Dette émergente en devises locales : une classe d’actifs à reconsidérer

Selon Xinghang LI, Responsable Gestion marchés émergents chez OFI AM, le mouvement d’appréciation du dollar a pénalisé la dette des marchés émergents libellée en devises locales. Mais la conjoncture économique dans ces régions offre des perspectives très encourageantes.

Faut-il revenir sur les marchés émergents et en particulier sur la dette émergente en devises locales ? Depuis le début de l’année, les performances enregistrées sur les marchés émergents (actions et obligataires) ont été décevantes. L’appréciation du dollar a poussé les devises émergentes à la baisse. La hausse des taux américains entraîne un déplacement des flux acheteurs vers la zone dollar et accentue la pression sur les marchés émergents (hausse de la prime de risque), alors que beaucoup de pays de cette vaste zone détiennent une dette souveraine libellée en dollars.

Toutefois, ces devises ont atteint leurs plus bas niveaux historiques et cette tendance devrait prochainement s’inverser. En effet, une guerre commerciale généralisée n’est dans l’intérêt de personne et nous ne pensons pas qu’une crise du commerce mondial devrait survenir dans les prochains mois.

En outre, les investisseurs ont eu tendance à sanctionner sans distinction les marchés émergents, en faisant fi de leur situation économique réelle. D’autant que les mesures protectionnistes prises par l’administration Trump ont un impact potentiellement négatif sur le commerce mondial, mais elles ne visent pas une zone géographique en particulier.

Des économies émergentes plus résistantes que prévu

Le panorama conjoncturel des pays émergents devrait redonner confiance aux investisseurs. L’augmentation des cours des matières premières et du pétrole est un signal positif pour certaines économies (Russie, Colombie). Un pays comme le Brésil illustre bien ce paradoxe : si la devise a baissé de 15 % depuis le début de l’année, le rendement de la dette souveraine proposée aux investisseurs reste élevé (autour de 11 % à 10 ans) alors que l’inflation a beaucoup reculé (aux alentours de 4 %). De même, la dette souveraine mexicaine offre un rendement annuel de 7,5 % à 10 ans. Or, les craintes des investisseurs depuis l’élection de Donald Trump, concernant la remise en cause du traité de libre-échange entre les états-Unis, le Canada et le Mexique (Alena), ont sans doute été exagérées.

En matière de dette émergente, rappelons également que la Chine reste un pays fermé aux investisseurs étrangers mais les efforts du gouvernement chinois pour faire baisser l’effet de levier des institutions financières est un élément favorable pour la stabilité de l’économie mondiale. De fait, nous ne constatons pas de dégradation généralisée des économies émergentes. Certes, certains pays comme la Turquie ou l’Afrique du Sud souffrent toujours. Une sélectivité rigoureuse dans l’allocation des portefeuilles dédiés à cette thématique reste donc requise. Mais l’exposition aux dettes émergentes souveraines ne peut rester absente d’une stratégie allocataire globale diversifiée.

Dans ce contexte, après une longue phase négative d’appréciation du dollar, le momentum s’avère particulièrement favorable pour s’intéresser à nouveau à cette classe d’actifs qui délivre des rendements élevés, difficilement comparables aux rendements des dettes souveraines des pays développés.

Si la volatilité pourrait rester forte à court terme, la dette émergente en devises locales reste une classe d’actifs incontournable sur un horizon compris entre 3 et 5 ans.

Xinghang Li , 24 juillet

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