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Évaluation de la menace d’une nouvelle crise, 10 ans après la crise financière mondiale

L’économie mondiale semble en plein essor 10 ans après la faillite de Lehman Brothers, qui constitua un tournant de la crise financière mondiale. Sommes-nous aujourd’hui mieux préparés pour affronter une crise ? La probabilité d’une crise similaire nous semble faible, puisque de nombreux problèmes révélés il y a 10 ans ont été réglés...

L’économie mondiale semble en plein essor 10 ans après la faillite de Lehman Brothers, qui constitua un tournant de la crise financière mondiale. Sommes-nous aujourd’hui mieux préparés pour affronter une crise ? La probabilité d’une crise similaire nous semble faible, puisque de nombreux problèmes révélés il y a 10 ans ont été réglés. Pour autant, nous estimons que de nouveaux types de risques, qui viennent s’ajouter aux risques existants, méritent l’attention des investisseurs.

Sur le graphique ci-dessus, nous illustrons la dynamique actuelle en montrant le niveau d’endettement en fonction des différents acteurs de l’économie américaine. L’endettement des ménages et celui du secteur financier ont décliné par rapport à leurs pics antérieurs à la crise. Or, ils avaient été au cœur de la crise mondiale. Mais de nouveaux risques sont apparus. La dette souveraine est en hausse. Le volume des emprunts d’État s’est hissé à près de 94 % du PIB des États-Unis contre 52 % en 2007, et il continue de progresser. La hausse des émissions d’obligations souveraines et de l’endettement des entreprises non financières est un phénomène mondial.

Après une période de déclin, l’endettement des entreprises non financières est aujourd’hui au-dessus de son niveau antérieur à la crise. D’autre part, la réduction des bilans au sein du secteur financier a réduit les niveaux de liquidité sur les marchés du crédit. Le point positif est que la baisse des taux d’intérêt a permis de réduire le coût de la dette de façon significative par rapport à 2008 ; par ailleurs, les maturités ont été allongées, ce qui permet de mieux résister aux hausses de taux.

Faire preuve de prudence

Nous avons beaucoup progressé depuis 2008. Les banques disposent de réserves de liquidité plus importantes, sont mieux capitalisées et font l’objet d’une surveillance plus approfondie de la part des autorités, même si les banques européennes accusent un certain retard par rapport à leurs concurrentes américaines. Dans l’ensemble, les bases du système financier mondial sont plus solides grâce à la réglementation postérieure à la crise qui a renforcé la capacité des institutions financières à absorber les chocs.

L’absence de mouvements extrêmes sur les marchés, comme des valorisations particulièrement élevées ou des primes de risque particulièrement basses, est encore plus encourageante. Nous n’anticipons pas de mouvement excessif des investisseurs sur les segments des actifs risqués. La dernière crise financière a accru l’aversion au risque, entraînant une augmentation de l’épargne de précaution.

Nous émettons néanmoins des réserves à l’égard de cette amélioration : la Réserve Fédérale américaine et la Banque Centrale Européenne sont désormais limitées juridiquement dans leur capacité à sauver les banques en difficulté. Les politiques monétaires ont moins de marge de manœuvre compte tenu des niveaux historiquement bas des taux d’intérêt, sachant que certaines grandes banques centrales n’ont pas encore commencé à réduire leurs programmes d’achat d’actifs post-crise. Le volume des émissions de dette souveraine a beaucoup augmenté, limitant l’impact de potentielles mesures de relance budgétaire. Les chambres de compensation ont permis d’améliorer la transparence des opérations sur les produits dérivés – l’absence de transparence ayant justement été rendue responsable d’avoir déclenché la dernière crise – et pourtant leur capacité à affronter une crise reste inconnue à ce jour. La liquidité réduite du marché risque de se répercuter si les investisseurs sont contraints de vendre les actifs les plus liquides de leurs portefeuilles. Le niveau d’endettement élevé au sein des entreprises et l’opacité des activités de crédit en Chine constituent des sources potentielles de vulnérabilité financière. Par ailleurs, les efforts déployés à l’échelle mondiale qui ont été nécessaires pour juguler la dernière crise pourraient s’avérer plus difficiles à reproduire en cas de nouvelle crise, dans un contexte de regain du sentiment populiste et nationaliste à travers le monde.

En synthèse, les faiblesses qui ont mis à mal le système financier mondial il y a dix ans ont été en partie corrigées mais pas totalement éliminées. Nous pensons que ces éléments méritent que l’on mette plus particulièrement l’accent sur la résistance des portefeuilles, d’autant que les incertitudes se précisent sur le plan macroéconomique.

Pour autant, nous conservons un biais favorable aux actifs risqués, considérant que les investisseurs sont rémunérés pour le risque actions dans un contexte marqué par une croissance soutenue et des bénéfices attractifs au niveau des entreprises.

Isabelle Mateos y Lago , 25 septembre

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