’744’000%. (https://www.berkshirehathaway.com/l...)

Ça c’est la théorie. Aujourd’hui beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la stratégie immuable de l’oracle d’Omaha a bien changé…

b. Les fondamentaux ont changé

Alors que la pandémie du coronavirus a changé plusieurs fondamentaux économiques, Warren Buffet, malgré ses 90 ans, a aussi su s’adapter rapidement ces derniers mois.

  • L’or n’est plus maudit

En 2012, alors que beaucoup préféraient investir dans l’or face à l’instabilité des marchés, le milliardaire américain, expliquait pourquoi, selon lui, l’or n’était pas le meilleur investissement. Il affirmait entre autres que l’or ne produisait rien.

Contrairement à d’autres investissements, il estimait que le métal jaune ne fournissait pas de dividendes. En achetant une once d’or physique, elle ne rapporte rien jusqu’à ce que l’on décide de la revendre. En attendant, les investisseurs immobilisent des capitaux dans un coffre de banque sans participer à l’économie.

Aujourd’hui la vision de Warren Buffet semble quelque peu avoir changé… En effet, ce dernier a annoncé il y a peu, un investissement de plus d’un demi-milliard de dollars de titres de Barrick Gold au deuxième trimestre. La question est de savoir si l’investisseur a cédé au rallye haussier du métal jaune ou s’il se « protège » (hedge) face à un risque de baisse.

Si l’investissement n’est pas énorme pour une entreprise comme le conglomérat de Warren Buffett, il devient tout de même le 11e plus grand actionnaire de Barrick Gold selon des données de FactSet.

  • La technologie n’est pas encore mature

Alors que Warrent Buffett a toujours répété qu’il ne fallait pas investir dans les industries que l’on ne comprenait pas et plus particulièrement dans les valeurs technologiques à forte croissance (il a d’ailleurs refusé de participer à l’IPO de Google en 2004 en restant sur ses investissements « value »), son manque d’appétit pour ce type de valeur a expliqué, en partie, la sous-performance de Berkshire Hathaway en 2019 (malgré ses participations tardives dans Apple et Amazon notamment).

Ceci semble avoir changé depuis puisque Warren Buffet a notamment annoncé il y a peu qu’il allait prendre une participation dans l’IPO Snowflake (actif dans le cloud (nuage)) d’environ 750 millions de dollars. Signalons ici que l’entreprise américaine (cotée mercredi 16 septembre en bourse) n’a jamais annoncé de profits et a connu des pertes nettes au premier semestre 2020 de 171.3 millions de dollars.

Quel changement de paradigme tout de même pour quelqu’un qui affirmait qu’il n’investirait jamais dans les introductions en bourse.

  • Les Etats-Unis ne sont pas son seul terrain de jeu

Simultanément à cette prise de participation dans Barrick Gold, Berkshire Hathaway a nettement réduit son investissement sur les valeurs bancaires américaines, qu’il avait pourtant défendu bec et ongle. Les participations du conglomérat dans Wells Fargo et JPMorgan Chase ont chuté de plus de 3 milliards de dollars chacune au cours du deuxième trimestre.

La société a également dissous sa participation dans Goldman Sachs qui valait environ 300 millions de dollars à la fin du premier trimestre. Berkshire a également vendu des actions de la Bank of New York Mellon Corp, de la M&T Bank Corp et de PNC Financial Services Group Inc, entre autres.

Parallèlement à cela, le coronavirus l’a forcé à se défaire de ses participations dans les compagnies aériennes américaines. Si aujourd’hui, Warren Buffett, martèle qu’il ne faut pas parier contre les Etats-Unis, il ne semble pas prendre sa devise à la lettre.

Récemment, cependant, il a acheté des participations de 5% dans cinq maisons de courtage japonaises (Itochu, Marubeni, Mitsubishi, Mitsui & Co. et Sumitomo) pour une valeur d’environ 6,63 milliards de dollars. Ces participations pourraient atteindre 9,9 %, soit près du double du montant investi.

En outre, le conglomérat d’investissement de Warren Buffett a émis pour la première fois des obligations en yens japonais. Cette initiative a été considérée comme une diversification en dehors de son pays d’origine et une tentative de se prémunir contre la dépréciation du dollar.

c. Synthèse

La gestion de Berkshire Hathaway n’est qu’un exemple parmi d’autres qui nous prouve une nouvelle fois qu’il faut en tout temps s’adapter en fonction de la situation. Il n’est jamais trop tard pour tourner sa veste, même à 90 ans…

John Plassard , 21 septembre

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