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Marchés financiers : est-il raisonnable de danser sur un volcan ?

« Est-il raisonnable de danser sur un volcan » ? C’est cette analogie que l’équipe de Swiss Life Asset Managers a retenue pour interroger les risques pesant sur l’économie mondiale et l’orientation des marchés financiers.

Les incertitudes macroéconomiques et la baisse inexorable des taux d’intérêt imposent, plus que jamais, une réflexion sur la préservation des rendements et le pilotage de l’exposition aux risques.

En toile de fond de l’économie mondiale, les indicateurs conjoncturels attestent d’un ralentissement marqué de l’activité depuis mi-2018. Le secteur industriel et les pays développés sont en première ligne de ce ralentissement économique accentué par l’escalade du conflit commercial sino-américain.

« Au global et à ce stade, il faut bel et bien parler d’un ralentissement économique, sans effondrement, et qui ne constitue pas un détonateur pour un retournement de la croissance » précise Eric Bourguignon, Membre du Directoire de Swiss Life Asset Managers France.

Le risque de récession est à écarter aux Etats-Unis… pas en Allemagne

Aux Etats-Unis, l’environnement demeure porteur et la consommation ne faiblit pas. Les créations d’emplois conservent leur rythme, les salaires évoluent et le moral des ménages (comme leur bilan) reste solide selon les enquêtes de conjoncture. Un bémol, néanmoins : le passage furtif de la pente de la courbe de taux américaine en territoire négatif, a fait émerger le spectre d’une récession dans l’esprit des investisseurs. « Tant que le principal moteur de la croissance américaine, la consommation, résiste, le risque de récession aux Etats-Unis est écarté » nuance Eric Bourguignon.

En Chine, le rythme de croissance du PIB est au plus bas depuis 27 ans, à 6,2% sur un an (au second trimestre 2019). La guerre sino-américaine est intervenue alors que le commerce extérieur et la demande intérieure affichaient déjà des signes de fébrilité. « Les exportations, un des piliers de la croissance chinoise, décrochent. Les importations reculent, traduisant le fort ralentissement de la demande intérieure ». Dans ce contexte, le pouvoir chinois a multiplié les mesures de soutien, entre assouplissement monétaire par la banque centrale, destiné à relancer l’octroi de prêts et stimuler l’économie, et assouplissement budgétaire.

De son côté, la zone euro subit aussi une baisse de régime. Le secteur exportateur est particulièrement exposé au marasme industriel mondial et aux tensions commerciales. La baisse des gains de productivité limite le potentiel de croissance de la zone euro.

« A 1,2% sur un an, la croissance du PIB européen a retrouvé un rythme normalisé, plus en ligne avec les fondamentaux de la région » constate Eric Bourguignon.

L’Allemagne est le pays le plus sensible au ralentissement, en témoigne le recul du PIB national au deuxième trimestre. « Le pays s’approche d’une récession technique, pénalisé par le reflux de l’activité industrielle et des exportations vers la Chine ».

Marchés actions : une approche défensive et protectrice

Pour les investisseurs, ces incertitudes macroéconomiques et la baisse inexorable des taux d’intérêt imposent plus que jamais, une réflexion sur la préservation des rendements et le pilotage de l’exposition aux risques.

Sur les marchés actions, les niveaux de valorisation commencent à se tendre par rapport à leur moyenne des dix dernières années. Les bénéfices des entreprises ont atteint des niveaux records aux Etats-Unis depuis 2009, alors qu’ils stagnent sur le long terme en Europe.

« La valorisation des actions européennes est davantage liée aux fluctuations des marchés qu’à la progression des bénéfices. Aux Etats-Unis, il faut s’interroger sur la constitution des bénéfices puisque les entreprises ont profité de cadeaux fiscaux considérables sous le mandat de Donald Trump. On peut raisonnablement penser que sans ce coup de pouce, la dynamique récente des bénéfices serait plus proche de la stagnation à l’œuvre en Europe » explique Jaimy Corcos, Gérant de portefeuilles Actions.

Aujourd’hui la recrudescence de pics de volatilité, plus violents, constitue l’un des principaux risques identifiés par l’équipe de Swiss Life Asset Managers. Les investisseurs semblent plus sensibles à chaque newsflow pouvant se traduire par des retraits de capitaux et de brusques mouvements baissiers.

« Compte tenu de ces facteurs, nous continuons de privilégier les stratégies actions dites ‘minimum variance’ permettant de réduire la volatilité, notamment en comparaison à celle des indices boursiers, et d’amortir les chocs de marché. Ce type d’approche défensive constitue une bonne alternative pour conserver une exposition aux actions tout en contrôlant rigoureusement le risque » précise-t-il.

Les obligations High Yield rémunèrent-elles encore le risque ?

L’enjeu du couple rendement-risque est tout aussi important, aujourd’hui, sur les marchés obligataires. Le segment des obligations d’entreprises High Yield n’échappe pas à la problématique : avec des rendements toujours plus bas, le risque est-il encore rémunéré ?

« Les rendements des titres High Yield européens et américains sont revenus à leurs niveaux antérieurs à la correction de fin d’année 2018. Les politiques accommodantes de la Fed et de la BCE ont accentué la baisse des rendements ces derniers mois » observe Edouard Faure, Responsable de la Gestion High Yield. Parallèlement à ce mouvement baissier, une augmentation de la proportion de titres « distressed » au sein des indices High Yield a été constatée récemment, preuve d’une détérioration de la qualité de crédit de certains émetteurs.

« La quête d’une juste rémunération du risque exige d’être hautement sélectif dans le choix des titres. Nous estimons qu’il existe encore des opportunités sur certains titres notés ‘B’ et libellés en euro, qui se distinguent par une prime de risque historiquement élevée, à 280 points de base, en comparaison à leurs pairs européens notés ‘BB’. De plus, leur prime est aussi attrayante par rapport aux titres ‘B’ américains » juge Edouard Faure.

Au regard des séquences de volatilité et des opportunités offertes par les différents mouvements de « re-pricing » sur le segment High Yield, l’équipe de Swiss Life Asset Managers reste convaincue de l’attrait des solutions d’investissement à échéance. Le dernier fonds en date conçu par l’équipe, SLF (F) Opportunité High Yield 2023, est encore ouvert aux souscriptions. Ses encours sous gestion s’élèvent à 134 millions d’euros.

Next Finance , 5 novembre

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