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Les marchés monétaires sous un nouveau jour

Bonne nouvelle pour les investisseurs qui souhaitent placer leurs liquidités à court terme avant d’investir à plus long terme. Avec la hausse des taux opérée par les banques centrales, les rendements des marchés monétaires progressent eux aussi, avec sans doute d’autres hausses à venir. L’analyse d’Alain Richier, Directeur des marchés monétaires...

Pour Alain Richier, directeur des marchés monétaires chez Ostrum Asset Management, « notre objectif est d’améliorer les rendements moyens potentiels sur les marchés monétaires sans faire le moindre compromis sur la maîtrise des risques et la liquidité ».

Des rendements potentiels de plus de 3 % en perspective

Dans un contexte marqué par le risque de récession et une inflation élevée, de nombreux investisseurs cherchent à conserver leur réserve de liquidités en attendant d’avoir plus de visibilité sur les marchés actions et autres investissements à long terme.

Les marchés monétaires sont aujourd’hui plus intéressants qu’ils ne l’ont été depuis de nombreuses années, au fur et à mesure que les banques centrales relèvent leurs taux. En Europe, une décennie de taux négatifs fait maintenant place à des rendements positifs, puisque le marché anticipe un taux de rémunération des dépôts de la BCE d’environ 3 % à la mi-2023.

« Notre objectif est d’y ajouter une prime de crédit, ce qui porterait le rendement à plus de 3 % dans les mois et les années à venir », explique Alain Richier.

Le crédit est la première des voies permettant d’améliorer les rendements potentiels offerts par les marchés monétaires. Pour ce faire, l’équipe d’Ostrum AM investit exclusivement dans des émetteurs investment grade de grande qualité dotés de solides fondamentaux de crédit sur un univers mondial. Cette approche bottom-up est complétée par une approche top-down pour ajuster les maturités et optimiser l’équilibre entre les instruments à taux fixe et à taux variable.

Le troisième axe de valeur ajoutée est une approche ISR (investissement socialement responsable) qui exclut les émetteurs dont les notations extra-financières sont les plus faibles de leur secteur

Les notations de crédit sont essentielles

Même avec des maturités très courtes, le principal risque d’un portefeuille monétaire est le crédit,c’est-à-dire la probabilité que les investisseurs récupèrent ou non leur capital lorsqu’ils se défont de leurs titres. Pour Alain Richier, « l’essentiel est d’éviter les défauts au sein du portefeuille ». « Cela implique nécessairement d’adopter une approche prudente à l’égard de chaque entreprise et de chaque problématique présentes dans notre univers ».

Ostrum AM investit ainsi principalement dans des titres émis par des entités du secteur privé, comme des banques ou des entreprises industrielles, et chaque émetteur doit être situé dans un pays de l’OCDE. En Europe, Ostrum AM ne retient que les entreprises de l’Espace économique européen, à l’exclusion des anciens pays du bloc de l’Est, mais en y ajoutant le Royaume-Uni et la Suisse. En Asie, elle investit uniquement au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Dans les Amériques, seuls les États-Unis et le Canada sont concernés. « Ces restrictions géographiques n’existent pas dans tous les portefeuilles monétaires, qui peuvent contenir des actifs émis dans des pays à la situation politique compliquée », note Alain Richier.

De plus, chaque actif doit être émis par une entité ayant reçu la note « haute qualité » de la part des analystes d’Ostrum AM. Le processus d’évaluation et de notation propre à la société se distingue de celui des agences de notation par son caractère prospectif, alors que les principales agences se basent sur des données historiques.

Ceci permet de noter des instruments qui ne sont pas évalués par les agences, conduisant à une approche des marchés monétaires à la fois active et fondée sur des convictions.

Les notes exclusives donnent aux gérants de portefeuille d’Ostrum AM une indication du niveau de risque de crédit et de volatilité d’une entreprise.

« Contrairement aux agences de notation, qui ont tendance à attribuer des notes au sein d’un cycle, nous attribuons des notes tout au long du cycle économique de la société », explique Alain Richier. « Cela permet en outre à nos gérants de portefeuille d’identifier les arbitrages possibles entre notre évaluation du risque et celle des agences de notation ».

La réglementation au service de la qualité

La manière dont les intervenants sur les marchés monétaires européens opèrent est étroitement réglementée. La Réglementation sur les fonds monétaires de 2019 stipule clairement que les entreprises d’investissement doivent évaluer elles-mêmes les émetteurs, plutôt que de se fier aux notations des agences. Elles doivent adopter une approche prudente, en investissant uniquement dans des « émetteurs de haute qualité de crédit », tels qu’identifiés par les entreprises d’investissement. Ces dernières doivent utiliser leurs propres ressources pour analyser les émetteurs, ce qui nécessite un nombre suffisant de collaborateurs possédant les qualifications appropriées. Le but est d’obtenir une grande variété de profils dans les portefeuilles monétaires, plutôt qu’une concentration autour des mêmes émetteurs.

Une couverture étendue requiert une équipe importante

Pour évaluer et noter autant d’émetteurs, et créer des portefeuilles à partir des meilleurs émetteurs, il est nécessaire de disposer d’équipes de crédit disposant de ressources considérables.

Pour cela, Ostrum AM s’appuie sur une équipe d’analystes crédit interne qui compte parmi les plus importantes en Europe : l’équipe de recherche crédit d’Ostrum Asset Management est composée de 23 analystes crédit dont 2 spécialisés sur les obligations durables. L’équipe couvre l’analyse de plus de 1 200 émetteurs dans le monde et s’engage directement auprès de plus de 1 000 émetteurs chaque année.

Les opportunités découlent de nos anticipations

Investir sur les marchés monétaires suppose d’être extrêmement conscient des risques. Les changements qui interviennent dans l’environnement de marché représentent autant d’occasions de rechercher des rendements plus élevés.

« Si nous arrivons à anticiper les décisions de la banque centrale, nous pouvons ajuster les maturités et rééquilibrer nos actifs à taux fixe par rapport à ceux à taux variable », explique Alain Richier.

Ainsi, depuis le troisième trimestre 2021, Ostrum AM a repositionné son portefeuille en se tournant vers des actifs à taux variable en prévision d’un relèvement de taux des banques centrales. « Nous pensons que les taux vont continuer à augmenter au premier semestre de cette année, avec un taux de rémunération des dépôts de la BCE qui devrait atteindre 3 % à 3,5 % d’ici la fin du mois de juin », déclare Alain Richier.

L’ISR comme facteur de réduction des risques

L’ISR devrait être une composante importante de la sélection d’actifs. Même si les actifs des marchés monétaires sont par nature à court terme, les enjeux ISR à long terme peuvent avoir un impact sur les rendements.

« Nous avons constaté une corrélation notable entre les émetteurs ayant une bonne notation ISR et ceux qui font preuve de résilience sur les marchés monétaires », précise Alain Richier.

La prise en compte de critères extra-financiers permet de minimiser les risques industriels et financiers qui peuvent potentiellement impacter le risque de crédit des émetteurs dans un environnement légal et réglementaire qui prend de plus en plus en compte ces mêmes contraintes

Qui plus est, même si les instruments monétaires ont des maturités courtes, certaines entreprises procèdent à une succession d’émissions d’actifs à court terme sur une période de plusieurs années, au lieu d’émettre des obligations à long terme. Cela s’est avéré particulièrement judicieux lorsque les rendements des marchés monétaires étaient négatifs et les rendements à long terme positifs, même si l’entreprise devait se refinancer tous les quelques mois. La santé financière à long terme est donc primordiale.

Un bon degré de liquidité passe par une planification rigoureuse

Maintenir un niveau élevé de liquidité qui permet de faire face aux rachats au quotidien et dans toutes les conditions de marché est essentiel pour répondre aux besoins des investisseurs du marché monétaire.

Avec 52 milliards d’euros d’actifs sous gestion sur les marchés monétaires (à fin décembre 2022), Ostrum AM dispose d’une capacité pour absorber des souscriptions et des rachats de grande ampleur.

Le calendrier des maturités est élaboré de manière à ce que les liquidités soient disponibles de manière régulière et planifiée. « Une bonne connaissance de notre base de clients nous permet de constituer de manière adéquate la réserve de liquidités nécessaire pour répondre aux rachats à venir », explique Alain Richier. Les grandes entreprises, par exemple, effectuent généralement leurs retraits à la fin des trimestres comptables.

Une faible volatilité, des rendements intéressants

Les marchés monétaires sont dans une situation favorable. Les investisseurs peuvent désormais s’orienter vers des instruments monétaires dont la volatilité est très faible, la sensibilité aux taux quasi nulle et le rendement intéressant.

Mais rien n’est acquis sur les marchés et les gérants de portefeuille doivent être attentifs aux risques actuels et futurs. Comme l’explique Alain Richier, « nous accordons une priorité absolue à la maîtrise des risques de nos investissements tant en termes de risques de crédit financiers qu’extra-financiers ».

Alain Richier , 21 mars

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